Budo no Nayami

Ueshiba Moriheï au Kumano Hongu

9 Septembre 2010 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Les années passant c'est toujours avec surprise et plaisir que je découvre tous les incroyables témoignages du passé qui ressurgissent peu à peu sur le net. Combien de documents passionnants attendent encore d'être sortis de l'ombre et partagés avec les passionés…

J'ai découvert il y a peu ce rare film datant de la fin des années 60 d'Osenseï au Kumano hongu.

 

 

 

 

Bien qu'il ait dut avoir plus de quatre-vingts ans à l'époque, les gestes de maître Ueshiba sont vifs, précis et dégagent une impression de puissance certaine. S'il semble s'aider de son arme pour se relever il ne parait absolument pas souffrir pour se déplacer.
Depuis la popularisation des termes de "corps flottant", "namba aruki" et autres, la question s'est posée de savoir comment marchait Osenseï. Si nous sommes condamnées à en rester au niveau des conjectures car rien ne remplace le ressenti, le sentiment que j'ai à le voir se déplacer est qu'il ne pousse absolument pas dans le sol et semble glisser. Cette façon de faire permet d'éviter les gestes parasites et les appels. Cette simplicité et cette économie de mouvements permettent d'être très rapides alors même que les gestes en eux-mêmes ne le sont pas spécialement.

 

 

hongu

Ueshiba Moriheï et Hikitsuchi Michio

 

 

Le partenaire d'Osenseï sur la vidéo n'est autre que Hikitsuchi Michio, l'un de ses plus proches élèves et l'un des trois seuls à avoir reçu le grade de 10ème dan avec Toheï Koichi et Abe Seïseki.

L'arme qu'utilise maître Ueshiba est un bâton d'environ 1,52 mètre, 5 shakus, bien plus rare que les jos ou ce qu'on appelle bo, les bâtons d' 1,82 mètres, 6 shakus.

La première partie du film est un rituel de purification Shinto. Ce qui est intéressant est que la démonstration de techniques martiales qui a lieu ensuite laisse clairement apparaître les liens avec le rituel religieux. Cela me conforte dans le sentiment que les prières et autres activités religieuses d'Osenseï avaient un lien avec la pratique martiale et, qu'au-delà de leur sens religieux, ils étaient des tanrens comme le sont les exercices de l'Aunkaï ou comme l'étaient les exercices que Tamura senseï effectuaient avant ses cours.

Le fondateur semble arrivé au summum de son art où il lui suffit de marcher comme lors de la technique contre le sabre à 2,18. Il démontre par la suite un travail à l'éventail. Cette pratique est très intéressante car l'éventail est un élément lié aux arts martiaux. D'une part parce que les guerriers en portaient normalement toujours un sur eux qui leur servait occasionnellement d'arme, d'autre part parce qu'il était aussi symboliquement utilisé pour représenter le sabre.

 

 

osensei4.2

 

 

Je n'ai pu m'empêcher de sourire lorsqu'à la fin de la vidéo (3,07), maître Ueshiba semble marcher sur son hakama. Comme le dit un proverbe japonais "Saru mo ki kara ochiru", "même les singes tombent des arbres"!

La vidéo a été mise en ligne par Jack Wada, 6ème dan d'Aïkido, qui étudia notamment trois ans sous la direction de Hikitsuchi senseï au Japon dans les années 70.


osensei5.1

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Romain 07/10/2010 16:48



Bonjour


J'ai trouvé ce document très interessant en farfouillant sur le net, si ça vous
branche.


Ca parle entre autre de la pratique du bo selon O Sensei.


Romain


 


 



Léo Tamaki 07/10/2010 20:50



Merci pour cet intéressant document que je ne connaissais pas.


 


Léo


 



Tom 16/09/2010 10:53



Salut Léo,


Je te remercie beaucoup d'avoir répondu à ces questions techniques, et désolé de te pousser dans ces retranchements... Si je te pose ces questions, c'est également parce que je t'apprécie
beaucoup, et que je suis sûr que tes réponses vont m'être très utiles au stade actuel de ma recherche... Mais évidemment, je sais bien que ce domaine doit avant tout être exploré sur le
terrain! J'essayerai donc de venir glaner quelques infos de plus directement sur les tatamis dès que l'occasion se présentera!


Encore mille merci, cette fois je vais méditer profondément ces réponses (et par méditer, je veux dire essayer de mettre pleins de choses en pratique!)


Amitiés et à bientôt...


Tom



Léo Tamaki 16/09/2010 12:03



Salut Tom,


 


Je t'en prie c'est bien naturel. Tes interventions sont toujours réfléchies et me donnent aussi l'occasion de revenir sur ce que j'ai écrit. C'est donc bien naturel que je prolonge le dialogue
;-)


 


Très bonne pratique à toi.


 


Amicalement,


 


Léo


 



Tom 13/09/2010 22:50



Salut Léo,


Merci pour ta réponse, mais je ne suis pas tout à fait rassasié... Pourrais-tu me dire si selon toi, le fait de ne pas pousser dans le sol exclue le fait de porter du poids sur les jambes?
S'agit-il  de ne pas provoquer de poussée volontaire, issue d'une contraction musculaire, ou bien carrément d'alléger totalement ses appuis comme pour "effleurer" le sol? En fait, lorsqu'on
est totalement détendu, la gravité fait tomber directement notre poids dans sol, ce qui offre une grande stabilité mais ne nuit pas forcément à notre mobilité. Par contre, pour "flotter", il faut
nécessairement "couper" ses appuis et agir dans un temps de "suspension" du corps. Du moins, voici ce que je comprends personnellement... Alternance plein et vide, léger dans le mouvement,
lourd dans les positions. Quant au départ de l'action, éliminer la contraction réflexe ou "l'acte volontaire" pour ne pas donner de signal ou disperser sa force dans une mauvaise direction...
Bon, je ne demande pas une véritable explication technique, mais il est vrai que les concepts dont tu parles ouvrent de nombreux horizons! Sans doute est-il normal que chacun les comprenne en
fonction de ses expériences ou même de sa culture, mais comment savoir alors si nous parlons bien de la même chose... Pitié, éclaire-moi, ça me torture l'esprit!  La marche, c'est vraiment fascinant...


amicalement... et avidement...S.T.P...


Tom



Léo Tamaki 16/09/2010 03:42



Salut Tom,

Ah c'est ce que je craignais… la technique à l'écrit me semble toujours si compliquée car elle fait appel à tant de paramètres que le geste le plus simple pourrait prendre des volumes et que l'on
pourrait encore se tromper tant certains termes ne recouvrent pas la même sensation chez les uns et les autres…

"Pourrais-tu me dire si selon toi, le fait de ne pas pousser dans le sol exclue le fait de porter du poids sur les jambes?"
Je crois que ne pas pousser n'empêche pas d'être lourd. Ni léger :D Les deux sont possibles.

"S'agit-il  de ne pas provoquer de poussée volontaire, issue d'une contraction musculaire, ou bien carrément d'alléger totalement ses appuis comme pour "effleurer" le sol?"
Une chose consiste effectivement à ne pas pousser. Ensuite on peut y ajouter le fait de faire "flotter" le corps. Cela va au-delà du fait d'effleurer mais il faut vraiment le sentir pour le
croire et le comprendre. J'aimerai t'y inviter mais je suis incapable d'en donner un aperçu qui me satisfasse, tout juste une vague idée.

"En fait, lorsqu'on est totalement détendu, la gravité fait tomber directement notre poids dans sol, ce qui offre une grande stabilité mais ne nuit pas forcément à notre mobilité."
Si on est totalement détendu on est une chiffe molle qui forme un tas informe au sol :D Personnellement je pense que le fait de ne simplement pas pousser ne permet pas une grande mobilité. Il
faut ensuite "flotter" pour arriver à la mobilité maximale. En revanche c'est un prérequis.

"Par contre, pour "flotter", il faut nécessairement "couper" ses appuis et agir dans un temps de "suspension" du corps."
"Flotter" fait malheureusement partie de ces termes qui recouvrent des notions très différentes selon les pratiquants et même les maîtres. Des adeptes comme Kuroda ou Kono qui ont pourtant
partagé leurs recherches à une époque en offrent des manifestations différentes. Plus encore lorsqu'il s'agit de personnes ne s'étant pas rencontré comme les maîtres Hino ou Akuzawa.
Le corps flottant chez Kuroda senseï est un état qui est d'une certaine façon permanent. C'est en tout cas plus long que ce à quoi fait référence Kono senseï. D'après ce que j'en comprends et
saisi aujourd'hui…

"Alternance plein et vide, léger dans le mouvement, lourd dans les positions."
C'est une possibilité mais pas ce que je cherche.

"Quant au départ de l'action, éliminer la contraction réflexe ou "l'acte volontaire" pour ne pas donner de signal ou disperser sa force dans une mauvaise direction..."
Eliminer les contractions réflexes mais aussi les contractions inutiles est un travail titanesque dont la plupart des gens n'a même pas conscience. L'utilisation "habituelle" du corps consomme
une énergie incroyable sans aucune raison.

"Bon, je ne demande pas une véritable explication technique, mais il est vrai que les concepts dont tu parles ouvrent de nombreux horizons! Sans doute est-il normal que chacun les comprenne en
fonction de ses expériences ou même de sa culture, mais comment savoir alors si nous parlons bien de la même chose..."
Malheureusement il s'agit d'un domaine où seule l'expérience directe peut nous être réellement utile. Raison pour laquelle j'aborde plus que rarement le travail technique. Il faut vraiment que je
t'apprécie pour me laisser entrainer sur ce terrain ;-)

Amicalement,

Léo



Tom 11/09/2010 23:04



Salut Léo,


C'est effectivement une chance extraordinnaire d'avoir accès à tous ces documents, puissions-nous en faire bon usage!


Concernant la marche d'O Sensei, je suis frappé un point en particulier, quelque chose qui pour moi constitue une énigme par rapport à mes propres sensations: lorsque je regarde ses
déplacement, O sensei alterne avec une facilité déconcertante un mouvement fluide et léger avec un ancrage puissant, une stabilité inébranlable. Lorsqu'il bouge, ses pas ne sont absolument pas
pesants, il "flotte" au dessus du sol, et se retrouve souvent sur la pointe des pieds ou à défaut, ne pose presque pas le talon; pourtant, j'ai la sensation qu'il laisse en même temps tout son
poids tomber, comme s'il était très lourd. Peut-on être à la fois léger et lourd? N'hésitez-pas à m'envoyer vos réponses...


Concernant le lien entre une pratique à caractère religieux ou ses applications martiales, j'y voie personnellement le même rapport qu'entre  le Reigi Saho et les Ki Hon... La frontière
peut être très mince, car l'étiquette s'appuie pour moi sur des formes (dont l'expression extrême devient le cérémonial). Ne dit-on pas d'ailleurs "formalités de politesse"? Forme=Kata (cqfd, lol
!) Zembu wa onaji desu... Tout comme Aikiken et Aikijo ne sont pas "les armes de l'aikido" mais bien l'aikido... Bon, c'est p'têt un peu embrouillé là! En gros, je crois que le fondateur vouait
sa vie à l'aiki, et donc, quoi qu'il fasse, c'était une manifestation de l'aiki. Le lien, selon moi, c'est le coeur que le fondateur y mettait. Et à mon avis, O Sensei n'a jamais séparé toutes
ces choses, c'est juste nous qui avons du mal à les considérer comme un seul tout...


Amicalement,


Tom



Léo Tamaki 12/09/2010 13:04



Salut Tom,


 


A titre personnel l'ancrage le plus puissant que j'ai rencontré est celui d'Akuzawa senseï, fondateur de l'Aunkaï. Il insiste en revanche fortement sur le fait de ne pas pousser dans le sol. Dans
ma compréhension actuelle le fait de poussr dans le sol ne donne qu'une stabilité superficielle en même temps qu'elle empêche de se mouvoir correctement. Je crains de ne pas être très clair :D


Bref le seul moyen d'être vraiment lourd pour moi est d'être léger. On peut ainsi transférer tout le poids de son corps dans la partie que l'on désire.


 


Considérant le fondateur en effet on peut considérer que tout ce qu'il faisait était une manifestation de l'Aïki, des techniques martiales à la calligraphie, etc... C'est en effet un travers que
de vouloir définir, dissocier...


 


Amicalement,


 


Léo


 



Nicolas 10/09/2010 19:41



Salut Léo,


excuse mon ingorance, mais peux-tu définir le sens du mot "Tanren"? Quels sont les kanjis qui le constituent? A quoi "sert" le Tanren?


Merci beaucoup!


Niko



Léo Tamaki 11/09/2010 11:17



Salut Niko,


 


Tanren s'écrit comme ceci 鍛錬. Les caractèresrenvoient aux idées de se renforcer et de se polir.


Selon les maîtres qui l'emploient le sens peut varier mais au-delà des nuances il s'agit d'un processus de forge du corps, du coeur et de la technique. Dans le cas présent je pensais plus
particulièrement au travail sur le corps mais il est bien évidemment lié aux deux autres éléments.


 


Léo


 



Nicholas 10/09/2010 15:52



Bonjour Léo


Effectivement, meme en repassant la video plusieurs fois, ce qui se passe à 2'20'' est surprenant pour le moins.


Malgres l'intensité de la coupe, le sabre semble traverser un Osensei qui ne fait que marcher calmement... On le croirait presque immateriel!


Heureusement qu'il marche encore sur son hakama pour nous rappeler qu'il reste un homme ;)


Merci pour cette video


Bien à toi



Léo Tamaki 11/09/2010 11:07



Bonjour Nicholas,


 


Oui c'est un très beau moment...


 


Merci pour la lecture ;-)


 


Léo


 



Damien 10/09/2010 09:52



Bonjour Léo,


Pour commencer, je rappelle par ailleurs la présence sur le net d'une autre vidéo où on le voit marcher en extérieur (celle prise par André Nocquet). Je la rappelle car dans celle-ci on le voit se déplacer à vitesse réelle, alors qu'il me semble
que la Vidéo d'Hikitsuchi Michio est, comme certaines des vidéos d'Ueshiba Morihei, accélérée du fait du passage d'une cadence de prise de vue plus faible que les cadences modernes d'affichage
(c'est par exemple le cas pour le film de 1938).


Cela étant dit, je partage ton point de vue sur l'importance de la pratique religieuse du fondateur de l'aikido. L'enchaînement au bâton que l'on voit sur la vidéo présente des éléments que l'on
voit souvent O Sensei reproduire. C'est pourquoi certains l'on appelé "kata misogi no jo". Kata qu'il modifiait semble-t-il à chaque fois, s'attachant plus j'ai l'impression au fonds qu'à la
forme.


Ellis Amdur postule que ce kata illustre l'essence de la pratique de Morihei Ueshiba, ce trésor "caché en plein jour" (hidden in plain sight) qu'il montrait à tout le monde mais que beaucoup
prennent uniquement pour un rituel ésotérique. Le point de vue me semble intéressant et mérite qu'on s'y intéresse.



Léo Tamaki 11/09/2010 10:51



Bonjour Damien,


 


Merci pour le lien de cette vidéo que j'avais oubliée. A 1,06 cela donne vraiment l'impression qu'il a une marche homolatérale de type namba.


 


Je ne sais pas si l'on peut aller jusqu'à dire que l'essence de la pratique d'Osenseï se trouve dans ses pratiques solitaires mais je crois aussi en effet qu'il y a là un trésor caché...


 


Léo