Budo no Nayami

Shindo Jinen ryu ou le Karaté de Ueshiba

9 Février 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Février 2009

J'ai évoqué récemment un article du site Dragon/Tsunami. Un autre particulièrement intéressant présente le Shindo Jinen ryu. Le Shindo Jinen ryu est un style de Karaté créé par Konishi Yasuhiro. Maître Konishi pratiqua le Jujutsu dès son enfance. Adolescent il y ajouta la pratique intensive du Kendo. A l'âge de trente ans il ouvrit un dojo, le Ryobu-kan. Un an plus tard il fit la connaissance de maître Funakoshi, père du Shotokan, et de son assistant de l'époque, maître Otsuka (fondateur du Wado-ryu). Fait exceptionnel, il les laissa enseigner en parallèle dans son dojo afin de les aider à développer la pratique du Karaté qu'il se mit lui-même à pratiquer.
Il devint immédiatement un des assistants de Funakoshi et fut chargé avec Otsuka de relever les défis à l'école. Ils ne furent jamais vaincus. Il est à noter que tant Konishi que Otsuka étaient aussi des experts de Jujutsu, pratique qu'ils intégrèrent à leur Karaté.


Yasuhiro Konishi


Voici deux passages que j'ai trouvés particulièrement intéressants:

"Konishi Sensei and his wife also studied under Morihei Ueshiba, who was still teaching Daito Ryu Aikijujitsu at that time. Konishi Sensei considered Ueshiba Sensei to be the best martial artist he had ever known. Konishi Sensei carried this opinion throughout his lifetime. Having already trained in karate for a number of years, Konishi Sensei demonstrated the kata Heian Nidan (which he learned from Funakoshi Sensei) to Ueshiba Sensei. However, Ueshiba Sensei remarked that Konishi Sensei should drop such nonsense for such techniques are ineffective. This comment came as a blow, since Konishi Sensei believed in karate and that held Ueshiba Sensei's opinions in the highest regard. Konishi Sensei felt that karate still had much value and that he had the responsibility to develop it. Thus, he requested that he be allowed to continue training in karate, intending to develop the techniques so that it would be acceptable to the great teacher. After many months of research and training, Konishi Sensei developed a kata called Tai Sabaki (Body Movement). He based this kata on karate, but incorporated principles found in the teachings of Ueshiba Sensei. Though the new kata did not contain any complex movements, it consisted of a chain of actions, with no pause after each action. After the demonstration of this kata by Konishi Sensei, Ueshiba Sensei remarked that, "The demonstration you did just now was satisfactory to me, and that kata is worth mastering." Later, Konishi Sensei developed two other kata based on the principles of Tai Sabaki. The three kata became known as Tai Sabaki Shodan, Tai Sabaki Nidan, and Tai Sabaki Sandan."

Traduction approximative:
"Konishi senseï et sa femme étudièrent aussi sous la direction de Moriheï Ueshiba qui enseignait encore le Daïto ryu Aïkijujutsu à cette époque. Konishi senseï considérait Ueshiba senseï comme le plus grand artiste martial qu'il avait jamais rencontré. Il conserva cette opinion sa vie durant. Ayant déjà pratiqué le Karaté un certain nombre d'années Konishi senseï démontra le kata Heian nidan (qu'il avait appris de Funakoshi senseï) à maître Ueshiba. Mais Ueshiba senseï fit remarquer à maître Konishi qu'il devrait laisser tomber de telles inepties car ces techniques étaient inefficaces. Ce commentaire dévasta Konishi senseï qui croyait au Karaté et tenait l'opinion de maître Ueshiba en si haute estime. Konishi senseï avait toujours le sentiment que le Karaté avait beaucoup de valeur et qu'il avait la responsabilité de le développer. Il demanda donc d'être autorisé à continuer à le pratiquer, ayant l'intention de développer les techniques afin qu'elles soient acceptables aux yeux du grand maître. Après de nombreux mois de recherche et d'entraînement Konishi senseï créa un kata appelé Taï sabaki (mouvement du corps). Il fonda ce kata sur le Karaté mais y incorpora des principes trouvés dans l'enseignement de maître Ueshiba. Bien que le nouveau kata n'ai pas contenu de mouvements complexes, il consistait en un enchaînement d'actions sans pause après chaque geste. Après la démonstration de ce kata par Konishi senseï maître Ueshiba dit: "La démonstration que tu viens de faire m'a satisfaite et ce kata vaut la peine d'être étudié." Plus tard Konishi senseï développa deux autres kata basé sur les principes du taï sabaki. Les trois katas devinrent connus sous les noms de Tai sabaki shodan, Tai sabaki nidan et Tai sabaki sandan."

Maître Ueshiba est l'un des maîtres d'arts martiaux les plus célèbres. Il est aussi l'un des très rares dont la renommée a dépassé le cadre de sa discipline. Konishi senseï ne fut d'ailleurs pas le seul maître de Karaté impressionné par Ueshiba Moriheï. Egami Shigeru, maître de Shotokaï, fut par exemple particulièrement influencé par Osenseï. Tamura senseï me raconta aussi la visite que firent Oyama senseï du Kyokushinkaï accompagné de son ami Sawaï Kenji, fondateur du Taïkiken. Il est aussi révélateur du niveau d'Osenseï de voir qu'un expert tel que Konishi senseï qui fréquenta les plus grands maître de son époque le considérait comme le plus grand des budoka.


Egami Shigeru


Dans le passage ci-dessus il est intéressant de voir la différence d'appréciation de maître Ueshiba lorsqu'il voit la pratique de maître Konishi. En fin de compte ce ne sont pas les mouvements qu'il exécutait en soi qui étaient jugés mauvais au départ, mais la façon dont ils étaient réalisés.
J'ai pratiqué le Karaté et c'est une discipline qui m'a beaucoup plu et apporté. En revanche je n'ai jamais vraiment apprécié le côté saccadé de la pratique de la plupart des maîtres. Je ne suis pas de ceux qui estiment qu'un seul coup ne peut terrasser un adversaire, plaidant pour des enchaînements du type de la boxe. J'ai rencontré suffisamment d'experts pour savoir que plusieurs sont parfaitement capables, comme l'était Oyama senseï, de mettre hors d'état de nuire un combattant avec une frappe unique. En revanche je ne crois pas que cela nécessite, au contraire, de se contracter après chaque frappe ou blocage.


Tai Sabaki shodan


Il semble malheureusement que les pratiquants actuels du Shindo Jinen Karaté aient décidé d'ignorer les conseils de maître Ueshiba…


Une autre partie de l'article a attirée mon attention:

"In about 1935, Konishi Sensei developed another kata, Seiryu. During this period, Konishi Sensei, Ueshiba Sensei, Mabuni Sensei, and Ohtsuka Sensei were training together almost daily. At this time, the Japanese government was controlled by top officers of the Imperial Army. Konishi Sensei was asked by the commanding general of the Japanese Army to develop women's self-defense techniques. His first step in fulfilling the Army's request was to ask Mabuni Sensei to help him develop standardized training methods, to help the students remember the techniques.
Together, they developed a karate kata that incorporated the essence of both their styles. As they worked to finalize the kata, they shared it with Ueshiba Sensei, who approved some sections, but advised certain changes. Ueshiba Sensei strongly felt that the kata should be modified based on the gender of the practitioner, because of the need to protect very different sensitive areas. Also a woman's training was normally executed from a natural (higher) stance. Another factor which greatly influenced the kata was the female position in Japanese society. At the time, a woman's life was defined by cultural customs, though both sexes wore kimono and used geta. All these factors were considered in the process of developing the kata.
As a result of the collaboration between three great masters, the Seiryu kata, contained the essence of both aikido and jujitsu, going with the force instead of directly opposing an opponent's attack."


Traduction approximative:
"Vers 1935 Konishi senseï développa un autre kata, Seiryu. Durant cette période Konishi senseï, Ueshiba senseï, Mabuni senseï et Otsuka senseï s'entraînaient ensemble quasi quotidiennement. A cette époque le gouvernement japonais été contrôlé par les officiers supérieurs de l'armée impériale. Le haut commandement de l'armée impériale demanda à Konishi senseï de développer une méthode de self-défense à l'attention des femmes. Sa première action afin de répondre à la demande de l'armée fut de demander à Mabuni senseï de l'aider à développer des méthodes d'entraînements standardisées pour aider les élèves à mémoriser les techniques.
Ensemble ils développèrent un kata de Karaté incluant l'essence de leurs styles respectifs. Alors qu'ils travaillaient à la finalisation du kata ils le démontrèrent à Ueshiba senseï qui approuva certaines parties mais conseilla certains changements. Ueshiba senseï avait le fort sentiment que le kata devait être modifié en fonction du sexe du pratiquant en raison des différences concernant les parties à protéger. De plus l'entraînement des femmes était normalement exécuté à partir d'une position naturelle (plus haute). Un autre facteur qui influença énormément le kata était la position de la femme japonaise dans la société. A cette époque la vie d'une femme était régie par les coutumes, même si les deux sexes portaient des kimono et des geta.
En tant que résultat de la collaboration de ces trois maîtres le kata Seiryu contient l'essence de l'Aïkido et du Jujutsu, s'harmonisant à la force au lieu de s'opposer directement à l'attaque de l'adversaire."



Konishi senseï


Ueshiba senseï comptait de très nombreux amis parmi les pratiquants d'arts martiaux tels que Nakayama Hakudo. Il semble comme en témoigne l'article qu'il ait aussi continué ses recherches malgré la renommée dont il jouissait déjà en 1935.
Il est à noter ici encore que Mabuni senseï et Konishi senseï "présentent" leur travail à maître Ueshiba. Nouvelle preuve s'il en fallait, de l'autorité que lui conférait sa redoutable efficacité.


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Nicolas 28/03/2014 10:59


Très intéressant. Sachant qu'Otsuka était aussi diplomé en Shindo Yoshin ryu (et ancien pratiquant de Yoshin koryu me semble-t-il) et que Shigeta Obata du Shindpo Yoshin ryu était très bon
ami de Kotaro Yoshida (Daito ryu) et connaissait Sokaku Takeda... Il y avait au final un échange dans la pratique qu'on a peut-être du mal à imaginer aujourd'hui.

Léo Tamaki 01/04/2014 18:21



Il y a une longue période durant laquelle il semble que Takeda ait voyagé avec des amis adeptes. Pour moi il est évident que des échanges ont eu lieu fréquemment dans le passé. Aujourd'hui
malheureusement les pratiquants considèrent qu'il suffit d'internet pour en apprendre sur une école ou une discipline, et la vision de vidéos a remplacé les échanges véritables...


 


Léo


 



Régis GALLAND 12/02/2009 20:27

Bonjour Léo, ta remarque sur le coup unique du karaté est pertinente.Je crois qu'il faut voir dans le "coup ultime" non pas l'idée que le coup sera fatal à chaque fois, mais que l'état d'esprit recherché doit aller dans ce sens, un peu à l'image du samourai qui cherchera à en finir rapidement avec son adversaire (sur une ou deux techniques) plutôt qu'à s'éterniser autour et piquer comme un escrimeur occidental.........Contrairement à l'idée reçue si tous styles de karatédo ou du moins une grande majorité d'entre eux affichent raideurs et contractions, à partir d'un certain niveau et l'école suivie, le pratiquant experimenté sera nécessairement obligé de rechercher une certaine forme de souplesse, à la fois pour améliorer son efficacité et pour compenser la raideur arrivant avec l'âge. Ceci permet au budoka âgé de continuer sa pratique encore de longues années !! Exemple du kata sanchin de mon école http://www.youtube.com/watch?v=-t5HtbsFDxM&feature=PlayList&p=B6BF4D538A58116F&playnext=1&index=7

Léo Tamaki 15/02/2009 04:40



Bonjour Régis,

Je suis d'accord avec toi sur l'idée de vier à éliminer son adversaire le plus rapidement possible. En revanche je me demande si l'escrime occidentale nécessitait de multiplier les piques. Je n'y
connais rien mais je pense qu'une seule pique dans un organe vital devait être fatale. En revanche on est à l'opposé de la boxe par exemple.

Merci pour l'extraordinaire vidéo de Uechi senseï que je n'avais jamais vu en action.

Amicalement,

Léo



Kriss 10/02/2009 18:36

Merci pour le commentaire Léo. Tu as ajouter la nuance nécessaire qui manquait a mon post ;.).Et pour continuer dans le chemin : " on a le professeur que l'on mérite; et le professeur a les éléves qu'il mérite."A+ amicalement Kriss.

Léo Tamaki 11/02/2009 17:23


;-)

Léo


Kriss 09/02/2009 19:22

Et oui encore une fois un article qui nous permet de découvrir des maitres et leurs façon d'aborder leurs arts.
Mais je ne suis pas d'accord sur "la "pauvreté" et la "rigidité" de nos pratiques",
Est ce notre pratique ou bien nos enseignants ou les fédérations qui sont rigides et qui appovrissent leurs pratiques.
On le visualise bien avec cette histoire que les maitres anciens n'avaient pas de probléme avec leurs EGO et il n'hesitaient pas à consulter quelqu'un qui ne pratiquait pas le même art, pour savoir ce que celui ci en pensait.
Ici c'est bien la preuve de leurs intelligences et du chemin parcouru sur la "voie" qui leur permet de laisser certainees considerations humaines de cotés pour avancer sur ce long et interminable chemin qui est celui d'un pratiquant d'arts martiaux.
A+ et encore merci à LEO pour nous faire partager sa réflexion et ces rencontres avec nous.

Léo Tamaki 10/02/2009 09:04



Bonjour Kriss,

Je crois que chacun est responsable de sa pratique. Chacun a le loisir de choisir son enseignant s'il est prêt à faire les efforts nécessaires. S'il est indéniable qu'il existe des professeurs
fermés, il en existe en revanche de très ouverts. A chacun de chercher ce qui lui convient.

Je pense que les maîtres du passé avaient aussi leurs problèmes d'égo :D En revanche la pratique martiale était considérée comme un tout. Au-delà du style on pratiquait le budo et nons pas
l'Aïkido ou le Karaté, etc...

Merci pour la lecture et bonne pratique!

Léo



Ludo 09/02/2009 17:33


Fort intéressant cet article, pourquoi douter de l’efficacité de Maître Ueshiba ? Je dirais même plus, pourquoi les gens se sont t'il mis à douter de son efficacité ?_?

Léo Tamaki 10/02/2009 09:00



Si doute il y a, il est contemporain. On assiste aujourd'hui à un courant critique très léger mais insidieux concernant Ueshiba. Critiques qui ne semblent pas avoie eu lieu lorsqu'il était vivant
ou qui disparraissaient après une "rencontre" avec lui.

Il est parfois jugé aujourd'hui sur la seule vision de vidéos par des pratiquants de disciplines tels que le combat libre entre autres, mais aussi par certains Aïkidokas. Cela dit tout cela n'a
franchement pas grande importance. Il y aura toujours quelqu'un pour critiquer ;-)

Léo



Ivan 09/02/2009 10:40

Bravo Léo pour nous avoir éclairé un peu plus sur ce personnage hors norme que fut O Sensei Ueshiba. Cet article montre que malgré l'abondante littérature qui existe sur le fondateur de l'Aikido, il y a encore beaucoup à dire et à (re)découvrir. Un livre sur tous les senseis d'autres disciplines qui sont venus le voir, lui demander conseil ou sont devenus ses élèves, ce serait passionnant. Car, comme le souligne Antoine dans le commentaire avant le mien, cela nous montrerait la rigidité de nos pratiques au lieu de s'enrichir mutuellement.

Léo Tamaki 10/02/2009 08:53



Salut Ivan,

Ce serait effectivement un ouvrage intéressant. Je crains malheureusement qu'il ne voit jamais le jour tant les témoins sont rares aujourd'hui.

Amicalement,

Léo



Antoine 09/02/2009 05:29

Article vraiment très intéressant! Merci Léo!Il est remarquable de voir à quel point les maîtres de l'époque pouvaient travailler, chercher ensemble. Alors qu'aujourd'hui chacun se cantonne dans sa discipline avec une recherche de forme, de technique bien spécifique... Cela en dit long sur la "pauvreté" et la "rigidité" de nos pratiques. En même temps les maîtres capablent de transcender les différences de style se font rares, il faut bien l'avouer...

Léo Tamaki 10/02/2009 08:51



Salut Antoine,

Il est possible que moins la pratique risque de servir, plus elle ait tendance à se spécialiser.

En tout cas il est certain que les maîtres capables d'attirer les pratiquants de multiples disciplines sont extrèmement rares. Kuroda, Kono, Hino, Akuzawa, Ushiro... Une poignée parmi la
multitude de "maîtres".

Léo