Budo no Nayami

Arts martiaux, Combien d’heures pratiques-tu par semaine ?

7 Avril 2020 , Rédigé par Léo Tamaki

« Combien de temps t’entraînes-tu par semaine ? Quel est ton entraînement personnel ? En quoi consiste ton entraînement ? Que pratiques-tu et combien d’heures ? »

 

C’est sans doute la question que l’on me pose le plus souvent, par internet ou de vive voix. Et je comprends cette curiosité, car j’ai aussi longtemps voulu savoir le temps que les experts qui m’inspiraient passaient à pratiquer. En fait je cherchais à percer leur secret par tous les moyens et je voulais aussi savoir ce qu’ils mangeaient, lisaient, combien d’heures ils dormaient… Tout ce qui aurait pu me permettre de les dépasser !

 

 

Tamura Nobuyoshi et Léo Tamaki

 

 

Le brossage de dents de Tamura senseï

Lors d’un stage enseignants, un professeur demanda à maître Tamura combien d’heures il pratiquait par semaine. Il prit l’air mi-amusé mi-blasé que connaissent bien ceux qui l’ont suivi et répondit :

 

« L’entraînement, ce n’est pas que sur le tatami. Vous comptez les heures que vous passez au dojo, mais pour moi chaque instant est une occasion de travailler. Même quand je brosse mes dents, j’essaie d’enlever la force inutile. »

 

J’avoue que j’ai été heureux de ne pas avoir été celui qui posait la question, mais aussi que la réponse me laissa sur ma faim. C’était une époque où je notais religieusement mes heures d’entraînement, et je trouvais l’attitude de Tamura senseï un brin nonchalante. Je ris aujourd’hui de ma prétention, et crois comprendre ce qu’il évoquait.

 

J’ai commencé il y a 20 000 heures

Il est courant que l’on demande à un pratiquant quand il a commencé, pour avoir une idée de son niveau. Naturellement l’approximation est vague, mais cela donne une idée. On peut estimer généreusement qu’un pratiquant moyen, entre les cours et les stages, mais aussi les vacances, jours fériés, blessures et maladies, s’entraîne une moyenne de 3 heures par semaines, soit 150 heures par an. Bien entendu, les qualités de l’élève mais aussi celles de ses maîtres en tant qu’adeptes ET enseignants, influeront grandement sur le résultat.

La « théorie des 10 000 heures » qui présuppose que ce temps est nécessaire à la maîtrise est une grosse généralisation. Toutefois on peut s’accorder sur le fait que, sans ce minima, il est difficile de parler d’expertise. C’est, pour un pratiquant classique, l’équivalent de… 66 ans !

 

En ce qui me concerne, j’ai débuté il y a 40 ans. Mais, comme pour les autres professionnels, cela ne rend pas compte de mon temps passé à pratiquer. Je dois ainsi cumuler aujourd’hui, au niveau martial, plus de vingt mille heures de pratique. Je parle là d’étude et entraînement, non pas de cours donnés, où je dois facilement totaliser 10 000 heures d’enseignement. Pour un professionnel, il est donc surtout intéressant de savoir le total d’heures de pratique, plus que le nombre d’années. Bien entendu, pour un pro comme pour quiconque, les heures ne produiront pas le même résultat en fonction des aptitudes personnelles. Mais c’est un indicateur qui permet d’avoir une idée approximative.

 

 

Photo Shizuka Tamaki

 

 

Quand les heures ne comptent plus

Je n’ai pas seulement étalé mon nombre d’heures de pratique pour satisfaire mon égo. J’ai aussi souhaité le mentionner parce qu’arrive un moment où… les heures ne comptent plus.

Au départ la pratique se limitait aux heures durant lesquelles je mettais un coup de poing ou tordais un bras. Mais, le temps passant, j’ai compris que le fondement de la voie était le développement de la conscience. Peu à peu la pratique a commencé à prendre d’autres formes. La marche, la posture assise, et n’importe quelle activité enfin, devenait l’occasion de travailler. Aujourd’hui, finalement, chaque instant se suffit à lui-même. Je suis heureux de « travailler » tel ou tel élément, mais j’ai le sentiment qu’il faut surtout être. Et je fais encore beaucoup trop d’efforts pour m’en approcher de façon satisfaisante.

 

À tout le moins cela m’a-t-il libéré de mon comptage obsessionnel d’heures de pratique, et ouvert un horizon illimité. Nul besoin aujourd’hui de porter un gi pour m’inspirer, et les maîtres qui m’enseignent à leur insu utilisent un texte, un outil ou un instrument dans leur quotidien.

 

La routine de Léo Tamaki

Mais je ne laisserai pas le partage de mon cheminement me servir d’excuse pour esquiver la question de ma routine et de mes heures de pratique.

 

  • Entre les cours que je suis lors de mes séjours au Japon, et durant les stages que je donne avec d’autres experts, je suis élève environ cent cinquante heures par an. Ramené à la semaine cela fait environ trois heures.
  • En termes de pratique martiale, seul ou avec des amis, je dois être dans une moyenne de cent cinquante heures annuelles.
  • À côté de cela je pratique de façon quasi quotidienne la méditation durant une dizaine de minutes, le yoga pour la même durée, et m’entraîne à la salle à divers exercices physiques durant 45 minutes. Ces pratiques sont annexes, et le niveau auquel je m’y exerce est très bas. J’en tire toutefois un grand plaisir et des bénéfices certains.
  • Entre les stages et les cours de mon dojo, j’enseigne en moyenne quinze heures par semaine.

 

Le total que je consacre plus ou moins directement physiquement à la pratique martiale n’est aujourd’hui que de 25 heures hebdomadaires en moyenne. C’est honorable, et si j’ai sans doute la capacité physique d’en faire un peu plus, je n’ai toutefois plus les moyens de passer 45 heures hebdomadaires sur les tatamis, et mon emploi du temps ne me le permet de toutes façons plus.

 

Comptez vos heures !

Ne pas, ne plus. Comme pour tout, il y a une grande différence entre « ne pas » et « ne plus ». Un débutant n’a pas de structure, et un maître n’en a plus. Entre-temps il en a développé une. Un débutant n’a pas d’intention, et un maître n’en a plus. Entre-temps il a appris à la développer.

Il en est de même pour les heures. Il faut les compter avant de ne plus avoir à le faire. Car au départ le temps passé sur les tatamis est le seul où l’on sait travailler. Et s’il n’est pas nécessaire de repratiquer les mêmes choses que son enseignant, et qu’il vaut mieux étudier ce qu’il indique, rien au départ ne remplace la quantité de pratique. Jusqu’à ce que cela n’ait plus aucune importance…

 

 

 

 

« Dragon Spécial Aïkido », « Yashima », « Karaté Bushido » et consorts

J’ai écrit cet article pour « Dragon Spécial Aïkido » n°27.

 

La presse papier va mal depuis des années. L’un des deux distributeurs nationaux, Presstalis qui couvre 75% de la presse en France, va notamment vers un dépôt de bilan avec des conséquences dramatiques.

Dans l’immédiat, « Karaté Bushido », pilier des publications consacrées aux arts martiaux et sports de combats, est déjà passé de mensuel à trimestriel. « Dragon » et ses déclinaisons Aïkido, Taï Chi, Self-défense… va se réinventer en changeant de distributeur. Quant à Yashima, nous nous débattons avec les conséquences désastreuses du Covid19.

Chacun d’entre nous pèse les options, cherchant à faire perdurer ce média traditionnel, tout en mettant en place des stratégies alternatives. Pour l’heure, n’hésitez pas à soutenir vos titres préférés en les commandant sur le net :

 

- Karaté Bushido

- Dragon Spécial Aïkido

- Yashima

 

 

 

 

Et pendant le confinement ?

Qu’en est-il donc pendant le confinement ? Eh bien il faut l’admettre, malgré le confort de mon domicile et les possibilités à ma disposition, je ressens la frustration de ne pouvoir aller au dojo ou à la salle. Je pratique toutefois les armes, des exercices de mobilité, des étirements, et un peu de musculation au poids du corps. Mais surtout, surtout, j’explore, cherche, et trouve l’inspiration dans le parcours de géants, indépendamment de leur discipline.

Récemment, outre son talent, c’est la simplicité, la dignité et l’intégrité de Bill Withers qui m’ont profondément touché. Des qualités dont chaque adepte doit faire preuve, et qui sont souvent plus dures à développer que la technique…

 

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