Budo no Nayami

Chute mondiale de l'intérêt pour l'Aïkido

16 Septembre 2015 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

L'Aïkido n'est pas seulement en perte de vitesse, il est en chute libre. S'il n'est pas possible d'avoir le nombre précis de pratiquants dans le monde, on peut supposer en observant les informations de Google Trends, que l'âge d'or de la discipline est loin derrière nous…

 

Au niveau mondial

En dix ans, les recherches sur l'Aïkido ont chuté de 80% !

 

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Au niveau français

En dix ans, les recherches sur l'Aïkido ont chuté de 70%...

Il est aussi amusant de noter que notre pays a la particularité d'avoir un pic de recherche en septembre, lors de la rentrée. Une période à ne pas rater pour tous les dojos.

 

Chute mondiale de l'intérêt pour l'Aïkido

L'avenir de l'Aïkido au Maghreb, en Amérique du Sud et dans les pays de l'est

Un rapide coup d'œil sur la répartition géographique dessine une tendance claire. Aujourd'hui les pays qui portent de l'intérêt à l'Aïkido sont à l'est, en Amérique du Sud et au Maghreb.

 

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Quel avenir pour la discipline ?

L'Aïkido ne disparaîtra pas demain, non. Ni même après-demain. Mais si l'on suit la tendance actuelle en s'appuyant sur le passé et les informations que le net nous fournit, on peut faire quelques suppositions réalistes :

 

- L'Aïkido va continuer sa baisse inexorable dans ses bastions que sont la France et le Japon. Le nombre de pratiquants y est encore conséquent, mais la moyenne d'âge ne fait qu'augmenter. Une chute brutale est prévisible d'ici une vingtaine d'années, car il n'y a pas de renouvellement.

 

- L'Aïkido va se développer dans quelques pays émergents. Il faut toutefois noter qu'il est déjà en chute libre dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

 

- Au niveau mondial la baisse est aussi inexorable, même si l'arrivée de pays en voie de développement pourra faire illusion pendant un certain temps.

 

Chute mondiale de l'intérêt pour l'Aïkido

Pourquoi ?

Tout simplement l'Aïkido ne tient plus ses promesses, qu'elles concernent une efficacité martiale ou un développement humain. La majorité des têtes d'affiche de l'Aïkido contemporain ne font pas illusion, et les élèves ne sont pas aveugles.

S'il est possible de continuer à attirer des fidèles en jouant sur la nostalgie et la fidélité, cela ne fonctionne qu'avec des pratiquants déjà impliqués. Les élèves potentiels sont de moins en moins nombreux à s'engager sur la réputation des maîtres disparus. Ils ont naturellement besoin de pouvoir vérifier sur pièce. Nul doute que si je n'avais pas rencontré Tamura senseï, mon passage à l'Aïkido aurait été éclair. Mais où sont les Shioda, Toheï, Nishio ou Tamura d'aujourd'hui ?

 

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Comment agir ?

- Pratiquer

Il faut que les enseignants pratiquent et évoluent. Pas qu'ils se contentent de donner deux cours hebdomadaires, et de faire une journée de stage tous les deux mois. Il faut continuer à être élève, et s'entraîner seul. Beaucoup.

 

- Actualiser et adapter

Les arts martiaux sont supposés être des traditions martiales vivantes. Dès lors qu'ils ne sont plus adaptés à leur époque, ils rentrent dans le folklore qui est si souvent l'antichambre de l'oubli. L'Aïkido est le fruit d'une longue évolution, et Osenseï n'a jamais cessé de l'affiner, comme ses successeurs tels Yamaguchi Seïgo, Nishio Shoji, Tamura Nobuyoshi, etc…

Il faut comprendre ce qui fait l'essence de l'Aïkido, et avoir le courage de le faire évoluer en fonction du monde contemporain, faire preuve d'awase. Oui c'est une tâche difficile, risquée et ambitieuse. Oui beaucoup apporteront des modifications sans pertinence. Mais c'est le prix à payer pour survivre.

 

Toutes ces questions mériteraient bien entendu d'être creusées plus avant, et il ne s'agit ici que de quelques pistes. Il est toutefois urgent que chacun prenne ses responsabilités, afin de permettre à l'Aïkido de se réinventer pour survivre. Non pas en se reniant, mais en tenant ses promesses. L'avenir de la discipline en dépend.

 

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Pierre 11/02/2016 14:55

la destruction actuelle et progressive de l'aïkido tout à fait méritée non pas par l'art qui reste magnifique mais par les soi-disant experts. Ceux-ci non contents d'avoir falsifié l'art en le vidant de sa substance on produit une véritable opération de mystification sur la pratique pour mettre en valeur leur égo surdimensionné alors que le sens de l'art est précisément l'inverse, l'apprentissage de l'humilité de la bienveillance et surtout de la justice et de l'honnêteté dans le comportement. Au lieu de cela je n'ai vu en 20 ans de pratique que des pervers sadiques et imbus d'eux mêmes à la tête de toutes les instances fédérales

Léo Tamaki 29/03/2016 20:13

Ah Pierre, je suis désolé de lire votre triste témoignage...

Si les exceptions se font rares, je crois toutefois qu'il y a des adeptes de valeur dans tous les groupes. Il est vrai qu'ils sont parfois (très) minoritaires, et mis à l'écart.

Bonne recherche ;-)

Léo

isabelle 27/12/2015 20:56

Bonjour Léo,

je vais essayer d'être très brève. La baisse du chiffre est en grande partie causé par la politique de l'Aïkido : pas ou trés peu de relèves. Il y a peu de places pour les jeunes, et peu d'entrain à former les jeunes. Ce travail aurait dû être fait il y a au moins 20 ans et de façon continue. Encourager le potentiel des plus jeunes, même s'ils ne sont pas gradés ; ouvrir les portes de la transmission. Je constate en 15 ans de pratique, que le comportement de la plupart des hauts gradés est de garder leur "précieux" pouvoir (bien évidemment le discours est totalement à l'opposé). Il devrait y avoir un prix du meilleur espoir dans chaque club ou une distinction particulière.... enfin peut être est-il trop tard. Pis la moyenne d'âge des dirigeants de club est au moins de 25 ans de plus qu'un jeune. Bonjour l'effet miroir !!!!! Je m'imagine à 18 ans, visiter un club où le prof a plus de 50 ans, ben pas sûr que je signe. Il n'est pas question que de contenu, de technique mais aussi d'image. Actuellement tu serais sans plus vendeur que d'autres pour la discipline. Désolée de dire ça mais y'a un gros boulot de marketing à faire dans l'Aïkido. Bon heureusement je suis brève. Pardon pour le tutoiement mais ça va plus vite pour la conjugaison :)
Bonne soirée. Isabelle

Léo Tamaki 29/03/2016 20:34

Bonjour Isabelle,

Oui, la "politique" à l'égard des jeunes a très souvent été mal menée. Et les rares qui, comme Jean-Yves Le Vour'ch, ont fait beaucoup, étaient bien seuls...

L'image est en effet aussi très "vieillotte", et peu attirante pour les nouvelles générations.

Bonne soirée,

Léo

MATHIEU 29/11/2015 11:41

Bonjour Léo,

J'ai débuté l'Aikido il y a 4ans, cette année là nous étions 15 nouveaux, de cette époque nous ne sommes plus que 2 ce qui fait à peine 15%. Pour moi avec le peu d’expérience que j'ai et par rapport à ce que je recherche dans l’Aïkido, je dirais qu'il faudrait presque 3 cours dans un. Une partie traditionnelle avec de "la complaisance" pour assimiler les techniques, une partie de travail libre avec les attaques codifiées et une dernière avec des attaques de "rues" ou d'autres styles d'art martiaux ou l'on pourrait aussi porter les atemis. Pour exemple en 4 ans je n'ai jamais travaille sur une attaque coup de pied ! la notion d'atemi est très abstraite, car nous ne les portons jamais reelement. Afin de combler ce vide j'ai enrichie ma pratique de l’Aïkido est la complémentant par le wing chun, deux arts qui se complémentent plus que bien. Je suis aussi plus que d'accord avec le fait que les autres disciplines ne nous prennent pas au sérieux. Amicalement Mathieu

Léo Tamaki 02/12/2015 16:45

Bonjour Mathieu,

Merci pour ton témoignage. Je pense que ton exemple est très significatif, et que tu fais partie des rares qui continuent sur la durée. Oui sans doute certains mésestimaient les efforts. Mais aussi beaucoup se sont rendu compte que les promesses n'étaient pas tenues.

Bonne pratique en tout cas, tant en Wing Chun qu'en Aïkido :-)

Amicalement,

Léo

Xavier from Bordeaux 14/11/2015 18:25

Comme bien souvent, un peu de retard à l'allumage pour faire un commentaire, mais une récente discussion avec un de mes jeunes partenaires de Dojo m'a rappelé ce post sur l'intérêt de la pratique de l'Aïkido (en terme d'apport, bénéfice,...) et son corolaire en nombre de pratiquants.
Tout d'abord l'avantage d'être en retard sur les commentaires, ......c'est qu'en général tout est dit (ou presque). Donc ça me fera gagner du temps sur les analyses, constats, conclusions. A ce stade des commentaires, je ne vois pas l'intérêt de redire sensiblement les mêmes choses en reformulant plus ou moins les propos, histoire de dire que....j'ai quelque chose à dire. Cela n'aurait finalement pas une grande valeur ajoutée au débat (on pourrait également en conclure que c'est une stratégie de faignant , ce qui n'est peut être pas faux!!!)
Alors pourquoi intervenir maintenant ?
Comme je l'indiquai au début, cela fait suite à une récente discussion au cours de laquelle j'expliquai, qu'en dehors des mêmes constats, observations et conclusions de ce post sur la pratique de l'Aïkido et de son intérêt (dans tous les sens du terme), je n'étais pas sur qu'il y ait une "chute libre" du nombre de pratiquants. En voici les raisons (mais je suis d'accord, ce n'est pas tant le nombre et son évolution qui est important mais quel est le contenu de l'enseignement et son évolution) :
Je voulais donc juste relativiser le constat purement statistique par observation du nombre de connexions sur les recherches sur l'Aïkido. En effet on peu supposer qu'il y a 10 ans, il y avait beaucoup de recherche de l'ensemble des pratiquants, tous niveaux, pour trouver des informations sur l'histoire, sur O Senseï, sur les techniques, sur tel ou tel maitre, etc...Au fur et à mesure ces mêmes pratiquants ont trouvé des sites de références (Budo no Nayami ;) !!!), qu'ils ont ajouté à leurs favoris. De plus ces sites, ou blog, ont la plupart du temps des liens vers d'autres sources qui apportent de l'informations complémentaires, évitant ainsi de longues recherches.
Par conséquent les recherches directes avec la mentions "Aïkido" par les moteurs "classiques" deviennent moins fréquentes, et on peut toujours supposer finalement que les statistiques actuelles représentent essentiellement les "nouveaux" ou les curieux.
De plus, même si l'on constate une baisse des licenciés en France, cela se fait essentiellement au travers du prisme des 2 "Big" fédérations officiellement officielles, et encore à conditions que les informations soient fiables et consolidées. Depuis quelques années, surtout à la FFAB (et là Léo tu connait bien l'histoire) il y a eu effectivement des départs et baisse des inscriptions, mais cela ne veut pas dire que ces personnes ne font plus d'Aïkido. Pour toutes les raisons plus ou moins évoquées dans ce post et très bien commentées sur ton Blog en général, des pratiquants ont choisi de continuer sur un autre chemin que celui d'une "bien-pensance" quasi étatique. Ils ont créé leur propre école, choisi un autre système d'organisation fédérale. Et il me semble que bon nombre de ces petites écoles remporte un certain succès !!!! (toute évocation à la situation de certains propriétaires de Blog serait purement fortuite !!!).
Du coup, au minimum il y a eu transfert de pratiquants sur des écoles que l'on ne sait pas comptabiliser, au mieux il y a augmentation globale du nombre d'Aïkidoka avec ces nouvelles écoles qui proposent une évolution utile et nécessaire de la pratique.
Voilà, c'était juste pour relativiser sur le nombre de pratiquants, mais cela ne remet pas en cause le contenu de la pratique.
Bon là, j'ai dépassé mon quota de commentaires pour l'année ;)
Xavier

Léo Tamaki 23/11/2015 16:13

Bonjour Xavier,

Merci pour ton commentaire.

Commenter ultérieurement permet d'avoir plus de recul, comme on peut le constater avec tes réflexions.

En terme de nombre de pratiquants, tu as probablement raison, ce n'est sans doute pas une chute libre. Et je pense aussi que la baisse se fait principalement sentir chez les deux fédérations agréées. On peut évidemment supposer qu'un grand nombre de ces partants se soient retrouvés ailleurs (UFOLEP, FFSGT, etc…). Rien qu'en France le Kishinkaï va entre autres compter cette saison quelques centaines de pratiquants licenciés.
Je ne crois toutefois pas qu'il y ait une augmentation globale. Augmentation que l'on aurait pu espérer compte tenu de celle de la population, de la facilité à accéder à l'information, etc… Et qui pourrait avoir lieu si la discipline tenait ses promesses. Enfin, chacun peut déjà agir dans la mesure de ses possibilités :-)

Merci en tout cas pour cette relativisation.

Amicalement,

Léo

sarah 06/11/2015 22:08

Bonjour,

l'article ma beaucoup interrogé,

-d'abord sur la manière d'attirer de nouveaux pratiquants :

En effet il faudrait connaitre le taux de transformation d'une recherche en inscription car toute recherche n'aboutit pas à un nouveau pratiquant et les recherches peuvent être réalisées par des pratiquants actuels

- ensuite sur la visibilité : le judo par exemple bénéficie d'une visibilité dont ne dispose pas l'aïkido, pas de tête d'affiche à la télé, pas de JO, coupe du monde ...

Aujourd'hui avec instagram, facebook ... il existe d'autres moyens de s’intéresser où de promouvoir l'aïkido. Il faudrait réussir à exploiter à son maximum tous ces nouveaux media car on ne tombe pas par hasard au relay sur le magazine dragon spécial aikido :) qui est vraiment très bien caché

-enfin, sur la manière de conserver les adhérents

Je vais m'exprimer de façon égoïste en faisant le lien avec mes propres motivations et je me suis demandée si l'attitude du prof ne pouvait pas y être également pour quelque chose dans l'abandon dans certains cas

Attention ce n'est que le ressenti d'ultra ultra débutante l'équivalent d'une 2 cv sur une voie d'accès à l' autoroute :)

En effet l'an dernier j'avais un prof qui parfois me donner l'impression que j'étais le boulet de service :D ou de ne pas être à ma place. Je ne devais pas être la pratiquante espérée pour son cours.

C'est vraiment comme ça que je le ressentais mais je savais bien quels étaient mes soucis (qui ne sont pas encore réglés comme l'amélioration de ma souplesse de ma mobilité,la peur de la chute, ne pas savoir comment se préparer pour pouvoir augmenter la pratique...) et je ne savais pas trop comment corriger/progresser et il ne me donnait pas trop l'impression que cela l'intéressait ou qu'il en avait conscience.

Bref j'ai persévéré malgré tout car même sans la motivation liée au prof les changements que cela m' apporté m'ont assez motivé pour poursuivre et l'utilisation d'Internet m'a beaucoup guidé

-cette année j'ai opté pour un cours débutant (j'adore l'idée du cours débutant au moins je me dis qu'il n'y a pas tromperie sur le niveau des pratiquants et que j'ai ma place :) )

Et là le miracle, un professeur à l'écoute, attentif, qui corrige, qui passe avec chacun et adapte ses exigences à chacun mais est exigeant avec tous ( car le cours est ouvert à tous les niveaux) . Cela ajoute une grande motivation car ça donne envie de progresser de travailler plus pour être digne du respect que le professeur a à notre égard, d'essayer de le mériter .

Là ou l'an dernier je ressens plus du paraître, l'image de ce qu'est l'aïkido, cette année il y a une grande cohérence mais non feinte et peu de discours.


- de mon côté, le dernier point difficile pour moi consiste en l'amélioration personnelle ,j'aurai aimé que les dojos soient disponibles pour pratiquer seule ou en groupe mais hors contexte d'un cours, chez soi ce n'est pas toujours évident

Voilà ce que je vois d'ici :)

Sarah

Léo Tamaki 23/11/2015 16:26

Bonjour Sarah,

Il est vrai que l'Aïkido ne bénéficie pas de la même visibilité médiatique due d'autres disciplines, notamment parce qu'il y a peu d'évènements "forts", comme le sont les compétitions.

Concernant les réseaux sociaux, je crois qu'ils sont beaucoup utilisés pour l'Aïkido. Le problème je pense se situe plus autour de l'image qu'ils présentent. Une pratique dans un cadre martial fantasmé… Car la communauté martiale, des pratiquants de Kendo à ceux du MMA en passant par les Karatékas et autres adeptes de Kung Fu, a une image généralement similaire, et disons-le, peu flatteuse de notre pratique.

Conserver les adhérents est en effet un défi. Au niveau national le turn-over est si je ne me trompe d'environ 50%. C'est à dire qu'en moyenne la moitié des adhérents d'un dojo le quittent à la fin de l'année… Cela est un signal clair que la discipline ne remplit pas ses promesses. Et oui, l'attitude de l'enseignant joue naturellement.

Je suis désolé de lire les aspects désagréables de ton expérience, mais heureux de savoir que c'était globalement suffisamment positif pour que tu restes :-)
Les temps de pratique individuels sont en effet très importants, et le dojo est le cadre idéal pour cela. Malheureusement en effet très peu proposent cela.

Bonne pratique, et merci pour le commentaire,

Léo

ed 04/11/2015 08:26

Bonjour Léo,
Je trouve ta réflexion très intéressante... J'ai 40 ans et ai pratiquer l’Aïkido de 10 ans à 35 ans... Que dire si ce n'est que m'a vie a toujours été intimement lié à cet art... Comme toi j'ai fais le constat d'un changement de discours et d'une perte d'efficacité de l’Aïkido... Plusieurs fois lors de regroupement de professeur préparant le BF ou le BE je me suis heurté à des gens pour qui parler d’efficacité ou de réalisme de la discipline était considéré comme inapproprié... Très souvent lors de techniques où j’essayai de retrouver ce réalisme et ce en respectant l'intégrité de mon partenaire, je me suis retrouvé à être traité de "grosse brute"...(Exemple : lors de simple tsuki : le simple fait de ne pas s’arrêter 50cm avant Tori était une "agression" et un non respect des "préceptes de l'Aikido) Je ne citerai pas le nombre de fois où en face de moi j'avais la sensation d'avoir des robots répétant un geste vide et sans valeur...
Je pense moi aussi que le mal est profond : les enseignant aujourd'hui me semblent loin de l'esprit martial originel, leur discours tourne trop autour de la pseudo-philosophie au détriment d'un ancrage des techniques dans la "réalité".
Depuis quatre ans maintenant je pratique un autre art : le jujitsu, dans celui-ci je retrouve un certain réalisme, et j'avoue que fréquemment ce sont des techniques , des postures issues de l’Aïkido qui me viennent, notamment dans les phases de combat... D'ailleurs les techniques et postures de l’Aïkido me permettent souvent, même en ne Waza de faire jeux égale avec des gens plus hauts gradés.
Pour ce qui est de la perte du nombre de licencié c'est un fait, mais est-ce un mal ? Je ne sais pas... Cela pourrait peut-être faire comprendre à nos dirigeants que le mal est profond ?

Léo Tamaki 09/11/2015 19:08

Bonjour Emmanuel,

Merci pour ton témoignage.

Oui l'efficacité est souvent un gros mot. Pour ceux qui sont incapables d'en faire preuve !

Je suis heureux que tu aies trouvé ton bonheur dans le Jujitsu, même si je regrette que ce soit au détriment de l'Aïkido.

En ce qui concerne la perte de licenciés, c'est sans réel importance. L'important est la cause. Et malheureusement elle ne me semble pas comprise par les dirigeants...

Léo

Xavier 03/11/2015 10:53

Salut Léo
Ce constat est triste mais pas étonnant tant il est vrai qu'il existe beaucoup de complaisance chez certains pratiquants. La solutions est ou ?
Toi tu apportes une réponse à travers ton école et son ouverture aux koryus, Tissier en apporte une autre en faisant évoluer les formes d'attaque.
Un jour un gradé de club m'a dit "l'Aikido est comme une forme mathématique, il ne trouve sa logique qu'en lui même". Et bien voilà l'erreur. Je pense que l'Aikido doit retrouver toutes les interactions possibles avec les formes martiales qui lui sont proches et tout en gardant sa logique. Mais cela réclame une vraie recherche, un gros travail.
Toi te le fait, Mochizuki sensei l'a fait
Amicalement

Xavier

Léo Tamaki 09/11/2015 18:58

Salut Xavier,

Oui, je crois comme toi que si l'Aïkido ne trouve sa logique qu'en lui-même, il est condamné à perdre son sens pour le monde...

Amicalement,

Léo

Chrys 30/10/2015 21:07

La lecture de cet article et des commentaires qui suivent m'a inspiré les quelques réflexions suivantes :

- Je lis que les jeunes n'auraient plus le sens de l'effort et de l'engagement à long terme. Pour ce que j'en vois dans les dojos de jiujitsu brésilien ou j'ai pu traîner c'est parfaitement faux. J'y ai vu des jeunes s'investir à long terme et s'entraîner beaucoup avec un courage et une abnégation qui ferait pâlir plus d'un vieux. Penser cela s'appelle être réactionnaire. Le c'était mieux avant est toujours plus facile que de mettre soi ou sa discipline en question. Il est plus facile de mettre en cause « les jeunes » que de se demander où est ce qu'on a pu merder pour que lesdit jeunes ne viennent plus.

- Comme vous le dites, Léo, la disparition possible de l'Aïkido en tant qu'art martial de masse, n'est pas forcément un drame en soi. Il reste que comme vous j'en reste peiné tant cet art martial par son positionnement original vis à vis de la question de la violence peut apporter. 

- Sur la question de l'efficacité perdue et du sens de la discipline il me semble qu'effectivement cette dernière s'est perdu en route. Clairement aujourd'hui la pratique majoritaire (car il existe ici ou là des petits Dojo gaulois qui résistent encore et toujours à l'envahisseur, et vu qu'ils disposent de la potion magique ça aide) n'a plus qu'un rapport lointain avec la promesse initiale de l'Aïkido, en tout cas celle qui m'a fait franchir pour la première fois les portes d'un dojo : maîtriser un agresseur tout en limitant au maximum les dommage irréparables qu'il pourrait subir et ainsi éviter d'alimenter le cercle éternel de la violence. Je trouve plus de réalité à cette promesse dans le JJB qu'on a vu en action dans les premiers UFC avec Royce Gracie, qui là ou d'autres transformaient leur adversaire en bouillie, se payait le luxe de les terminer proprement soit par une luxation ou par un étranglement.
L'Aïkido devrait, pouvoir proposer des solutions pragmatiques à cette question qui n'a rien d'utopique ou d'idéaliste. La police a besoin de ces solutions, les personnels pénitentiaires ou d'institution psychiatriques également et j'en passe. Hors de question de tuer ou d'handicaper les personnes sur lesquelles on intervient.
Voilà un impératif tout simple à formuler qui devrait être la base de la pratique et de la recherche et au diables les considérations foireuses sur l'harmonie universelle ou autres billevesées auxquelles personnes ne comprend plus rien (ce qui n'empêche bien évidemment pas de faire paraître le contraire) et qui n'apportent pas grand-chose.
Le pire si j'ose dire est qu'il existe des pratiquants en Aïkido et pas forcément des plus gradés qui ont déjà une expérience positive de l'application des techniques du répertoire en live. Donc c'est largement possible.
Malheureusement on préfère se concentrer sur l'Aïkido pour les vieux, l'Aïkido pour les handicapés (contre lesquels je n'ai rien) les belles techniques qui claquent, etc. Pourquoi ne pas recentrer la pratique sur ces questions simples ? Elle en a le potentiel.
Tout le reste (éducation, spirituel) découlerait de cette base.

Évidemment pour ça, il faudrait que les enseignant sachent sérieusement se remettre en question et s'ils ne disposent pas des sources techniques pour ce faire, aient le courage d'aller chercher ailleurs les méthodes pour parvenir à leurs fins. Car bien souvent ce qui fait la valeur d'une pratique martiale, ce sont ses méthodes de recherche et d'enseignement, ainsi que les valeurs réelles (et non pas forcément celles qui sont inscrites au fronton du Dojo) qu'elle applique, plus que les techniques qu'elle applique.
Il faudrait également que les instances dirigeantes de la discipline, y compris l'Aïkikaï positionnent différemment l'image de la discipline et mettent en avant autre chose que ce qui est mis en avant aujourd'hui. Ils sont clairement les premiers responsables du désastre pour ce que j'en vois. Je me rappelle encore certaines démonstration au All japon ou je me demandais sérieusement ce à quoi j'assistais. IL s'agissait pourtant de pratiquant 6 ou 7 ème dan Shihan donc modèles qui démontraient. Les vidéos sont toujours visibles sur Youtube. Hormis quelques grands qui tiennent la route et ou l'on sent que c'est solide, pour ma part beaucoup brassent sérieusement du vent, il n'est pas besoin d'avoir 8 Dan au compteur pour le voir.

Car effectivement les pratiquants même peu gradés ne sont pas tous des idiots et s'ils sentent confusément ou très clairement qu'il ne leur est pas permis d'exprimer leurs doutes quand à ce qu'ils voient, publiquement au dojo tant la mesquine petite omerta et le risque de mise à l'écart existent, il leur reste toujours la possibilité de ne pas reconduire leur inscription l'année suivante et de se mettre à une autre discipline plus proche de ce qu'ils attendent.
Je me rappelle lorsque j'avais 3 ans d'Aïkido et que j'étais fortement passionné par la discipline et enthousiaste avoir montré à un pote, une démonstration. Il avait réagi en m'indiquant qu'il trouvait cela très esthétique mais qu'il voyait beaucoup de coopération et que cela ressemblait à de la danse et que de ce fait il lui semblait que cela était peu adapté à la réalité d'un combat ou les choses ne se passent pas comme cela. A l'époque, tout investi que j'étais dans ma pratique, je l'avais quasiment sermoné lui indiquant qu'il n'y connaissait rien et qu'il ferait mieux de venir tater un peu des clés articulaires qu'on pratiquait dans mon dojo.

Aujourd'hui quelques 10 ans de pratique après, je me dis que tout bien pesé, il était dans le vrai à presque tous les titres...Tout cela pour dire que les gens ne sont effectivement pas tous aisément manipulables et enfumables et que parfois ils voient juste du premier coup.

Comme le disait Quentin Tarentino dans Inglorious Basterds : - Vous savez là d’où je viens...
- Oui vous êtes d’où exactement ?
- Menardville dans le Tennessee. Je touchais un peu au trafic d’alcool, et là-bas si vous vous lancez dans ce que les fédéraux appellent une activité illégale mais ce que nous on appelle un petit commerce d’alcool maison pour nourrir ces gamins, et bien il convient en toutes circonstances d’user de vigilance. Et pour vous la faire courte, si ce qu’on vous raconte à l’air trop beau pour être vrai, c’est que ça l’est !

Léo Tamaki 23/11/2015 16:37

Bonjour Chrys,

Je partage ton avis, les jeunes sont capables de s'investir, et le Jujitsu brésilien comme d'autres disciplines le prouvent.

Oui la solution est dans la recherche, le travail et la remise en question. Des choses que l'on observe trop rarement dans les dojos d'Aïkido.
Quant à mettre en avant autre chose qu'une harmonie de façade, il faudrait que els groupes disposent de gens qui puissent faire vivre et incarner cet autre chose. Pas sûr qu'il y ait le personnel nécessaire ;-)

Ton anecdote avec ton ami est amusante, et très commune. Cela me rappelle l'histoire du roi nu :D

Bonne recherche,

Léo

Fab 30/10/2015 17:26

Bonjour Léo,

En effet, il semble que le nombre de licenciés diminue d'année en année, et rien ne sert de se cacher derrière des idées comme le fait que les chiffres google ne sont pas complets... on le constate tous les jours dans nos dojos !

Pour moi, le problème est lié à plusieurs éléments, qui sont à mon avis plus ou moins "solubles" :

- Premier problème, les modes et le marketing : beaucoup de gens ont commencé les arts martiaux grace à la télévision, internet, une démonstration... et actuellement en effet, le spectaculaire c'est bien le MMA, le JJB ou les disciplines pieds poings.Les combats sont mediatisés et les champions sont impressionnants (tout en muscle et en puissance). Evidemment un adolescent ou une personne qui veut se lancer "pour être fort" se sent beaucoup plus concerné par un high kick et une soumission de MMA que par un irimi nage ou des kokyunage. Ajoutez à cela que l'aikido communique assez peu, et que les experts parlent souvent en termes de type "harmonie et paix, energie et union"... quand on vient du monde profane on ne comprend pas du tout le rapport avec les arts martiaux et on se demande si on n'arrive pas dans une secte !

- Deuxième problème : evidemment les gueguerres de fédérations

- Troisième problème (et le vrai problème selon moi sur le long terme) : le niveau de certains enseignants, qui frole parfois l'escroquerie.

Je vais pour illustrer tout ça raconter mon parcours.
J'ai commencé l'aïkido à l'adolescence, justement attiré par une démonstration à un forum des associations. J'ai rejoint le club de la ville en cours enfant. Une fois au lycée je me suis désinteressé progressivement de l'aikido, et je me suis tourné vers la boxe thailandaise, pour les raisons vues plus haut. Progression qui semblait plus rapide, progression technique mais également développement physique (etre fort c'est bien mais les jeunes hommes veulent aussi être musclés et virils ;) ) et j'ai pratiqué quelques années. Toutefois au fur et à mesure, l'aikido me revenait en tête de plus en plus, sans que je puisse l'expliquer.

je me suis donc remis en quete d'un dojo, au moins pour essayer de m'y remettre à l'essai avant de me decider. J'ai trouvé un club dans le centre ville, qui semblait très martial et traditionnel. Les premiers cours se passent sans trop de souci mais je me rend compte rapidement qu'en réalité le cours tourne autour de 2 ou 3 techniques constamment, et que le cours ne progresse pas vraiment, on ne voit pas de nouvelles choses, nous ne sommes pas poussés à aller voir des stages, les cours ne sont pas particulièrement plus exigeants et également que l'enseignant parle beaucoup de ki pour expliquer son efficacité par rapport à la notre... bizarre. J'ai fini par quitter le dojo avec la sensation de n'avoir rien appris en un an à part que les enseignants sont meilleurs parce qu'ils ont développé leur ki (?)... Il m'a ensuite fallu quelques années pour revenir dans un dojo. Mais on peut dire que je suis un acharné, beaucoup de gens s'arretent à chacune des étapes durant lesquels j'ai "mis en pause" ma pratique.

Aujourd'hui je suis dans un dojo probablement plus pragmatique dans l'enseignement et je n'ai jamais entendu parler de ki. Les enseignants expliquent de façon concrète ce qu'ils font et pourquoi ils le font. Et ce que je trouve le plus interessant : ils nous encouragent à faire des stages, les font eux aussi (pas uniquement en tant qu'intervenant mais aussi en tant qu'élève) et ils expliquent qu'il apprennent encore et qu'un cours avec un expert c'est aussi pour eux beaucoup de travail. Cela me semble plsu honnete, plus sain et cela donne en effet plus envie de s'investir !

Léo Tamaki 23/11/2015 16:42

Bonjour Fab,

Oui il est vrai que la mode est un élément à prendre en compte. Toutefois le Yoga existe depuis longtemps et traverse les modes. L'Aïkido s'il remplissait ses promesses le ferait probablement aussi :-)
Je ne suis pas sûr qu'il y ait un manque de communication, par contre je suis d'accord sur el fait que lorsqu'il y en a, elle est généralement inefficace. Et je comprens qu'elle puisse faire penser à une secte.

D'accord évidemment pour les problèmes de fédérations.
D'accord aussi naturellement avec le niveau des enseignants :'(

Content que tu aies persévéré. Tu sembles être dans un dojo de qualité comme on aimerait en voir plus.

Bonne pratique,

Léo

poassonpanay 30/10/2015 16:40

Hello,

Ça ne m'étonne pas trop cette baisse d'intérêt, je suis un pratiquant assidu d'Aïkido (je m’entraîne 5 à 7 fois par semaine) et j'adore ça mais j'ai vraiment un mal fou à trouver des gens un minimum crédible en efficacité, j'ai déjà affronter un pratiquant de Taekwondo et je n'avais pas l'impression que l'aiki était inefficace bien au contraire :).

Après, chaque fois que je vais en stage, je suis étonné de voir que je fais parti des plus jeunes alors que j'ai 27 ans et de plus, je pense aussi que la plupart des aikidoka refusent de sortir de leur zone de confort (je sais pas si je suis clair), pas ou peu d'augmentation de rythme souvent en voir qui sont essoufflé après deux trois échanges un peu intense alors que pour moi la condition physique c'est la base. Je n'ai rencontré en stage que très peu de pratiquants efficace et les plus efficaces sont justement ceux qui acceptent les défis.

Mettre un shomen sur le front d'un 4eme DAN et qui t'explique que si tu le touche c'est parce que tu attaque mal (!!!!) y a quand même un problème...

Certains gradé qui te font les yeux ronds car tu porte un atémi et qui t'expliquent ensuite que l'Aïkido c'est beau c'est gentil, qu'il n'y a pas d'atemi en Aïkido que c'est pas bien et qui enchaîne sur un monologue philosophique lol.

Mais bon, je garde espoir, j'espère voir une nouvelle génération plus enclin à se tester vraiment et peu être qu'un nouvel âge d'or arrivera :)

Léo Tamaki 09/11/2015 19:05

Oui les gens efficaces en Aïkido sont rares. Et les jeunes aussi comme tu l'as constaté.
Je ne partage pas en revanche ton opinion sur le fait que la condition physique soit la base de l'efficacité. Je pense être physiquement en forme, mais je mets un point d'honneur à être efficace sans me reposer sur cela. Faute de quoi, l'âge venant, l'art n'aurait plus d'utilité. Toutefois ne pas baser son efficacité sur la condition physique, ne signifie pas que l'on doive la négliger. Je la développe et l'entretiens, mais pour d'autres raisons :-)

Pour le 4ème dan qui accuse de mal attaquer, c'est malheureusement assez fréquent. J'enseigne aux gens à attaquer correctement. Il arrive alors fréquemment qu'ils touchent un enseignant, un expert. Et la réponse est quasiment toujours la même : "Tu attaques mal." :'(

Bonne pratique,

Léo