Budo no Nayami

Keïkogi, à l'origine des saisies en force?

13 Septembre 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Suite à l'article sur le hakama voici une réponse à un commentaire suite à mon interview qui aborde le sujet du keïkogi.

J'avais affirmé dans l'interview:
"Si on étudie aussi notre discipline dans son contexte d'origine il est évident que toutes les saisies du kimono devaient être légères. Un kimono est un vêtement très délicat qui était décousu avant d'être rangé. L'unique couture qui retenait la manche à la veste se déchire à la moindre utilisation de force. Une saisie légère comme celles de Tamura senseï ou Kuroda senseï leur permet de sentir, contrôler et annuler le moindre geste de l'adversaire."


Une saisie légère ... permet de sentir, contrôler et annuler le moindre geste de l'adversaire.
(photo Christoph Stoebich)


Un lecteur commenta alors:

"Bonjour,
Dans son contexte d'origine, l'aikido se pratiquait deja en keikogi et non en kimono.
Cela c'est si l'on parle du vetement lui même.
Dans son contexte martial, il est issu en grande partie du daito ryu qui se pratique de maière rude dans les premiers niveaux.

Dans les 2 cas le contexte d'origine ne plaide pas en faveur d'un touché subtil au travers d'une chemise de soie "



Voici ma réponse:

Bonjour Alex,

Le keïkogi, vulgairement appelé kimono, est la tenue de pratique de la majorité des voies martiales japonaises. Elle est devenue à ce point emblématique qu'elle est, avec la ceinture noire, le symbole le plus connu des arts martiaux. Son utilisation est toutefois récente dans l'histoire des traditions martiales japonaises puisque sa paternité est généralement attribuée à Kano Jigoro à la fin du 19ème siècle. Son utilisation commença à se généraliser dès l'ère Meïji et la plupart des traditions martiales l'adoptèrent, à l'instar du système de grades que Kano senseï avait aussi développé. Jusqu'à cette époque les pratiquants d'arts martiaux s'entrainaient dans leurs habits du quotidien, kimono et hakama, avec toutes les variétés que cela pouvait impliquer, mais surtout une fragilité notable.


Mifune Kyuzo et Kano Jigoro


Malheureusement l'adoption d'une tenue différente a modifié la pratique dans un phénomène similaire à celui de l'utilisation du shinaï en Kendo. Si ses premiers utilisateurs qui avaient une connaissance de l'utilisation d'un bokken et d'un sabre l'utilisaient avec le même esprit, ce ne fut pas, de loin, le cas de la majorité de leurs successeurs. En Judo on peut encore voir des vidéos de Kano senseï pratiquant des katas de Kito ryu en kimono. Bien qu'il s'agisse d'une école où l'on étudie principalement le combat en armures, il est flagrant de voir la légèreté des saisies. De même dans les vidéos de Mifune Kyuzo, l'un des plus grands maîtres du Judo. Ce sont deux cas où, malheureusement, l'adoption de nouveau matériel a été source d'appauvrissement et/ou de confusion.


Kano Jigoro démontrant le Koshiki no kata en kimono traditionnel


L'Aïkido s'est en effet pratiqué en keïkogi dès ses débuts. Toutefois il existe de nombreuses vidéos où l'on voit Osenseï en démonstration en kimono. Qui plus est en kimono de cérémonie, fin, élégant… et très fragile. Lors de démonstrations de nombreuses écoles traditionnelles continuent d'ailleurs à présenter leur travail en tenue de cérémonie, comme par exemple Kuroda senseï lors de sa venue à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels. N'oublions pas que ces démonstrations avaient et on encore souvent lieu dans des temples. Elles consistaient donc à présenter aux dieux l'essence de la pratique et non un succédané.


Osenseï en démonstration en tenue traditionnelle


Kuroda senseï en démonstration à la NAMT07 en tenue traditionnelle


Le keïkogi n'est ni plus ni moins qu'une tenue utilitaire, de la même façon que le jogging qui remplace souvent les habits de ville dans les cours de self défense. Dans le cas de l'utilisation du jogging le danger revient à faire des mouvements aux amplitudes rendues difficiles par une tenue "classique". Dans le cas du keïkogi… à saisir fort.
N'oublions pas aussi que certaines techniques en Aïkido ont une forme liée à celle du kimono, notamment celles que l'on exécute sur sode dori, saisie de la manche. Les keïkogis ayant des manches proches du corps, contrairement aux kimonos, il est important de faire attention à ne pas les saisir près du bras, empêchant ainsi le travail qu'implique cette attaque, à savoir bouger à l'intérieur sans déranger. Si toute la manche est saisie le travail est modifié et s'apparente alors à la saisie du coude, hiji dori.


Osenseï en tenue traditionnelle aux larges manches


Quand au contexte martial, s'il est indéniable que le Daïto ryu constitue la base principale de l'Aïkido, je ne suis pas certain que la pratique rude soit un passage obligé. Ce n'est en tout cas pas le cas dans toutes les écoles.
Il n'existe malheureusement pas de documents nous permettant de connaître l'art de Takeda Sokaku. Grâce aux quelques photos de lui qui nous sont parvenues on peut toutefois constater qu'il pratiquait la plupart du temps en kimono et non keïkogi. Keïkogi qui constitue une arme pour l'attaquant et non celui qui le porte. Compte tenu de l'état d'esprit qui semble avoir été celui de Sokaku on imagine mal qu'il ait adopté de façon régulière une telle tenue. Kondo Katsuyuki qui possède la plupart de ses effets personnels n'a aucun keïkogi lui ayant appartenu. En revanche il en possède de son fils, Tokimune, et de l'amiral Takeshita Isamu. Ces tenues sont d'ailleurs exposées dans son dojo.

Il est vrai qu'aujourd'hui la vision que le grand public a du Daïto ryu est celle d'un style solide, carré, voire dur. Est-ce l'essence de cette discipline? Je ne le crois pas.
Takeda Tokimune a semble-t-il hérité de son père, même si cela était amoindri, un caractère méfiant. Kondo Katsuyuki, son successeur, raconte souvent les mystifications qui existaient dans son enseignement. S'il s'en défend je pense qu'il mystifie aussi le public en présentant un style d'abord "simple" et "rude" et perpétue ainsi la tradition de l'enseignement de l'école.
Mon opinion est que l'essence du Daïto ryu repose sur un travail souple comme le présentait Horikawa Kodo où son successeur Okamoto Seïgo.


Horikawa Kodo en démonstration


Horikawa Kodo pratiquant en tenue traditionnelle avec Okamoto Seïgo


Pour continuer dans le contexte martial, il est évident qu'une saisie, particulièrement du keïkogi et aussi forte soit-elle, ne permet en aucun cas d'immobiliser quelqu'un. Par ailleurs la sensibilité de l'attaquant sera inversement proportionnelle à la tension de l'attaquant. La saisie qui aurait dû lui permettre de sentir les gestes de son adversaire afin de les contrer/annuler ne lui est alors plus d'aucune utilité. Par contre celui-ci sentira instantanément le moindre changement dans la saisie. Dans une perspective martiale où l'on cherche à rendre nos gestes indécelables/invisibles, il s'agit d'une erreur fondamentale. Enfin une saisie forte/en tension ralentit toute action que voudrait entreprendre son exécuteur, que ce soit une frappe ou une projection.

Bien entendu un toucher subtil semble moins efficace. C'est pourtant tout le contraire. L'Aïkido et la plupart des Jujutsu sont très liés au sabre. La saisie est la même, légère et subtile. Il ne sert pas plus d'essorer le keïkogi ou le poignet de son adversaire que la tsuka de son sabre…

Léo


Tamura Nobuyoshi
L'Aïkido et la plupart des Jujutsu sont très liés au sabre. La saisie est la même, légère et subtile.


Il ne sert pas plus d'essorer le keïkogi ou le poignet de son adversaire que la tsuka de son sabre…


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Nicolas 17/09/2009 23:28

Salut Léo. Merci pour ton site, qui me permet d'ouvrir mon horizon. Et de rester en recherche. Trop de pratiquants reste "coincé" derrière leur maîtres, sensei, instructeurs; et oublie le sens de michi, et sans questions il n'y a pas de shugyo.Cette recherche de légèreté et de fluidité est difficilement concevable pour qui combat , ou s'entraine dans cette optique. Allez voir cette video, celle-ci montre un lien évident entre les pratiques du systema , et celle akuzawa sensei. http://www.dailymotion.com/video/k18Etf2cd0z0sgVH28 . A Bientôt sur le mat.  Nikko

Léo Tamaki 17/09/2009 23:51



Bonjour Nicolas,

Merci pour la lecture et bon courage pour la recherche ;-)

Rester coincé derrière quelqu'un est un risque. Mais au moins aussi grand est celui de vouloir cheminer seul alors que l'on en est pas capable. Dans le premier cas le pratiquant n'atteindra
simplement jamais son plus haut potentiel. Dans le second il risque de graves désillusions et de faire des choix qui peuvent l'amener à se blesser et/ou entrer dans une impasse spirituelle.
Toujours une question d'équilibre...

En effet la recherche de légèreté semble antinomique de l'efficacité. Mais les savoirs essentiels sont souvent à l'opposé de ce que l'on imagine. S'ils étaient à la portée du premier venu les
traditions martiales ne se seraient pas développées.
Les maîtres sont là pour cela. Lorsqu'on en a trouvé un dont la pratique nous convient, il importe de lui faire confiance. Les maîtres Kuroda, Tamura ou Hino ont fait plus que leurs preuves.
Maintenant que cela ne convienne pas à tous, je le conçois aisément. Plusieurs chemins mènent à l'efficacité et elle peut en outre revêtir différentes formes.

Il y a probablement un lien entre les pratiques d'Akuzawa senseï et e Systema. En tout cas des pratiquants de cet art viennent à ses stages et l'un de ses principaux assistants à aussi pratiqué
cette discipline.
Maintenant il faut aussi prendre garde aux similarités visuelles car au contact, lorsqu'on vit les choses, cela peut s'avérer très différent.

Bonne pratique!

Léo



DG 16/09/2009 15:32

"Ses activités avant et pendant la guerre".Voilà une proposition sur laquelle il y a beaucoup à dire et qui mériterait un débat en soi.

Léo Tamaki 16/09/2009 16:18



Sujet occulté qu'il est difficile d'aborder, d'autant plus que s'il est déjà très difficile de remettre les choses en place dans un contexte culturel très différent, ça l'est plus encore lorsque
cela se passe dans un passé relativement lointain.
Les liens entre l'extrême droite, la mafia et les arts martiaux sont très ténus au Japon. Et l'Aïkido ne fait pas exception...

Amicalement,

Léo



DG 16/09/2009 14:58

On peut trouver sur le site AikidoOnline un texte de Morihei Ueshiba (Learning from Failure) qui peut éclairer ton intéressant article, Léo. Je vous propose cette traduction :
Je rencontrai un solide lutteur de sumo amateur qui devait faire au moins 1,80m et bien au-delà des 90kg. Il me provoqua rapidement enduel et j'acceptai. Même s'il ne me dominait pas, j'étais incapable de le saisir en raison de la sueur qui rendait son corps extrêmement glissant. Avec le temps, nous avons tous deux commencé à fatiguer, et c'est alors que j'ai découvert le secret pour contrôler quelqu'un du bout d'un doigt en manipulant son ki.
Intéressant, non ?

Léo Tamaki 16/09/2009 15:15



Excellent article que j'avais oublié et qui est tout à propos. Je me demande quand il a été écrit car le discours anti-militariste cadre peu avec ses activités avant et pendant une partie de la
guerre.
De façon très triviale cela me fait aussi penser à la publicité de Michael Jordan:
http://www.youtube.com/watch?v=m-EMOb3ATJ0

Merci ;-)

Léo



georges 16/09/2009 12:01

Bonjour Léo,Merci pour tes différents articles. J'essaye d'étudier correctement l'aïkido et espère etenir un maximum, comme ferai mes mains pour retenir l'eau qui coule de la fontaine afin de boire (belle image,non). Je veut dire par là qu'il y a pleins d'informations et qu'il est parfois difficile de tout retenir(je parle pour moi).Tes articles me montrent parfois des choses que je ne savais pas, d'autres que j'avais oubliées, mal comprises...Merci d'éclairer mon chemin.A bientôt

Léo Tamaki 16/09/2009 12:47



Bonjour Georges,

Merci pour la lecture et l'amitié ;-)

Mon impression en tout cas est que tu retiens l'essentiel dans tes mains. Et de toute façons s'il arrivait que tu te fourvoies un jour je suis certain que ton senseï te redirigerait immédiatement
;-)

Merci de suivre les rares étincelles que j'arrive à produire,

Léo



Matthieu 15/09/2009 10:08

Bonjour Léo
Je suis pratiquant d'aikido dit Iwama, ce qui veut dire que la méthode d'apprentissage que j'utilise est celle mise en place par Maître Morihiro Saito.
Dans cette méthode nous commençons l'apprentissage de la technique par le travail statique, ou la saisie doit être puissante.
Puis avec le temps, l'expérience, la progression nous évoluons de cette pratique kotai à la pratique ki no nagare qui sera elle même divisé en plusieurs niveau d'étude. Et à partir de ce travail ki no nagare les saisies ne sont plus forte et puissante car une notion entre en jeu et fait évoluer les choses, la notion d'awase.
Awase c'est être avec, avec l'adversaire, avec l'attaque de l'adversaire, donc même si l'étude se fait à partir d'une saisie, celle ci ne pourra plus être marqué, puissante et deviendra naturellement légère par le biais de l'awase.
Pour ma part j'ai l'impression que généraliser la façon de saisir par l'argument vestimentaire n'est pas une chose pertinente.
Car si O'Sensei démontrait l'aikido en tenue traditionnelle, il y a de nombreuse photo qui le montre s'entraînant, pratiquant en keiko-gi. L'aikido n'est un travail statique ou sur saisie solide. Ceci n'est qu'une étape permettant d'avancer, une étape qui a pour but de mettre en place des choses sur lesquels le reste va se reposer.
Du coup quand O'Sensei démontrait l'aikido il pouvait le faire dans n'importe quelle tenue, keiko-gi, kimono... la notion d'awase qu'il avait développé lui assurait (si saisie il y avait) une saisie souple. Autre chose saisir de façon souple permet en effet de pouvoir ressentir ce qu'il se passe, mais il ne faut pas oublier qu'auparavant seuls les sempai attaquaient ou saisissaient, ainsi en Katori shinto ryu par exemple il faut commencer par apprendre et répéter la partie "élève" pendant un certain temps avant de pouvoir passer à la partie "professeur". Car la saisie, l'attaque, mais surtout la réponse est fonction d'un contexte. Il est difficile aujourd'hui dans une pratique ou dès le premier cours un pratiquant saisit, attaque, de lui demander de s'adapter à ce qu'il sent sans que celui ne modifie alors le contexte et rende l'étude proposée par le professeur impossible à l'élève avec qui il pratique.Alors pour moi demander et insister sur une saisie légère c'est regarder le doigt quand le sage montre la lune. La saisie est légère ou puissante car le contexte le permet ou pas. Pas parce que j'ai un vetement délicat... Car il existe nombre de saisie qui ne mobilise pas le kimono ou keiko-gi et un pratiquant peut avoir une saisie puissante et être souple. Tout cela est très difficile, c'est un débat ouvert qui fait appel à la logique de chaque école. Cordialement

Léo Tamaki 15/09/2009 12:47



Bonjour Matthieu,

Je n'ai jamais pratiqué la méthode Iwama mais ce que j'en sais correspond parfaitement à la description que tu m'en as faite.

Concernant l'argument vestimentaire j'utilise aussi des keïkogis solides. Car des vestes de kimono délicates coûtent cher, qu'elles s'useraient dans les chutes, etc… Mais encore une fois je ne
considère pas que cela doive changer la façon de pratiquer. Si la saisie, qui est une attaque ou partie d'une attaque, ne peut être efficace dans le contexte d'origine, cela modifie le travail
qui avait été développé à l'origine.

La saisie souple et légère est efficace. Kuroda senseï immobilise, projette, étrangle ainsi. C'est ce que nous cherchons. Doit-on modifier nos attaques parce que nous n'y arrivons pas et donc,
dans l'essence, changer le kata?
C'est parce qu'il est difficile d'attaquer correctement ainsi que ce sont les anciens qui le faisaient dans les écoles traditionnelles. C'est encore le cas aujourd'hui.
Comme tu le dis la réponse est fonction d'un contexte. La technique juste ne peut être développée que sur une attaque juste.

Aujourd'hui en effet chacun travaille les deux rôles dès le départ. L'enseignement est donc plus difficile. Mais je ne considère pas que "simplifier" et "décomposer" soit la seule réponse
possible. Ce n'est pas le choix des maîtres Kuroda, Tamura, Hino… Ni à mon modeste niveau le mien.
Cela demande une explication précise du travail mais la méthode Iwama me semble préciser suffisamment de points elle-même donc cela pourrait aussi se faire ainsi.

Bien entendu les disciplines évoluent. Saïto senseï comme Nishio senseï, Tamura senseï ou Yamaguchi senseï a développé sa façon d'enseigner. Il a par exemple choisi de commencer en décomposant,
sachant par ailleurs que c'est une façon de faire que n'aurait pas admise Osenseï. Cela est respectable et chacun des autres maîtres que j'ai cités a aussi sans doute fait des choix qui auraient
déplus à leur maître. De même qu'Osenseï a pu déplaire à Takeda par les modifications de son enseignement.

Je n'ai rien contre les modifications. Mais il faut savoir pourquoi on les adopte et quelles sont leurs conséquences. A mon sens la décomposition d'un mouvement amène un pratiquant à développer
un geste qui conservera toujours cet aspect. Comme une distance que l'on divise par deux, puis par deux, puis par deux… (bien sur je grossis le trait)
Et le choix de travailler une saisie ferme et arrêtée a aussi des conséquences. Bien entendu des pratiquants s'affranchiront de ce type de travail et il y en a que j'apprécie particulièrement du
courant Saïto qui me l'ont démontré par leur pratique. Malheureusement il y en a aussi beaucoup qui resteront enfermés dans un travail décomposé et/ou dur.
Nous entrons d'ailleurs là dans ce que Kuroda senseï appelle Heta na keïko et Dame na keïko. Et au Shinbukan la saisie forte est clairement du Dame na keïko (même si Kuroda senseï montre à
l'occasion que la technique développée avec des saisies légères marche contre ce type de travail).

De tout ce que j'ai pu sentir jusqu'à aujourd'hui, la saisie légère est plus efficace. Le contexte, à savoir un vêtement solide, ne doit pas changer cela. Ce n'est pas parce que mon partenaire
aurait des poignées sur sa veste que je devrais m'y accrocher.
A mon sens le contexte est modifié lorsque la saisie a été modifiée. C'est un choix mais il a ses conséquences. Que personnellement j'estime trop négatives par rapport à ses bienfaits.

En effet il s'agit d'un débat ouvert qui fait appel à la logique de chaque école. Je constate toutefois que ce type de travail ne s'est quasiment développé qu'en Aïkido. Dans mon passé martial je
n'ai d'ailleurs pas souvenir d'avoir pratiqué ou vu aucune discipline qui se faisait sur saisies arrêtées ou puissantes hormis celles apparentées à l'Aïkido.

Je ne pense pas que demander une saisie légère soit regarder le doigt qui montre la lune. Je pense plutôt que ne pas le faire et saisir de façon arrêtée c'est penser qu'on verra la lune en
regardant d'abord le doigt ;-)

Cordialement,

Léo



Anas 14/09/2009 20:01

rebonjour, tout d'abord merci du temps que vous avez accorde a la lecture et a la reponse a mes questions, c'est vraiment tres gentil de votre part.concernant la self defense il est vrai que les Budo/Bujutsu, ne sont pas les voies les plus directes, et je suis entierement d'accord avec vous en ce qui concerne l'idee du changement du corps, mais je pense et j'espere que vous pourrez m'eclairer, que le Krav Maga ou le Systema ne sont pas non plus des solutions miracles pour la self defense. je doute fort que apres 6 mois de krav maga on peut se defendre sans probleme contre n'importe quel attaque venant de n'importe qui. c'est je pense comme les budo/bujutsu, on ne peut utiliser les techniques enseignes que apres un bout de temps, apres avoir assimiles les techniques, les avoir travaille et retravailles jusqu'a ce qu'elles deviennent instinctives. apres tout en combat on ne pense pas a une technique a faire, on execute une technique au moment meme, sans y avoir reflechi au prealable, parce que ca devient instinctif. (l'approche des ecoles et des sytemes etant differente, changement du corps par exemple...etc)une autre question si vous le permettez, ne croyez vous pas que les arts martiaux asiatiques s'eloignent un peu de leur noyau, qui est une methode de defense efficace, et deviennent avec le temps seulement des sports (judo karate kendo par exemple) ou bien juste des methodes spirituelles jusqu'a arriver a ressembler au yoga? pardonnez mon ignorance, mais les bujutsu n'etait ils pas seulement des methodes de combat avec des philosophies differentes pour chaque ecoles au meme titre que ces nouvelles methodes/ecoles d'arts martiaux, et que vu que les occidentaux ayant eu des idees preconcues a propos de la culture asiatique notament avec leurs cotes zen et les influences boudhistes  nous ayons transformes ce qui etait avant un art militaire en methode de meditation?, c'est un peu comme si apres certaines annees on disait que le MCMAP de l'armee americaine par exemple n'est plus utile et on va le rendre une sorte de methode d'elevation spirituelle. (non pas que je soit contre ca, mais des fois je pense que certains focalisent tros sur ce cote la seulement et que avec le temps on va perdre l'essence et le but meme des arts martiaux) pensez vous que les techniques martiales adherent a un principe mathematique et physique?Merci Leo pour le temps que vous consacrez a vos lecteursN.B : vous avez ecrit que vous allez enseigner a paris, j'espere avoir l'occasion de pratiquer avec vous, j'ais vu une ou deux videos de vous sur youtube et a vrai dire votre travail me laisse sans voix, c'est vraiment extraordinnaire.

Léo Tamaki 15/09/2009 12:01



Bonjour Anas,

Il me semble normal de vous répondre dès lors que vous prenez la peine de me lire et de m'écrire. Ce type d'change m'amène d'ailleurs parfois à envisager certaines choses d'un point de vue que je
n'avais pas envisagé au départ.

Bien entendu le Krav Maga et le Systema ne sont en aucun cas des solutions miracles. Toutefois le Krav Maga par exemple travaille sur des attaques "contemporaines" (disons les formes que vous
avez le plus de chances de rencontrer aujourd'hui), avec des mises en situation et cherche l'efficacité immédiate. Sans doute cela se fait-il au détriment d'une modification de l'utilisation du
corps mais cela est logique compte tenu du but. On se repose sur les qualités et capacités présentes en les affinant. Et cela fonctionne très bien pour le but choisi.
Disons que si l'on cherche de la self-défense il faut faire de la self-défense. D'autres voies ou disciplines peuvent vous permettre de faire face à une agression aussi mais là il s'agit de
l'essence de leur pratique. Pratiquer six mois de Krav Maga ne vous met à l'abri de rien mais généralement vous serez plus prêt qu'après six mois de n'importe quel Koryu.

Parler d'arts martiaux asiatiques est bien trop général. Même si l'on réduit aux seuls arts japonais, domaine que je connais le mieux, le but des budo, bujutsu ou kakutogi n'est pas du tout le
même.
http://www.tsubakijournal.com/article-3776376.html
Certains enseignent au moins autant à attaquer qu'à se défendre tels les bujutsu, d'autres sont, tout du moins spirituellement en effet plus enclins à la défense, les budo, tandis que d'autres
sont des sports par nature, kakutogi. Sans compter que les frontières entre ces catégories peuvent être perméables et que parler de défense ou attaque est rentrer dans un concept de dualité trop
simpliste.

Par contre je partage votre avis sur le fait que certaines disciplines perdent de vue leur objectif d'origine et se modifient.

En effet les bujutsu reposaient sur des concepts différents selon les écoles. Là aussi certaines avaient déjà un aspect spirituel développé comme pour le Katori Shinto ryu, dans d'autres cela
l'était moins. Sans que cela ait une implication sur l'efficacité de l'école.

Les occidentaux ont en effet des idées préconçues sur les pratiques martiales. Mais c'est le cas des japonais eux-mêmes qui ont généralement de fausses idées sur la question, la connaissance ne
se transmettant pas par le sang ;-) Cela dit il en est de même pour tous les domaines avant que l'on entre réellement dans leur pratique.

Les Budo ont dès le départ été conçus come des méthodes d'auto-éducation, ils ne changent donc pas d'objectif en étant pratiqués ainsi. Toutefois si ce côté nous intéresse leurs applications
pratiques peuvent être très efficientes.

Concernant les mathématiques, la physique et les sciences en général, bien entendu tout mouvement pourrait être étudié et décomposé. Mais d'une part les sciences actuelles ne sont absolument pas
assez avancées pour tout concevoir, d'autre part la description du fonctionnement de l'organisme immobile au repos prendrait déjà des volumes. Ne parlons pas d'un mouvement complexe comme ceux
nécessaires à la pratique martiale.

J'enseigne en effet maintenant à Paris aussi n'hésitez pas si vous désirez venir pratiquer.

Merci pour votre lecture.

Léo



Patrice 14/09/2009 18:24

Léo,Encore un article excellent et très intéressant ! Merci beaucoup !

Léo Tamaki 14/09/2009 18:52



Merci ;-)

Léo



Yannick-San 14/09/2009 11:14

Ce que Maitre Tamura nous avait dit à Bras au stage avec Mickael et Brahim : "Saisir son adversaire, c'est comme prendre la main de sa patite amie ; ça doit être délicat pour ressentir chaque mouvement"

Léo Tamaki 14/09/2009 18:53



Je ne saurai dire mieux. Quand on voit la façon dont les élèves le saisissent... comme cela doit être désolant pour lui............

Léo



Ivan 14/09/2009 09:16

Salut Léo,Voilà encore un article passionnant, d'autant qu'il répond à des interrogations que j'avais à partir de la tenue. Il ne te reste plus qu'à parler des zoori, du obi et du hara-maki. Blague à part, je suis convaincu du bien fondé de tes remarques. Il me vient toutefois une question : à quoi sert une saisie légère du bout de la manche du kimono ? Effectivement pour moi, j'ai toujours plus ou moins abordé sode-dori et hiji-dori de la même façon. Mais avec ton explication, cela impact forcément sur la forme technique et la manière de bouger. Peux-tu expliquer cela ?Merci d'avance.ivan 

Léo Tamaki 15/09/2009 11:38



Salut Ivan,

Zooris peut-être car c'est lié à la marche. Pour le reste on va commencer à rentrer dans l'intime et je ne voudrais pas conseiller les gens dans le choix de leurs sous-vêtements :D

Une saisie légère efficace est très difficile à réaliser. Comme une technique légère efficace. Mais c'est là, à mon sens, que réside le plus haut niveau de l'art…
Kuroda senseï immobilise et contrôle très simplement de cette façon. De même qu'il étrangle, projette, etc… C'est possible et efficace, je l'ai senti comme beaucoup d'autres, mais très très
difficile. Mais si nous cherchons une efficacité "différente" cela doit être pris en compte. (en résumé et au cas où je n'aurai pas assez utilisé le mot "efficace", c'est le but recherché, en
aucun cas la complaisance!)

Concernant sode dori et hiji dori je ne saurai réellement dire plus que ce que j'ai écrit. Lors de hiji dori le coude est directement saisi. L'action de tori a donc un effet direct sur uke
lorsqu'il bouge son bras. Dans sode dori le travail consiste à bouger dans la manche sans déranger pour arriver à une position avantageuse pour la technique effectuée. Malheureusement les manches
étant aujourd'hui des tubes, ce travail devient beaucoup plus difficile et perd de son sens, se confondant donc avec hiji dori.

Merci pour la lecture ;-)

Amicalement,

Léo




benoit 14/09/2009 04:20

ah et j'oubliais: je me souviens pas avoir vu de video daito ryu qui montrait des saisies "fermes et serrées", mais plutot à chaque fois  comme si le tori demarrait sa technique avant qu'uke ait le temps d'affermir sa saisie...... chose qui me semble rejoindre le thème principal de ton article. (dans des démos "yagyu" on voit parfois des saisies fermes, mais alors le uke se prend immédiatement une pluie de coups sur son bras saisseur et sur son corps...) bref ce me semble confirmer là aussi le thème de l'article..amicalementBenoit

Léo Tamaki 15/09/2009 11:28



;-)

Amicalement,

Léo