Budo no Nayami

« Moi aussi j’ai peur », accepter ses émotions face au Covid19

24 Mars 2020 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Vous l’aurez deviné, je n’ai pas réellement peur. J’ai simplement utilisé ce texte pour vous inviter à lire l’article. Comment pourrai-je avoir peur, moi qui pratique les arts martiaux depuis quarante ans, et possède des capacités physiques nettement supérieures à la moyenne !

Eh bien si, j’ai peur.

 

Je m’inquiète pour mes parents, mes amis, mes connaissances, et même pour moi-même. Parce que j’ai côtoyé beaucoup de personnes jusqu’à peu, que j’ai toujours été sujet aux rhumes, grippes, et autres affections des voies respiratoires. Ça n’a aucun sens.

Ça n’a aucun sens car mes proches sont à l’abri, que je suis moi-même confiné, que l’épidémie n’a pas encore atteint son pic à Paris et qu’en cas de nécessité je serai probablement pris en charge, enfin parce qu’il semble que je ne sois pas dans la population la plus à risque.

 

Mais la peur est irrationnelle. Elle efface tous ces arguments d’une goutte de sueur froide…

 

 

Une peur irrationnelle pour soi et ses proches,

ici ma nièce Minami,

photo Laurent Sikirdji

 

 

La force du Budo face au Covid19

Non le Budo n’est pas un booster de vos défenses immunitaires face au Covid19. Lorsque la menace devient sérieuse, nous avons la chance qu’une partie des charlatans fasse profil bas et, en lieu de se prémunir grâce à une énergie cosmique ou des granulés de sucre, utilisent les remèdes et gestes confirmés par la science.

Le Budo n’est pas un remède magique, mais c’est un soutien fort pour celui qui l’a pratiqué sans concessions. Parce que, pratiqué avec engagement, le Budo nous permet d’expérimenter la peur. En 2015 j’écrivais ceci :

 

La vie à ceci d'extraordinaire et de terrible que, de la même façon qu'elle met chaque génération face à de terribles dilemmes, elle confronte chaque être humain aux mêmes peurs et douleurs. Mais en pratiquant les arts martiaux nous avons choisi une voie qui, en nous faisant vivre des situations conflictuelles dans un environnement maîtrisé, nous permet d'y faire face de façon plus efficace. Ayons la volonté de vivre cet apprentissage de façon graduelle mais sans concessions. Ne nous cachons derrière des discours pseudo-philosophiques ou des sophistications aussi artificielles qu'inutiles, qui nous trompent nous-mêmes avant tout.

Respectons la voie austère et ardue que nous ont légués les grands adeptes du passé, et ayons le courage de parcourir ce chemin vers l'action juste.

 

 

Tamura Nobuyoshi, le chemin vers l'action juste

 

J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre.

Nelson Mandela

 

À parcourir les réseaux sociaux, on aurait vite fait de conclure que personne n’a peur. D’aucuns partagent avec le sourire leurs activités. Sans doute certains parmi eux ont-ils assez de recul pour « simplement réagir rationnellement. ». Les autres, par égard et bienveillance pour leurs contacts, font probablement preuve de courage, affrontant avec le sourire la situation. Il y a aussi, vraisemblablement, quelques-uns qui ne se rendent pas compte de la tragédie qui s’est abattue sur certains, et est en suspens au-dessus de tous…

 

Deux autres catégories se démarquent dans la crise que nous traversons :

 

Les blâmeurs

Il y a toujours un responsable. Quelqu’un à accuser ! Un coupable qui doit payer. Parce qu’on n’a pas agi assez vite, parce qu’on en fait trop, parce que, parce que… PARCE QUE !!!

Quelqu’un doit payer, et chacun avec ses biais cognitifs se replie sur sa cible de prédilection, le peuple ou les élites, le grand capital US ou la Chine communiste, les hommes politiques, les juifs, … LES AUTRES !

 

Oh des erreurs ont été, sont et seront faites.

IL FAUDRA faire de notre mieux pour tirer les leçons des évènements actuels, des décisions qui y ont mené, et des actions qui ont été prises. Il faudra sans doute sanctionner, condamner même des actes qui tombent sous le coup de la loi. Il faudra. Demain.

 

Mais aujourd’hui, de la même façon qu’à chaque coupe du monde nous avons 40 millions de sélectionneurs qui feraient mieux, la crise voit se multiplier les éditorialistes et lanceurs d’alertes du dimanche.

Mais aujourd’hui les blâmes trahissent surtout le besoin de désigner un ennemi pour pouvoir lutter, pour nous détourner de notre impuissance face à la crise, pour éviter de considérer notre propre finitude et… le néant.

Les blâmes ont, en outre, le tragique effet collatéral de légitimer pour les personnes sans recul un non-respect des consignes mettant en danger leurs proches, la population et eux-mêmes.

 

 

Blâmer, critiquer, condamner,

pour se détourner de sa peur et son impuissance

 

 

Les apôtres

L’homme a besoin de sens. Face à l’inconnu, face à l’arbitraire, nous avons de tous temps rationnalisé et créé une logique, essentiellement à travers les religions. Et le malheur est que… c’est efficace. La science a, à travers de nombreuses recherches, prouvé les effets de la croyance dans les anges et autres divinités.

En ce sens c’est sans surprise que des prophètes de pacotille saisissent la crise actuelle comme une opportunité inespérée, et que même les plus rationnels, utilisant toutes les précautions oratoires, cherchent à donner un sens à ce qui n’en a pas.

 

Alors oui, les bienfaits à court et moyen terme sont prouvés scientifiquement. Mais il faut pousser chaque parole, chaque action à son terme. Ici encore, on arrive à la déresponsabilisation individuelle, et/ou à la condamnation d’un bouc émissaire. À ce titre, l’histoire des religions offre un terrible éclairage sur les dangers de l’irrationnel.

Croire que la nature se purifie est ainsi rassurant. Mais pourquoi alors faire un effort si un processus de nettoyage automatique existe ? La nature est-elle méchante pour avoir choisi d’éliminer les plus faibles ? Oui ce type de questionnement semble absurde. C’est aussi oublier que chacun n’a pas les mêmes ressources intellectuelles, et accès à la même éducation.

 

La vidéo ci-dessous serait drôle si les conséquences n'étaient si tragiques...

 

Le courage, c’est être le seul à savoir qu’on a peur.

Anonyme

 

La majorité d’entre nous a peur. Il est normal d’avoir peur. De le reconnaître, d’en explorer le processus, d’en chercher les raisons. Et cette observation suffira, souvent, à la voir disparaître.

À l’inverse, nous en détourner nous amène à plonger dans des remèdes illusoires, le blâme et l’irrationalité.

 

 

Mon remède miracle contre la peur

Pas de solution magique bien sûr… mais quelques conseils qui m’aident et vous seront sans doute utiles.

 

Développer une routine

Les heures d’inactivité invitent l’angoisse, nous poussent à naviguer sans but sur le net, avec le risque fréquent de tomber sur des théories aussi irrationnelles que rassurantes, ou sur des gens en colère qui nous offrent un exutoire à partager.

Se fixer un programme chaque soir pour le lendemain, s’occuper de concret sans se surcharger, permet de rester « centré » et ne pas se perdre.

 

Ne pas multiplier son nombre habituel de publications

Il est naturel que nous utilisions plus les réseaux sociaux pour échanger. Mais mieux vaut privilégier une discussion par Messenger, que partager tout ce qui brille. Pour ceux qui ont un temps supplémentaire, pourquoi ne pas en profiter pour avoir des discussions en directe, plutôt que de jeter des « infos » à la ronde, qui sont souvent obsolètes ou contredites sitôt publiées.

 

Se mettre à l’introspection, la méditation

Headspace et Waking up sont d’excellentes ressources ! Utilisez-les.

 

Ne pas partager ce que l’on n’a pas étudié en détails, avec du recul

Alors que nous sommes encore plus sensibles que d’habitude, les publications faisant appel à notre besoin d’être rassurés, sauvés, se multiplient. Et pour peu qu’elles aient l’apparence de l’autorité que l’on fustige par ailleurs, elles se répandent à une vitesse qui ferait rougir le Covid19. Au final, on traite la science comme une religion, attendant un prophète sauveur, sans concevoir que c’est un champ d’action, et que les réelles avancées ne sont jamais que le résultat du travail de l’ensemble de la communauté.

 

 

 

 

Partager les bonnes nouvelles, les encouragements, et chercher ce qui va bien

Oh beaucoup de choses vont mal, nous le savons tous. Mais quelle est la tendance ? Quels sont les données factuelles sur des éléments concrets ? Quelle est la dernière fois où nous avons cherché des données positives, au lieu de nourrir notre peur ?

 

Enlightenment now et Factfulness sont deux ouvrages abordant un spectre extrêmement large de domaines, et observant leur évolution avec une honnêteté intellectuelle remarquable.

 

Le triomphe des Lumières – Pourquoi il faut défendre la raison, la science et l’humanisme

Steven Pinker

 

Factfulness

Hans Rosling

 

 

… la seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même – l’indéfinissable, la déraisonnable, l’injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche en avant.

Franklin Delano Roosevelt

 

IL FAUDRA faire de notre mieux pour tirer les leçons des évènements actuels, des décisions qui y ont mené, et des actions qui ont été prises. Il faudra sans doute sanctionner, condamner même des actes qui tombent sous le coup de la loi. Il faudra. Demain.

 

Ne nous inquiétons pas, il sera toujours temps de blâmer et punir. Mais aujourd’hui les appels à la vindicte, l’irrationnel et les solutions simples à des problèmes compliqués sont dévastateurs.

 

 

Le Budo consiste à réaliser le meilleur dans les pires conditions, et l’Aïkido à retourner la force de l’agression disais-je.

 

Le Budo c’est aussi accepter sa peur, sans gesticuler ni détourner le regard.

 

L’idéal éthique de l’Aïkido c’est aussi la bienveillance, ne pas chercher à détruire, mais à rétablir et participer à l’harmonie.

 

 

Être positif aujourd'hui, ce n'est pas renoncer à faire l'inventaire demain.

Être positif aujourd'hui, c'est faire chaque chose en son temps juste.

 

 

Photo originale Sébastien Chaventon

 

 

Cet article fait partie d’une série liée au Covid19 :

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Nicolas H 06/04/2020 16:06

Bonjour Leo,
J'espère que tu vas bien.
Moi aussi, j'ai peur, pour mes proches et moi, mais je garde le sourire.
Une petite habitude que je garde : pratiquer ! J'ai tout mon temps le matin avant petit-déjeuner : Qi Gong (Ba Duan Jin), Tai Chi de Pékin et encore Qi Gong (Ba Duan Jin) (cf Tai Ji Quan Pratique de Roland HABERSETZER).

Et si tu as besoin d'encouragement, écoute Never Surrender du groupe Saxon !
Salut et porte-toi bien !

Léo Tamaki 06/04/2020 16:11

Bonjour Nicolas,

Je vais bien merci et espère que toi aussi.

Content de lire que la pratique t'est aussi d'un grand soutien :-)

Léo

franck 24/03/2020 14:14

Merci sensei , quel qu'en soit le thème, j'ai toujours plaisir à lire tes post; il y a toujours en enseignement à en tirer.
Bonne santé à toi et tous les tient et longue vie !

Léo Tamaki 05/04/2020 16:40

Merci pour la lecture, et bonne santé !

Christian Jongbloed 24/03/2020 13:24

Chaque journée passée est un jour gagné. Le virus est une epeé de Damoclès, c'est une guerre face à un ennemi invisible qui ne se repose jamais et peu détruire des montagnes. La le physique n'a pas d'importance,seul la volonté de survivre est important.Pensee à vous et à votre famille.Rester confiné. Un soignant

Léo Tamaki 06/04/2020 16:12

Merci pour ta participation à ce combat ????‍♂️☺️

Léo

christian jongbloed 06/04/2020 14:09

Merci de m'avoir lu, moi comme tout être humain j' ai eu une pensée pour ma famille et j' ai fait un léger burnout mais là je reprends des forces pour repartir au combat .. Advienne que pourra..

Léo Tamaki 05/04/2020 16:41

En effet chaque jour d'effort est une victoire. Patience.

Mes meilleures pensées, merci pour votre engagement.