Budo no Nayami

Kyokushinkaï

14 Janvier 2010 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Sébastien a récemment mis en ligne les photos de la démonstration de Fabrice Fourment à la NAMT09 sur son site Exworld. L’occasion de faire un petit voyage dans le temps…


Kamakura-1.jpg

J’ai découvert le Kyokushinkaï à la fin des années 80. Les magazines de l’époque parlaient du "Karaté au KO", du "style le plus dur du Karaté", etc…  Adolescent c'est pourtant le Kung Fu qui avait mes faveurs. La discipline était encore relativement mystérieuse et il flottait un parfum romantique autour d'elle qui ne manquait pas de me séduire.
Finalement c'est au début des années 90 que j'ai débuté le Karaté en parallèle du Full Contact. L'enseignant qui me marqua le plus fut Jean-Pierre Vignau bien que je ne pratiquai que quelques mois avec lui. Quelques années plus tard je partais au Japon vivre l'Aïkido qui était devenu mon principal centre d'intérêt martial.




Débuts en Kyokushin Karaté
Arrivé à Tokyo c'est bien sûr à l'Aïkikaï que m'avaient dirigé mes pas. Les mois passants j'eu pourtant envie de repratiquer le Karaté. La fin des années 90 et le début des années 2000 étaient l'âge d'or des sports de combat au Japon. Le Pride pour le combat libre et le K1 pour les disciplines pieds-poings rassemblaient à chacune de leurs réunions plusieurs dizaines de milliers de spectateurs dans une ambiance électrique. Plusieurs combattants du K1 tels qu'Andy Hug étant issus du Karaté, leurs combats donnaient toujours lieu à une présentation dramatisée de leur entrainement et de leur parcours, ravivant mon désir de pratiquer le Karaté.
Je me rendis tout d'abord chez Kenji Midori après avoir trouvé son adresse dans l'annuaire mais c'est finalement au Hombu Dojo Kyokushin Kaïkan que je me retrouvai. L'organisation s'est aujourd'hui scindée et le plus large courant bien qu'illégitime aux yeux de la loi, a aujourd'hui changé de locaux et possède un Dojo ultra moderne. A l'époque tout le monde encore au Dojo qu'avait fondé Oyama Masutatsu, créateur de Kyokushin Karaté. Situé à Ikebukuro l'immeuble entier était dédié à la discipline et c'est avec émotion que je pénétrais pour la première fois dans cet antre mythique du Karaté.

L'ambiance était radicalement différente de celle de l'Aïkikaï de l'époque. Le Hombu du Kyokushin était aussi bruyant que celui de l'Aïkkaï était feutré. Il y régnait une énergie aussi intense qu'abrupte. La pratique y était dure et sévère et c'est ce que chacun attendait en venant s'y entrainer.


Nanzen-ji 1

Premier cours
Je me souviens parfaitement du premier cours auquel Isseï et moi avons participé. Nicholas Pettas était en charge ce jour-là. L'entraînement commença par la répétition de centaines de coups de poings, pieds, blocages, pompes et autres exercices physiques rythmés par les kiaïs et Osu incessants des pratiquants. Cet échauffement durait un minimum d'une demi-heure et épuisait déjà une grande partie des pratiquants. Venait ensuite le travail technique puis le combat pour les anciens.
Lorsque nous abordâmes la partie technique Pettas démontra une application d'un mouvement appelé Gedan baraï contre une saisie de poignet. Il démontra que le blocage pouvait aussi servir à se dégager. Soudain il regarda son avant-bras et gifla violemment son uke. Il nous montra alors son poignet légèrement griffé et expliqua qu'il était inadmissible de ne pas prendre soin de son corps et de risquer de blesser ses partenaires d'entraînements. L'ambiance était posée.

A cette époque les pratiquants n'obtenaient l'autorisation de combattre qu'après six mois de pratique. Dès le deuxième cours j'eu pourtant la chance d'être remarqué et put dès lors combattre à chaque cours. Finalement je ne restais au Hombu que quelques mois durant lesquels je combattis un peu plus de 300 fois. Je subis une trentaine de défaites et une dizaines de KO dont, par chance, aucun avec perte de conscience.

Je garde un très bon souvenir de ces quelques mois et un grand respect pour les pratiquants de Kyokushin. J'ai eu la chance de pratiquer régulièrement avec Narushima Ryu que j'appréciais énormément et que je considère aujourd'hui encore comme l'un des, voire le meilleur Karatéka de sa génération.


KARATE 0259

L'arrêt
Plusieurs raisons me poussèrent à arrêter cette discipline. La première était le manque de temps. A l'époque je pratiquais quotidiennement au Hombu et je travaillais. Il devenait difficile de continuer à tout mener de front.
La seconde concerne l'aspect technique. Si l'engagement physique et le travail des qualités athlétiques me convenaient parfaitement à l'époque, les choix techniques de la plupart des professeurs ne m'intéressaient pas réellement. Nombre d'entre eux étaient de jeunes champions aux qualités physiques phénoménales. Grands et forts, certains étaient capables de me décoller du sol par un simple coup de pied circulaire. Mais leur enseignement était basé sur le pré requis que le pratiquant disposait du même physique. Ce qui était loin d'être mon cas. Deux enseignants me marquèrent pourtant par leur excellence technique, Narushima et un Shihan 7°dan dont j'avoue à ma grande honte avoir oublié le nom. Leur point commun était d'être de petits gabarits, ce qui les avait obligés à se reposer sur la technique bien plus que sur le physique. Nécessité accentuée chez le Shihan qui avait bien plus de 50 ans.

Aujourd'hui le Kyokushin vit une période sombre. Le style a éclaté en une multitude d'écoles rivales, donnant naissance à quelques scandales et rumeurs pénibles. Parmi elles quelques unes restent pourtant de véritables références. Je pense notamment au Shin Kyokushin de Midori Kenji et au Kyokushinkan de Royama Hatsuo. Le travail de ce dernier est particulièrement intéressant car il allie le Kyokushin Karaté au Taïkiken de maître Sawaï, deux styles qu'il étudia auprès des fondateurs dont il devint l'un des plus proches disciples.


Royama Hatsuo 110Royama Hatsuo (photo Jean-Baptiste Rosello)

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anonymous coward 20/01/2010 11:54


"Il nous montra alors son poignet légèrement griffé et expliqua qu'il était inadmissible de ne pas prendre soin
de son corps et de risquer de blesser ses partenaires d'entraînements. L'ambiance était posée."

Anecdote très drole quant on y réfléchi un peu : gifler son partenaire n'est-ce pas risquer (à coup sur) de blesser son partenaire d'entrainement ??

La bonne vieille histoire de la brindille et de la poutre !


Léo Tamaki 22/01/2010 11:45



J'adore ton pseudo :-))))))))

Réflexion tout à fait juste. Autant l'engagement et la sincérité des pratiquants de Kyoku m'ont-ils toujours touchés, autant leurs réflexions et leurs façons d'agir m'ont parfois laissé
pantois.

Léo



Valeyre Cyril 16/01/2010 21:52


Salut Léo,

Je me revois encore être sur les tatamis lorsque tu m'avais raconté l'histoire avec Nicholas Pettas et son uke.

David Huyh est le professeur de combat libre / Muay thaï qui dirigeait les cours de combat libre le samedi après midi dans le 13 ème arrondissement ?
Encore merci de m'avoir pu permettre de pratiquer le combat libre, ma première approche technique dans cette discipline. J'étais armé avec les DVDs du Pride ;)

A bientôt
Cyril


Léo Tamaki 17/01/2010 23:00



Salut Cyril,

Oui David est bien le professeur que je t'avais emmené voir ;-)
Tu as fait bien du chemin depuis :D

Léo



Yaël 16/01/2010 19:17


Bonjour Léo.

Encore une fois un article très intéressant surtout pour ce style que je ne connais que dans ces grandes lignes et sur lequel j'avais un avis très négatif. Déjà que j'avais un appriori sur le
karate en général...
Je suis assez intrigué par le kyokushinkan de Royama Hatsuo. Car j'avais lu un livre d'un pratiquant qui avait beaucoup pratiqué des arts martiaux
(judo quand il c'est implanté en France, puis des am phillippins et il avait découvert le Taïkiken de maître Sawaï). Et justement il disait que pas mal de pratiquant du taïkiken venait du
kyokushinkan. Mais le travail de Royama Hatsuo arrive a associer deux disciplines qui sont pour moi très différentes cela m'interroge beaucoup.

Amicalement.


Léo Tamaki 17/01/2010 22:58



Bonjour Yaël,

Ha ha, nos à priori ne font souvent que nous limiter nous-mêmes.

Il y a en effet eu beaucoup de pratiquants qui ont conjointement étudié le Kyokushin et le Taïkiken. Je ne vois pour ma part aucune contradiction à cela :D

Amicalement,

Léo



david 16/01/2010 18:18


Bonjour Léo,

je voudrais savoir, si ce n'est pas trop indiscret, ce qui vous a fais changer d'art martial?

Y-a-t'il quelque chose qui vous a provoqué un déclic pour passer du karaté a l'aikido?

Je fais moi même du karaté et je dois dire que grâce a vous j'ai bien l'intention de pratiquer l'aikido. (mais je veux d'abord obtenir la ceinture noire avant de m'y essayer!)

Salutations sincères,
David.


Léo Tamaki 17/01/2010 21:49





Bonjour David,


 


A vrai dire les choses ne se sont pas faites de manière très consciente. J'ai commencé l'Aïkido et réellement apprécié cette discipline. Je
m'y suis alors totalement investi et les choses se sont faites très naturellement.


Si je devais pointer quelques éléments qui m'ont poussés à le faire je dirai:


-la technique incisive de Tamura senseï


-la personnalité de Jacques Bardet


-l'engagement de mon sempaï Yann


 


Maintenant il faut bien comprendre qu'il ne s'agit en aucun cas de comparer le Karaté à l'Aïkido en termes de meilleur ou moins bon. Il se
trouve que l'Aïkido, à titre personnel, me convenait mieux, tout simplement. Je serai heureux si l'Aïkido pouvait vous apporter, que vous continuiez à pratiquer le Karaté comme Voie principale
ou pas.


 


Sincères salutations,


 


Léo


 




Fahnun 15/01/2010 10:57


Wow, ça doit être qqchose de pratiquer avec Narushima Ryu (et son mawashi gauche dévastateu!! ^^).
Il y a une bonne vidéo sur youtube qui montre certains de ses combats
http://www.leotamaki.com/article-kyokushinkai-42710475.html

Peut être vous souvenez-vous mais il y a une dizaine d'années durant le fesival d'arts martiaux à Bercy il y a eu une sorte de mini-compétition entre une éuipe de Kyokushin représentant le
Japon et une autre plus internationale (avec notamment Fransisco Filho ...). Je crois qu'il y avait Narushima Ryo dans l'équipe du Japon, mais surtout Hajime Kazumi. Est-ce que vous avez pu
aussi vous entraîner avec lui?

Toujours un plaisir de lire votre parcours Léo, mais au final, quels sont les  arts martiaux que vous avez pratiqués assidûmment??


Léo Tamaki 16/01/2010 12:57



Oui il y a de très bonnes vidéos de lui sur le net et un DVD très sympathique aussi.

Je n'ai pas vu la petite compétition du Festival mais j'avais vu le championnat du monde par équipes et j'avais eu l'occasion d'apprécier le travail de Kazumi. En revanche je ne me suis jamais
entraîné avec lui. Il est intéressant de noter qu'il a quitté le Kyokushin et s'entraîne aujourd'hui avec des gens comme Ushiro Kenji dans des formes traditionnelles.

Me concernant il y a peu de choses que je considère avoir pratiquées assidûment et avec l'intensité nécessaire. En premier lieu un art composite avec David Huyh, quelqu'un de peu connu mais de
très très grande valeur. L'Aïkido ensuite et le Shinbukan enfin.
Le reste est accessoire même si aujourd'hui l'Aunkaï et le travail des maîtres Hino et Kono est aussi très important.

Léo



Francesca 14/01/2010 22:46


Comment ça tu évites de regarder les films d'arts martiaux?
Je pensais que tu étais "open mind"??


Léo Tamaki 14/01/2010 22:50



"Open mind" ne veut pas dire qu'on ne fait pas de choix :D Je n'ai pas dit que je ne regarde JAMAIS mais qu'en général... ;-)

Léo



Bruno 14/01/2010 14:51


Salut!

C'est marrant, je viens de lire le manga "coq de combat" (shamo) qui parle d'un jeune ayant tué ses parents qui apprend le karaté "birenkai" en maison de correction. l'analogie avec le
Kyokushin est forte dans la pratique présentée!!

Et le heros (plutot antiheros) s'appelle Narushima Ryô!! je pense pas que se soit un hazard !!

Passer l'anecdote le manga est très sympa, mais assez inégal en qualité. Par contre c'est extrement violent (public averti seulement!)!!

A+

Bruno


Léo Tamaki 14/01/2010 22:49



Salut Bruno,

J'ai entendu parler de ce manga mais je ne l'ai pas lu.

Narushima est un véritable personnage au Japon. Si parler de légende pour lui est sans doute un peu fort il fait néanmoins partie du panthéon Kyokushin. Il était surnommé l'artiste du KO!
En revanche, et bien qu'il y ait eu de nombreux repris de justice et criminels au Dojo (j'en parlerai à l'occasion car c'est parfois assez cocasse), Narushima vient d'une famille d'entrepreneurs
très très aisés.

A+

Léo



Ivan 14/01/2010 10:02


Tes souvenirs me replongent dans les miens Léo. Les années auprès de Takemi Takayasu en Uechiryu karatedo étaient géniales. Ses cours me manquent terriblement. Nostalgie, quand tu nous tient :-)


Léo Tamaki 14/01/2010 22:45



Ca ne nous rajeunit pas :D

Léo



Tangi 14/01/2010 09:45


Ohayo !

Pensant avoir l'esprit guerrier, je ne suis pas sûr que j'aurais encaissé un tel rythme, mais il est vrai que la fougue de la jeunesse...

il est dommeageable pour un style  d'être sous le coup des guerres de clochers; cela peut refroidir des personnes a priori intérressées :-(

Je dois reconnaître que je connais mal ce style, et que j'avais un a priori : un style oû la majeure partie des pratiquants ont un physique de rugbyman et uqe c'est surtout  le physique qui
faisait la différence.
Tu cite des pratiquants ayant une autre recherche, comme quoi , il est important de ne pas s'arrêtter et de traverser le mirroir ( j'en discuterais bien avec des pratiquants de Kyoku)

L'eau de la douche semble fraîche !!! Misogi Aïki ou Kyoku ? q'apporte ce type de pratique ?

Amicalement, Tangi



Léo Tamaki 14/01/2010 22:45



Ah te connaissant Tangi je suis certain que tu aurais enduré sans broncher, et même avec le sourire :D

En effet chez la majorité des pratiquants aujourd'hui le physique fait la différence. Pourtant le style est bien plus riche que cela.

Concernant la "cascade" (bien grand mot pour ce filet d'eau :D), c'est dans un temple de Kyoto. Ce type de pratique apporte beaucoup lorsqu'il est fait de façon suivie et approfondie sous la
direction d'une personne expérimentée. Sinon on risque le rhume et au mieux une photo pour un blog ;-)

Amicalement,

Léo



Francesca 14/01/2010 09:23


J'adore quand tu parles Karate, Léo!

Un film excellent que tu as sûrement dû voir, KURO OBI
Superbe!

Bonne journée et gros bisous
Francesca


Léo Tamaki 14/01/2010 22:42



Malheureusement je n'ai pas vu Kuro obi. Bon je dois avouer qu'en général j'évite les films d'arts martiaux aujourd'hui, même si de véritables pratiquants jouent dedans comme c'est le cas ici
;-)

Bises,

Léo