Budo no Nayami

Irimi, analyse calligraphique et technique; par Pascal Krieger

14 Septembre 2016 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Irimi, par Pascal Krieger

Irimi, par Pascal Krieger

Maître de Budo et de Shodo (calligraphie), Pascal Krieger analyse la notion d'irimi à travers les kanjis qui la composent et sa pratique des arts martiaux. Une analyse tranchante, aussi simple que précise.

 

Irimi au ken

Irimi au ken

Concernant les idéogrammes

Irimi est composé de deux idéogrammes, "entrer" pour le premier, et "le corps" pour le deuxième. En fait, ce mot devrait s'écrire en ajoutant le signe "ri" dans le syllabaire hiragana entre le premier et le deuxième idéogramme, bien qu'il s'écrive souvent sans le "ri" et qu'il se prononce quand même "I-ri-mi".

 

I-ri-mi

I-ri-mi

Le premier idéogramme peut se prononcer "i" ou "haï", à la japonaise, ou nyû ou ju, à la sino-japonaise. Son origine est un fleuve dans lequel "entre" une rivière (1).

Le deuxième idéogramme se prononce "mi" ou "karada" à la japonaise, ou "shin" en sino-japonais. L'origine de ce caractère représente une femme enceinte (2). Cet idéogramme a le même sens et la même prononciation que "karada" ou "taï" (3) dont l'origine est l'être humain (à gauche) et "principal, base" à droite, le corps étant la base de l'être humain.

 

Irimi, analyse calligraphique et technique; par Pascal Krieger

Concernant le principe

Iri-Mi, "entrer dans le corps", est un principe plus qu'une technique. Ce principe consiste à entrer dans l'espace occupé par l'adversaire, mais pas n'importe comment, et surtout, pas n'importe quand ! En effet, irimi est très lié au "timing" et à l'espace, ces deux concepts étant inclus dans le terme ma-aï. Lorsqu'on veut faire irimi, il faut parcourir la distance qui existe entre vous et votre adversaire. Cet acte ne passe pas inaperçu de lui. Donc il faut l'effectuer au moment où votre adversaire est occupé à autre chose : prise de kamae, en général. 

 

Pour moi, le irimi le plus efficace et le moins risqué consiste à laisser l'adversaire parcourir lui-même cette fameuse distance. S'il veut vraiment m'attaquer, il finira par le faire. Pendant les quelques centièmes de seconde durant lesquelles il avancera, je ne bouge pas et lui laisse sa cible. Lorsque son attaque est totalement engagée et ne peut plus être changée et que sa main ou son arme est sur le point de m'atteindre, je pratique un musoku (sans pieds - se baisser d'un seul coup, sur place) et tend mon arme dans sa direction. En conséquence, mon adversaire se projette lui-même sur ma main ou mon arme. On ne peut pas faire irimi tout seul, on a besoin de l'attaque de l'adversaire, et c'est cette attaque que l'on va utiliser pour la contrer.

 

Irimi au jo

Irimi au jo

Iri-Mi, "entrer dans le corps", est un principe plus qu'une technique. Ce principe consiste à entrer dans l'espace occupé par l'adversaire.

Le principe irimi est très japonais. Il ne peut se faire qu'en mettant en pratique la notion de mushin (non intention - comment va-t-il réagir? s'il fait cela, je ferai cela, etc.) et la notion isshin (un seul cœur, à fond). Bien d'autres notions sont incluses dans irimi, comme le shiseï (posture), seï-chu-sen (la ligne centrale), le kokyu (la respiration), le ki-ken-taï-ichi (harmonie entre le corps, l'énergie, et l'arme)... Que l'une des ces notions ne soit pas absolument correcte et le irimi peut se muer en suicide technique.

 

Irimi au kusarigama

Irimi au kusarigama

Ce qui précède est une vision personnelle de ce principe, et je suis sûr qu'il y en a d'autres tout aussi convaincantes. Ce qui importe, c'est d'avoir de la conviction... la planche. Jusqu'à ce que la réalité nous prouve le contraire... et comme le Budo, dans sa mansuétude, ne nous fait pas payer nos erreurs de notre propre vie, on peut remettre l'ouvrage sur l'établi et continuer de chercher.

 

Irimi au jutte

Irimi au jutte

Le Budo, dans sa mansuétude, ne nous fait pas payer nos erreurs de notre propre vie, on peut remettre l'ouvrage sur l'établi et continuer de chercher.

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philippe 17/10/2016 10:39

L'expérience d'un Grand Maitre du Budo pour notre pratique.
Merci du partage

Rocquet 12/10/2016 11:52

Très intéressant. Globalement en phase avec ce que j'ai appris dans ma pratique sur Irimi. Mais plonger dans le décryptage symbolique des idéogrammes éclaire le sujet sous un autre angle.
Avec le temps, je me rends compte à quel point c'est difficile à appliquer car loin de nos vies modernes confortables.
Et oui, le budo nous permet de retravailler. Heureusement ! :)
Merci pour cette analyse !

Léo Tamaki 12/10/2016 11:54

Merci pour la lecture ;-)

Léo