Budo no Nayami

Les "techniques incroyables" de Horikawa et Okamoto senseï

26 Avril 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Suite à un commentaire de Fabrice, j'ai décidé de revenir sur Horikawa et Okamoto senseï.

Il est naturel que l'on s'interroge lorsque l'on découvre des pratiques "incroyables". Il nous revient alors, soit de passer notre chemin incrédule si le sérieux ne nous semble pas au rendez-vous, soit de chercher à aller expérimenter par nous-mêmes. Si dans le cas de Horikawa Kodo cela n'est malheureusement plus possible, il reste la possibilité d'aller pratiquer avec ses élèves les plus avancés, notamment Okamoto senseï.




Mon expérience chez Okamoto senseï

C'est grâce à mon ami Matsushita Asobu que j'ai découvert Okamoto senseï. Je dois dire que lorsque je le vis évoluer en vidéo je fus très dubitatif. Toutefois, devenu membre du Roppokaï, Asobu me décrira avec force compliments la pratique de maître Okamoto. Confiant en son jugement je décidai d'aller expérimenter ce travail si nouveau à mes yeux. C'est à nouveau lui qui m'introduira dans l'école et me permettra de pratiquer avec Okamoto senseï. A l'époque il était déjà âgé et victime de problèmes de santé divers. Il continuait cependant à donner chaque cours avec une assiduité admirable.

Au Roppokaï comme dans toute école traditionnelle, les élèves s'alignent par ordre d'ancienneté pour le salut. Ils sont ensuite répartis un par un dans quatre groupes. Le plus ancien dans le groupe un, le second dans le groupe deux et ainsi de suite. Le cinquième rejoint le groupe un, le sixième le groupe deux, etc…
Okamoto senseï passe alors groupe après groupe. Il effectue une technique sur chaque élève en commençant par le plus ancien. Il démontre ainsi quatre ou cinq techniques dans une rangée avant de passer à une autre. L'opération se renouvelle plusieurs fois pendant le cours. Une fois Okamoto senseï parti le plus ancien projette chaque élève, du plus expérimenté au plus débutant. C'est ensuite au second et ainsi de suite…
L'avantage de cette façon de faire est que chacun peut sentir la technique d'Okamoto senseï. Le point négatif est que lorsqu'arrive votre tour de réaliser la technique, si vous n'êtes pas un ancien vos souvenirs de la sensation ont petit à petit été "pollués" par tous les élèves qui vous ont projetés. Si la technique est reconnaissable lorsque les anciens l'exécutent, elle devient quasiment informe en bout de ligne.




La réalité de techniques incroyables?

Okamoto senseï a subi deux attaques cérébrales et a eu d'autres ennuis de santé. La dernière fois que je l'ai rencontré il avait récupéré l'ensemble de ses fonctions mais restait toutefois relativement faible. La première fois que j'ai pratiqué avec lui je n'ai rien senti. Pas de force bien sûr, mais surtout aucun effet. Déçu, j'ai chuté comme ses élèves avancés. La première série de techniques passées je dois avouer que je n'avais qu'une hâte, que le cours se termine.
Lors de la seconde série, juste avant de me projeter Okamoto senseï leva le regard vers moi et me sourit. En le saisissant j'eus l'impression de recevoir une décharge électrique. Mon corps s'arque bouta et ma respiration se bloqua. Je ressentis un soulagement immense lorsqu'il me projeta. Okamoto senseï eut la gentillesse de me projeter de la sorte encore deux ou trois fois durant le cours.




Je crois que l'état d'Okamoto senseï ne lui permettait pas de donner l'effet de ses techniques à chaque élève. En enseignant la forme et avec l'aide de ses anciens il continuait toutefois de transmettre autant que possible. Pour quelle raison m'a-t-il fait l'honneur de me faire sentir l'effet de ses techniques? Je pense que c'est en raison de l'introduction d'Asobu pour qui il a, je crois, une affection particulière.


Extrait d'un séminaire d'Okamoto senseï à Hawaï


Après avoir subi les techniques d'Okamoto senseï je dois dire que je n'ai plus jamais regardé de la même façon le Daïto ryu. J'avais une nouvelle fois pris une leçon d'humilité et j'avais découvert la réalité de techniques "incroyables". Il est à noter que Hino senseï considère qu'Okamoto senseï est le seul maître contemporain à maîtriser l'Aïki. Stanley Pranin qui interviewa Okamoto senseï raconte aussi qu'il était sceptique quand à cette approche mais qu'il fut convaincu après avoir été projeté. Il qualifia la technique d'Okamoto senseï de "fine, subtile, parfait contrôle."




Les uke qui en font trop…

Y-a-t-il, dans les démonstrations martiales, des uke qui en font trop? Indéniablement OUI. Sans AUCUN doute.
Si lors d'une démonstration le uke doit donner la situation la plus pure permettant au tori d'exprimer la technique la plus parfaite qu'il puisse exécuter, le fait de surjouer est totalement contre-productif.
Il ne s'agit pas de chercher un "réalisme", la technique parfaite étant pour moi, par essence, "incroyable". En revanche le mauvais uke qui surjoue donne non pas une sensation d'incroyable mais de faux. Il décrédibilise par ailleurs l'ensemble de la démonstration…
Bien sûr c'est une notion très subtile et subjective. Les sceptiques aux yeux fermés ne verront que du faux même lorsqu'ils verront de l'incroyable. Pour être tout à fait franc je ne voyais que du faux dans beaucoup de choses mais la curiosité m'a sauvée de mon scepticisme. Bien entendu j'ai eu mon lot de déceptions. Mais les découvertes que j'ai faites m'ont ouvert des horizons passionnants.




Jeu?
Fabrice me demandait quelle était la part de "jeu" chez les uke de Horikawa senseï. Je ne saurai le dire. J'ai découvert cette vidéo après une discussion avec Akuzawa senseï et il m'avait dit lui-même qu'il était difficile de juger de sa pratique par vidéo. J'ai regardé à nouveau la vidéo en compagnie d'Asobu qui connaît bien ce genre de travail. Il su me dire à tel ou tel instant si le uke subissait réellement ou en faisait trop. Il semble donc bien que certains de ses uke ne sentaient pas le travail ou l'exagéraient. Ce qui bien entendu n'enlève rien à l'un des plus exceptionnels élève de Takeda Sokaku.




Bloqué?

Concernant le fait de ne pouvoir se désentrelacer ou se débloquer je n'ai jamais subi ce genre de techniques d'un maître de Daïto ryu. Je suis convaincu que cela doit être possible, sans pouvoir dire comment. Cela dit c'est une capacité qui m'intéresse peu comparé à leur maîtrise de l'Aïki.
Au Shinbukan j'ai subi à de nombreuses reprises de Kuroda senseï des techniques très souples qui m'amenaient à une position où ma respiration et mon corps étaient bloqués. Jusqu'à présent seul l'élève le plus avancé de maître Kuroda, Morishita-san, m'a donné une sensation s'en approchant vaguement. Exécutées par n'importe lequel des anciens ces techniques n'ont absolument aucun effet.
Une chose que j'ai notée est que, plus que leur position finale, le chemin qu'empruntent les membres est la clé. Mais à une précision diabolique.




Je ne crois pas qu'au Daïto ryu ou même au Shinbukan il s'agisse d'un travail sur les nerfs. Sans doute les muscles amenés à une certaine position par un chemin précis se retrouvent-ils dans une situation où ils ne sont pas capables ou n'ont pas l'habitude d'être utilisés. Simple conjecture.
Je n'épiloguerai pas sur le sujet car je ne crois pas que cela puisse amener quelque part. Sans réelle connaissance on peut imaginer tout et son contraire…


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gomez 23/10/2009 20:58


Cela ressemble étrangement a ce que fait mr jj Qéro en France, comme vous l'avait démontré ?


Léo Tamaki 24/10/2009 12:47



Je ne peux me prononcer sur la technique de Mr Quero que je n'ai jamais expérimentée. En revanche je peux toutefois dire que je n'apprécie pas les discours de lui que j'ai pu entendre sur
certaines vidéos et qui me semblent mélanger beaucoup de choses de façon hasardeuse.
Sa position est par ailleurs totalement différente de celles des maîtres Okamoto et Horikawa qui sont éminemment respectés par leurs pairs. Ce qui n'est pas, loin s'en faut, le cas de Mr
Quero.

Cordialement,

Tamaki Léo



benoit 30/04/2009 11:45

Rebonjour Léo, sur le fond je prefère largment les enseignants pensant et montrant qu'ils ne savent pas non plus toujours tout, plutot que des "monsieurs je sais tout", mais c'est sur que les gens n'ont pas a influencer la décision personelle d'enseigner ou non telle ou telle chose. Oui je pensais au menkyo, merci à toi d'avoir corrigé le tir: il est si fréquent de croire lire que le système menkyo serait une sorte de "système standart" dans les ryu. Si je comprends bien ca ne sanctonnait donc pas le niveau technique mais juste le "savoir", cela dit pour enseigner il vaut mieux "savoir" ou alors avoir le "niveau" technique?  (n'ayant jamais eu le niveau ni l'envie pour enseigner je ne me suis donc jamais posé la question de façon complète et je me la suis posé "coté élève" uniquement)   amicalementBenoit

Léo Tamaki 30/04/2009 19:39



Tout à fait d'accord, il vaut mieux un enseignant qui est conscient de ses limites. Mais il s'agit là d'un autre problème, la distinction entre un élève et un enseignant ;-)

Il y a bien évidemment un lien entre le savoir et la capacité. Seulement dans le menkyo le savoir est plus prroéminent je dirai. Mais c'est très lié.

Amicalement,

Léo



benoit 29/04/2009 09:45

 
 
Bonjour Léo,
 
Merci de ces précisions diverses. Je note.
 
 
Alors , concernant Asobu, si ce projet voit le jour et si jamais il ouvre son propre cours quelque part en France, ça a des chances de m’intéresser de savoir quelle(s) discipline(s) il enseignerait le cas échéant  (et donc d’avoir « de plus amples renseignements »).
Je me suis permis hier de publier  l’adresse web de cet article blog dans les « liens publiés » du groupe Facebook public intitulé « Daito Ryu Roppokai ». (ce groupe facebook étant ouvert aussi aux gens ne pratiquant pas mais voulant se renseigner) car on est un certain nombre de gens à avoir participé aux commentaires de ton article et car cette école avait suscité sur des forums des reflexions diverses et variées de gens ne l’ayant pas essayée.  
 
Pour les « grades d’entrée et de sortie » ,  mea culpa, je me suis très mal exprimé :
 
 je crois difficile de faire la part de vérité concernant ces systèmes d’origine ancienne quand on ne les connaît que de façon livresque :  donc   comme tout le monde j’avais  cru lire ça et là que dans ces systèmes anciens il y avait en gros un grade pour dire « il a appris les bases » ( aproximativement : grade de confirmation d’entrée dans le système),  et un ou deux autres grades ultérieurs pour dire en quelque sorte : «  il maitrise à peu près le système : il peut donc voler de ses propres ailes en  autodidacte  car il a passé le stade apprentissage » (approximativement « grade de sortie du cursus de formation »).  
J’ai l’impression que ces systèmes jutsu/ryu étaient plutôt du genre « pas forcément longtemps en ‘aprentissage ‘ mais nettement plus longtemps pour les maitriser vraiment par soi-même»,   j’ai mal compris ou alors il y a un peu de ça ?
 
( car je n’ai pas entendu parler d’experts de ‘jutsu » ayant passé 25 ans non stop auprès de son maitre, alors que dans d’autres systèmes un si long  temps de formation  me semble fréquent. Je dis cela :  le temps de formation ne me semblant pas forcément pouvoir indiquer quoi que ce soit de certain concernant le niveau d’un pratiquant et la periode « formation » me semblant pouvoir apprendre uniquement et dans le meilleur des cas « la partie visible de l’iceberg »).
C’est sans doute très mal formulé, mais voilà grosso modo mon impression et mon raisonnement.
Mais j’ignore dans quelle mesure mon raisonnement est proche ou non de la vérité…
 
Amicalement
Benoit

Léo Tamaki 29/04/2009 20:31



Bonjour Benoît,

Je ne sais pas ce que Asobu enseignera. Je doute que ce soit du Daïto ryu car il ne se sent pas apte à le faire. Probablement de l'Aïkido enrichi par ses expériences en Daïto et chez maître
Kuroda.

Concernant les grades tu dois parler des Menkyo, licences. Il y en a en effet plusieurs niveaux selon la profondeur de la connaissance. A noter que ces diplômes ne sanctionnait pas de capacité
mais une connaissance.
Les modalités d'obtention étaient variables selon les écoles. Il existe des écoles où l'élève passait des décennies auprès de son maître. Mais il est vrai que c'était relativement rare.
En effet le temps de formation n'est absolument pas, à mon avis, un indicateur de profondeur de connaissance.
Certains ont besoin de beaucoup d'années. Ce n'est pas le cas des génies qui sont ceux qui ont marqué l'histoire. Comme Musashi, Yagyu, Ueshiba... les géants connus ont passé quelques années
auprès de leur maître et une vie à pratiquer.

Amicalement,

Léo



André Dizien 28/04/2009 15:57

Bonjour,Merci pour ce que vous nous faites partager.Voila ce que ce billet m'inspire :- A la première marche de l'efficacité des Budo on retrouve des notions mécaniques  (bras de levier, cynétique, accélération, déséquilibre, etc.) . Puis on peux intégrer cette approche dans le cas particulier du (des) corps humain (amplitude articulaire, mécanismes réflexes de réponse à la nociception, à la surprise d'un changement de rythme, etc.).- A un autre niveau, encore, on peux prendre en compte les modifications posturales, les inhibitions ou activations de tonus, les réponses comportementales, induites par la relation (message non verbaux de dominance ou d'allégeance : regard, attitude, posture, concentration, mimique, "déplacement de prédateur", phéromones, etc.).- Pour aller encore plus avant on pourrai imaginer que certaines stimulations corporelles, ou certaines associations de stimulation corporelles pourrait déclencher des réponses "étonnantes"... mais il s'agit là plus d'anticipation que de sciences !Voilà, cette réaction pour tenter de rencontrer des personnes interressées par cette approche : "les réponses ethologiques humaines"Bonne continuation,

Léo Tamaki 28/04/2009 16:24



Bonjour et merci pour votre lecture,

Votre commentaire énumère plusieurs possibilités qui me semblent valides, même la dernière. Je pense qu'il y en a encore probablement d'autres.
Je crois aussi que la première est souvent mal comprise ou tout au mions reste souvent à un niveau très primaire.

Très bonne pratique et recherche!

Léo



Kriss 27/04/2009 19:24


Bonjour à tous !!
 
Léo j’ai 2 questions pour toi !
 
1er j’ai relu ton article de juillet 2007 sur ton ami « Matsushita Asobu » et tu dis qu’il devait rentrer en France, est ce fait ? Et si oui, a-t-il un dojo, ou sinon ou pratique t’il ??
 
2 – Tu as eu aussi le privilège de sentir la technique de Kondo Katsuyuki !
As-tu senti une différence entre sa pratique et celle de Okamoto senseï ??
 
Encore merci pour partager avec nous ton apprentissage tes réflexions et ton expérience martial.
 
Ps : C’est quoi une journée type de Léo au japon ??
;.))
Amicalement Kriss

 

 

Léo Tamaki 28/04/2009 15:11



Bonjour Kriss,

Asobu devrait rentrer cet été si tout se passe bien. Il n'a pas encore de dojo mais je pense qu'il en cherchera un rapidement. En attendant je pense qu'il pratiquera chez mon frère à Paris et/où
Herblay.

Les techniques de Kondo senseï et Okamoto senseï sont totalement différentes. Presque opposées. Ma préférence va indéniablement au travail d'Okamoto senseï, bien que dans sa forme Kondo senseï
soit redoutable. De plus, malgré ses déclarations, je pense que Kondo senseï continue à fonctionner selon le système traditionnel, n'enseignant le haut niveau qu'à quelques très proches élèves,
démontrant un travail de leviers et contraintes aux autres...
Mais ce n'est que pure supposition.

Une journée type? Je me lève vers 12h, je lis les informations, répond à mon courrier, vais à mes rendez-vous si j'en ai, vais pratiquer au dojo puis parfois à la gym, je rentre dormir une heure
ou deux puis je me lève pour écrire jusqu'au petit matin. Je mange 5 ou 6 fois au long de la journée. Voilà en très gros une journée sujette à beaucoup de variations :D

Merci pour la lecture,

Léo



benoit 27/04/2009 11:45

Léo, c'est la première fois qu'on a , en français,  le témoignage de quelqu'un ayant testé le Roppokai (quand on se renseigne par ailleurs dans cette école  on a souvent comme réponse que la toute première fois c'est regarder uniquement, tu as donc eu de la chance), je viens donc de mettre en lien ton sujet dans un des commentaires de mon blog, pour les gens que ça intéresserait. à part ca,  quatre autres questions que je voulais poser (et rien n'étant parfait): 1 qu'il y ait une sorte de numérotation parmi les sempai, je peux le comprendre, mais tu dis qu'il y a ensuite un "numero six " etc: tous les elèves, kohai y compris sont donc classés dans une sorte de numérotation par ancienneté? ou alors pour la majorité des élèves intermédiaires et récents cette numerotation est "aleatoire" ( histoire de former des groupes) et sans idée de "faire un classement"? cette numérotation est elle strictement hiérarchique ? Cela dit je trouve que le travail en petits groupes a pour avantage de travailler la même technique avec un maximum de partenaires en un temps record, faisant qu'on ne choisit pas la contrainte subie. 2 Est ce que comme je crois le présumer, dans cette école, au niveau articulaire ils ont moins de blessés chroniques et d'accidents que dans d'autres écoles? 3  En Roppokai ils font du travail sur saisie statique ferme? 4  Le fait que le plus haut niveau ne soit pas facile d'accés pour tous est il une des raisons ( à part de possibles raisons morales) faisant que dans les "jutsu" visiblement ils excluaient sans trop hésiter certains élèves (ou du moins ne cherchaient pas à les faire venir ou à les faire rester à tout prix comme on peut voir parfois par ailleurs)? (par ailleurs, dans ces systèmes là ils semblent avoir des grades de "d'entrée et de sortie " dans le système.... ça m'intéresserait d'en savoir davantage à ce sujet, ce genre de système de grades me semblant intéressant)amicalementBenoit
 
 

Léo Tamaki 28/04/2009 15:05



Bonjour Benoît,

En effet Okamoto senseï n'accepte pas automatiquement les élèves. Le jour où j'ai été accepté je me souviens d'ailleurs qu'un ou deux élèves ont été refusés et ont dû se contenter d'observer le
cours. Ont-ils été acceptés ultérieurement? Je ne saurai le dire.
Il semble en tout cas que comme dans les ryu traditionnels il soit important d'être présenté par un membre de l'école.

Les sempaïs n'ont pas de numéro, je me suis mal exprimé. C'était juste pour expliquer le système. Tout est fait non pas par grade mais par ordre d'ancienneté.

Je n'ai pas de chiffres concernant les blessés de cette école ou d'autres. Subjectivement je suppose que le travail n'étant pas très acrobatique cela doit limiter les blessures.

Il y a en effet du travail sur saisie forte. Mais aucune indication n'est donnée quand à la façon de saisir. Cela dit, de par mon expérience à la fois du combat réel, et à la fois du travail dans
des écoles anciennes, le travail en saisie statique ferme ne présente pas un grand intérêt. Il ne correspond pas à une attaque efficace. Aujourd'hui certaines écoles en usent de façon
pédagogique. Je ne suis pas convaincu, pour dire le moins, de l'intérêt d'un tel travail. Il me semble absent de la plupart des koryu que j'ai observées ou pratiquées.

L'exclusion était normale dans les écoles martiales de bujutsu mais aussi de budo. Aujourd'hui les relations étant généralement beaucoup plus laches, les gens se connaissent peu et il y a
rarement matière à exclusion. Bien que cela arrive encore.

Les écoles sérieuses ne cherchaient jamais à recruter des élèves. Il était au contraire très difficile d'y entrer. C'est encore le cas aujourd'hui pour certains ryu.

Je ne vois pas de quoi tu parles quand tu mentionnes des grades d'entrée et de sortie.

Amicalement,

Léo



Greg 26/04/2009 21:13

Bonjour Leo,une question de néophyte : ma compréhension des écoles traditionnelles japonaises est que la transmission se faisait au sein de chaque clan de manière très confidentielle afin de conserver une forme d'avantage concurrentielle (pour reprendre une terminologie propre à la guerre entre entreprises sur un même marché). Mais j'imagine qu'il fallait des techniques abordables à tout un chacun pour pouvoir être apprises et appliquées rapidement : la guerre n'attend pas !Or ici nous voyons une personne dont beaucoup s'accordent à dire que sa pratique est exceptionnelle (pour ne pas dire incompréhensible) mais peu ou pas assimilable (sinon beaucoup d'autres seraient en mesure de reproduire).Quel est l'intérêt d'une pratique martiale si son niveau de sophistication est tel que sa transmission est incertaine (ainsi que son application) ?

Léo Tamaki 26/04/2009 22:02



Bonjour Greg,

C'est une question intéressante et compliquée.

Tout d'abord il faut noter que pour moi le Daïto ryu n'est pas un koryu au sens classique. Je pense, comme Ellis Amdur ou Stanley Pranin, qu'il s'agit d'une création de Takeda Sokaku. Bien
entendu sur la base de koryu classiques.

En effet la plupart des ryu se transmettaient dans le secret d'un clan. Cela dit il n'y a pas de lien avec le fait que les techniques se doivent d'être abordables. En fait il y a clairement des
niveaux de sophistication très variables selon les écoles. Mais celles qui ont subi l'épreuve du temps et donc des combats ont prouvé leur valeur.
Que l'on se repose sur un travail "simple" (tout du moins en apparence) ou compliqué (là-aussi en apparence) est un choix. La validité de ce choix se verra confirmé ou infirmée par l'issue d'une
confrontation. Comme on l'a vu les deux choix se défendent.

Que les techniques doivent être assimilables par tous est discutable. De plus aucune technique ne permet de compenser le temps de pratique. A dispositions égales une personne ayant pratiqué plus
sera, bien évidemment, meilleure. Par ailleurs même les écoles les plus sophistiquées ont un enseignement graduel.

Quelle que soit l'école le plus haut niveau n'est de toute façon assimilable que par très peu. Quand à la transmission il faut comprendre qu'il s'agit non pas d'un don dans le sens où le maître
"met" son savoir dans l'élève, mais qu'il lui donne plus d'occasion de voler et comprendre. Mais la véritable compréhension ne vient que de nous-mêmes. Personne ne peut nous faire comprendre et
nous rendre capable d'exécuter quelque chose de valeur dans la pratique martiale.

Enfin il ne faut pas oublier que la pratique martiale n'est pas "juste". Elle est élitiste. De même qu'à la guerre il n'est pas question d'égalité des chances. Quel que soit le système un jeune
combattant avait peu de chances de s'en sortir indemne. La guerre est très grande consommatrice de chair à canon…

Pour revenir au Daïto ryu il semble bien qu'il soit possible de "saisir" son essence puisqu'il existe plusieurs lignées de maîtres dont la compétence n'est plus à mettre en doute. Non plus que
leurs capacités à mettre leurs connaissances en application.

Léo




benoit 26/04/2009 19:54

Bonjour Léo, en voyant les vidéos Roppokai je m'étais fait un peu le même genre de conjecture concernant l'effet sur certains muscles qui pourraient controler telle ou telle fonction, mais faute d'info et n'étant pas un spécialiste du corps humain,  je reste sans avis. mais ça m'intéressait de savoir. Cela dit j'ai l'impression qu'il doivent par ailleurs avoir des stratégies visant a retourner contre l'attaquant certains  de ses  propres mecanismes psychologiques , non? (ce qui me semble être de possibles bonnes stratégies)  et cela pour moi n'a rien de "mystique"... Pour l'histoire de mettre les élèves par "demi groupes" et de faire ainsi tourner tout le monde avec tout le monde ( enseignant et sempais y compris) : j'avais connu, ado,  une école qui faisait souvent ce genre de système, et : 1 j'avais trouvé vraiment intéressant de pouvoir être uke et tori d'absolument tout le monde2 ça coupait court au "syndrome du uke preféré" que j'ai constaté par la suite à d'autres endroits et de plus j'ai trouvé que , cerise sur le gateau, ce système avait donc pour troisième avantage de contribuer à une très bonne ambiance générale dans le groupe... (et l'ambiance me semble être un facteur très important)Je vois que la curiosité commence à être partagée, et je suis d'accord qu'il existe des formes de doute saines et d'autres qui aveuglent à tort... ( un peu comme l'ancien naif qui pour se protéger devient" parano" , mais qui sur le fond n'a pas vraiment évolué) mais au fond est ce qu'on pourrait pas "douter aveuglément" de n'importe quel art martial tant qu'on en l'a pas subi? pardonnes moi par avance les éventuelles erreurs ou imprécisions de mon messages, mais voila du moins mes impressions. amicalement benoit

Léo Tamaki 26/04/2009 20:00



Bonjour Benoît,

Le facteur psychologique ne peut en effet être balayé. Mais je ne pense pas que ce soit la clé. En ravanche c'est la clé de uke qui en font trop :D

Il n'y a pas de raison d'avoir de doutes lorsque la technique démontrée est évidente. C'est le cas par exemple des sports de combat et de la plupart des formes de self-défense. Mais ce sont des
systèmes moins "sophistiqués". Ils ont au moins l'avantage de reconnaître immédiatement le vrai du faux.

Quand aux pratiques martiales traditionnelles, plus elles sont évoluées, moins elles sont compréhensibles. Il faut donc avoir une certaine expérience pour trier le bon grain de l'ivraie.
Expérience qui ne peut se faire qu'à travers de la pratique. Sans elle tout jugement me semble sans intérêt.

Amicalement,

Léo



Fabrice 26/04/2009 18:51

Merci pour cette longue réponse à mon commentaire, Léo.

Léo Tamaki 26/04/2009 18:55


Oh pas si longue, tardive et un peu hors sujet mais si ça peut te donner quelques éléments de réflexion ;-)

Amicalement,

Léo