Budo no Nayami

Jean-Yves Le Vour'ch

22 Octobre 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

J'ai hésité avant de reparler de Jean-Yves tant je savais que je tomberai dans le verbiage. Je ne peux toutefois m'empêcher de partager quelques pensées à son sujet.


Jean-Yves étudiant avec Tamura senseï sous le regard de maître Ueshiba (photo Bruno Germain)


Les obsèques de Jean-Yves Le Vour'ch ont eu lieu hier, dans la petite ville de Gouesnou.

Mon avion ayant eu une heure de retard ce n'est que quelques minutes avant le début de la cérémonie que je suis arrivé à l'église de Gouesnou. Là je vis près d'une centaine de personnes venues lui rendre hommage attendant dans le cimetière entourant le bâtiment. Ce n'est qu'en m'approchant que je compris que tout ce monde attendait à l'extérieur car ils ne pouvaient entrer et que c'est probablement un millier de personnes qui s'étaient déplacées des quatre coins de France.
Aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur les têtes connues du monde de l'Aïkido se mélangeaient à celles de sa famille ainsi qu'à ses collègues en uniformes. Un vieillard se surprit à remarquer qu'en plus de soixante-dix ans, jamais il n'avait vu tel rassemblement en cette église.


L'église de Gouesnou


J'appréciais Jean-Yves et j'ai eu le plaisir de partager quelques moments avec lui, mais je n'ai jamais fait partie de ses proches. Nous n'avions pas le même âge, n'habitions pas la même région et souvent pas le même pays, n'avions pas les mêmes responsabilités, le même statut… et pourtant jamais Jean-Yves ne m'a fait sentir cela. Jamais n'a-t-il mis en avant quelque supériorité, réelle ou supposée, comme tant se plaisent à le faire. Il donnait au contraire l'impression de vous parler comme si vous étiez un de ses proches et que vous comptiez pour lui. Et je suis certain que cette impression était tout simplement l'expression de la réalité.




Je dois avouer que le décès de Jean-Yves m'a touché bien plus que je ne l'imaginais. Il ya, bien sûr, la tristesse, mais surtout l'exemple qu'il a donné. Moi qui tente vainement de vivre plusieurs vies en courant d'un continent à l'autre, j'ai souvent l'impression de brasser du vent. Jean-Yves lui, réussit à vivre pleinement tant de vies de façon profonde. Sa vie familiale d'abord, sa vie de budoka, sa carrière professionnelle, mais aussi, et je ne l'appris qu'hier, sa très grande implication dans une œuvre caritative qui l'amenait à se déplacer régulièrement en Afrique afin d'apporter son temps, son énergie et ses compétences à ceux qui en avaient besoin. Une œuvre dans laquelle il s'investissait avec autant d'énergie que de discrétion.
L'affluence aux obsèques de Jean-Yves était le témoignage de son humanité, sa capacité à toucher le cœur des gens par son attitude simple et humble, même ceux qui l'affrontèrent sur tel ou tel sujet. N'est-ce pas aussi la marque d'un grand homme que d'avoir le respect de ses adversaires.
Beaucoup hier découvrirent stupéfaits qu'il avait dans plusieurs autres domaines le même investissement que dans celui qu'ils partageaient avec lui. Plusieurs vies vécues de façon aussi accomplie les unes que les autres.


Kuroda senseï, Jean-Yves Le Vour'ch, Robert D'Allessandro, Tamaki Léo


Il est souvent de bon ton lorsqu'une personne disparaît de l'encenser afin de se donner bonne conscience et/ou de se mettre dans les bonnes grâces de tel ou tel qui reste. Avec Jean-Yves chacun a découvert qu'il était plus encore qu'on ne l'imaginait. Sa disparition laisse un vide qui je l'espère nous amènera à vivre mieux. Il m'en a donné l'envie.

Je cherchais quelle était la plus grande qualité de Jean-Yves lorsque je me suis remémoré celles que l'on associe au Bushido, Gi, la droiture, Yuu, le courage, Jin, la bienveillance, Rei, le respect, Makoto, la sincérité, Yo, l'honneur, Chuu, la loyauté. Jean-Yves manifestait chacune d'elles avec l'élégance du cœur. Tout simplement.





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Francois 23/10/2009 20:57


Merci Léo, tu l'as merveilleusement décris........c'est un grand vide qu'ils nous laissent, mais que d'agréables souvenirs.


Léo Tamaki 24/10/2009 12:42



Un grand vide en effet dont je n'aurai imaginé la profondeur...

Léo



Tangi 22/10/2009 13:33


Ohayo,
je me sens un peu mal à l'aise, nous avions parlé brièvement de Tanguy Le Vourch et je n'avais pas creusé, c'est par ton post que j'ai fait le rapprochement...
J'espère que  la place qui s'est libérée trouvera des adeptes pleins de ferveur pour poursuivre une voie qui semblait être de grande qualité.

Tangi


Léo Tamaki 23/10/2009 04:38



Je suis certain que Jean-Yves restera un exemple et une inspiration pour chacun de ceux qui ont eu la chance de le côtoyer.

Léo



Stéphane 22/10/2009 13:23


Bel hommage en effet ! Je connaissais Jean-Yves depuis plus de vingt ans et j'ai toujours apprécié sa grande humanité et sa disponibilité .C'est hélas lors de disparitions semblables que l'on
mesure toutes les richesses d'un individu ! J'ose espérer que j'en ai bénéficié un peu et que je pourrai à mon tour la transmettre dans ma pratique de l'aikido et dans ma vie de tous les jours !
Hier j'étais à vos côté Léo et Isseï à l'arrière de la voiture qui vous  ramenait   à la gare . Chacun était perdu dans se pensées ,le long du trajet ,je regardais les
nuages ( cumulus), qui au delà de la référence professionnelle me rapellaient sans cesse Jean-Yves par leur immensité majesteuse et leur calme  présence ! 



Léo Tamaki 22/10/2009 13:31



Je suis certain que Jean-Yves restera une inspiration pour beaucoup. C'est vrai, hier chacun était perdu, nos pensées allant vers Jean-Yves et, comme tu le décris, sa calme et majestueuse
présence...

Léo



Eric 22/10/2009 13:14


Merci


Léo Tamaki 22/10/2009 13:29



...

Léo



Steph 22/10/2009 12:32


Bel hommage, quelques belges ont fait le déplacement pour une dernière pensée à cet homme peu ordinaire...


Léo Tamaki 22/10/2009 12:54



J'ai été surpris de voir qu'à une époque si superficielle tant avaient su voir derrière son humilité...

Léo