Budo no Nayami

Do, jutsu, senseï… limites et subjectivité de la définition

28 Juin 2009 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Réponse à un commentaire de Mat. à la suite des articles "Budo, l'attitude des maîtres au quotidien.", "Budo, l'attitude des maîtres au quotidien. Commentaires." et "L'art martial du côté artistique.".

"Je ne suis pas d'accord avec la confusion que tu fais entre la dichotomie jutsu / do et l'interpénétration du jutsu et du do dans les arts martiaux.

Pour moi l'outil = "jutsu" est bien évidemment au service de l'objectif = "do"."


Jusqu'à présent j'ai toujours essayé de clarifier les choses en expliquant les différences entre jutsu et do. Cela amène inévitablement son lot de généralisations.

Quelles sont les différences entre bujutsu et budo? Je crois que l'on pourrait remplir des volumes sans parvenir à une réponse satisfaisante et, en conséquence, ma réponse ne pourra encore être qu'insatisfaisante.

Le premier problème est de vouloir définir les choses de façon limitatives. Qu'est ce que l'Aïkido? Qu'est-ce que l'amour? Qu'est-ce que le sucré?
Définir implique des choix. Cela sous-entend aussi que l'on connaît les limites de son sujet. Par ailleurs pour définir un mot nous en utilisons d'autres qui encore une fois n'ont peut-être pas le même sens selon notre vécu…


Qu'est-ce que l'Aïkido?


La principale différence entre les bujutsu et les budo tient au fait que les premiers étaient pratiqués à une époque où ils gardaient un aspect pratique et utilitaire. La pratique se devait donc d'être utilisable dans une situation concrète. Est-ce que pour autant ce n'était pas aussi une méthode d'éducation? Je ne le crois pas. Et les écrits de Musashi ou de Yagyu nous laissent percevoir qu'au delà de leur aspect pratique les bujutsu étaient déjà considérés comme une voie.


Pratiquant d'une technique ou d'une voie?


Quel est le but du budo? L'éducation de l'homme. Quand un homme est-il réalisé? Y-a-t-il un point où la pratique n'est plus nécessaire? La pratique n'est-elle pas la voie?
Le bujutsuka et le budoka pratiquent. Leur pratique ne connaît pas de fin. Elle doit se faire de façon désintéressée, l'esprit libre, vide et sans attentes (mushin). Pour moi la pratique est donc la voie…

Le seul luxe est que le budoka n'a pas besoin que ses techniques marchent. Mais pratiquer sans cohérence martiale fait perdre son sens à la pratique. En revanche, le budoka peut se permettre d'ajouter une dimension éthique. Maintenant savoir si cette dimension éthique ne nous fait pas rentrer dans un monde dualiste, à l'opposé du do (dans le sens de tao/dao)…

"Mais peu importe la traduction plus ou moins littérale que je fais de ces deux mots japonais. Ce qui importe c'est la définition du mot "maître" et la personnalité de ceux qu'on peut qualifier comme tel."

Malheureusement non, le point principal tient aux limites d'une définition. Tout d'abord pour toi quel mot japonais traduit maître? Senseï? Shihan? Shidoshi? Shisho? Renshi? Kyoshi? Hanshi? Tous ces mots et probablement d'autres qui ne me viennent pas à l'esprit pourraient être traduits par maître.
De la même manière en français les mots enseignant, professeur, expert, maître, instructeur, entraîneur... signifient pas la même chose. C'est là la difficulté de traduire des mots qui parfois n'ont pas d'équivalent.


Shihan, senseï.
Professeur? Maître? Expert? Instructeur? Enseignant? Entraîneur?



"Un maître, ça maîtrise, non ?"

Oui.

"Celui qui maîtrise l'outil est déjà un maître. Que tu l'appelles "expert" n'y changera rien :D. La maîtrise d'un outil est quelque chose de plus facile à objectiver en tous cas que la maîtrise dans une ou l'autre voie, surtout lorsqu'il s'agit de "réalisation personnelle" !"


Celui qui maîtrise sa voiture est de ce point de vue là aussi un maître. Mais dans le monde des arts martiaux, et d'ailleurs même au-delà, le mot maître a acquis une connotation spirituelle. Il ne te viendrait pas à l'esprit d'appeler Michael Schumacher maître. Ou John Mc Enroe. Ou Zidane. Même si ce sont des maîtres dans leurs domaines. La différence entre expert et maître est justement que le premier terme n'a pas de connotation spirituelle et reste du domaine technique, du domaine donc de l'utilisation de l'outil.
Quand à la difficulté d'objectiver la réalisation personnelle c'est une évidence, cela ne peut-être que subjectif.


Maître


Expert


"Effectivement, celui qui semble être "avancé" sur une voie peut aussi être appelé un maître. C'est d'autant plus vrai lorsque l'avancée sur cette voie a nécessité la maîtrise préalable des divers outils de progression. Mais ce n'est qu'un autre niveau de maîtrise, voire une maîtrise dans un domaine différent."

Celui qui est avancé sur une voie doit, à mon sens, être appelé maître. L'appeler expert ne transmettrait pas complètement l'idée que je m'en fais.


Maître


Expert


"D'ailleurs s'agissant de "réalisation personnelle", les "voies" sont aussi multiples que les individus. Toutes n'interprètent pas l'équilibre de la même façon que celle que tu nous présentes. C'est ce que j'ai essayé de traduire dans ma réponse à Ivan."

Tout à fait, la réalisation personnelle recouvre des domaines qui sont aussi multiples que les individus. Les définitions que j'en donne sont donc totalement subjectives ;-)
Quand à Ivan je ne peux répondre à sa place mais je suppose que lorsqu'il parlait de voie du milieu il faisait sans doute référence au bouddhisme.

"Vu sous cet angle, je comprends que ta définition du maître est sur le fond un aveu de ta part sur ce qui constitue pour toi la réalisation personnelle ;-)."

Tout à fait.

"... dans le cadre du budo, bien entendu ;-) "


C'est par là que passe pour moi la réalisation personnelle ;-)


Maître Ueshiba


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Steph 29/06/2009 14:43

Le maître authentique n’est pas celui qui s’impose à vous, en tant que maître, mais celui qui vous éveillera à votre propre maître intérieur...

Léo Tamaki 30/06/2009 09:37



En effet, au fond tout semble être en nous. Mais la plupart d'entre nous ont besoin d'aller vers l'extérieur pour le découvrir ;-)

Léo



Emmanuelle 29/06/2009 12:39

oups..le post est parti un peu rapidement, désolée. Je voulais aussi ajouter que je pense que l'expert est centré sur lui-même, sur ce que lui apporte à lui, son art. Il se concentre sur sa personne et son but est de maitriser, oui...contrairement au maitre, qui découvre, arrivé à un certain niveau de maitrise technique, qu'il est nécessaire de supplanter l'approche technique ou de l'enrichir tout du moins, de réflexion, de philosophie Il regarde son art en se détachant de lui même, en regardant ce qu'il peut donner (son art) aussi ailleurs, pourquoi, comment, etc...L'expert est taraudé par la maitrise absolue...le maiter par l'ouverture infinie...Bon, cette fois, je finis ma prose :-)Bien cordialementEmmanuelle

Léo Tamaki 30/06/2009 09:36



Un tout petit peu moins d'accord ici dans le sens où je ne suis pas sûr que le maître se détache de son art. Je le vois plutôt comme "devenu" son art. Unité qui fait que chacunn de ses actes est
l'art en action.
Et je ne suis pas sûr non plus que la réflexion soit aussi présente, comme par exemple, penser à ce qu'il peut donner, coment et pourquoi. Je suppose, ce stade m'étant inconnu :D que tout cela se
fait naturellement.

Cordialement,

Léo



Emmanuelle 29/06/2009 12:12

Bonjour,je crois qu'un maitre est capable de s'extraire de la pratique pure et parvient à avoir un regard sur son art qui va au delà des techniques, tout en naturellement les maitrisant parfaitement. Je pense que tout maitre est d'abord un expert, dans la pratique du moins; mais certains le restent toute leur vie, alors que d'autres accèdent à la symbolisation, à la "philosophisation" de leur art et c'est un joyau de découvrir combien la réflexion alors peut devenir infinie... Un maitre offre la liberté à ses élèves; un expert, les techniques. Je pense qu'un maitre ne sera pas spécialement "flatté" de voir ses élèves l'imiter...mais il acceptera ce passage nécessaire à tout enseignement; cette responsabilité là, il la vivra naturellement, car elle est incontournable, mais il saura qu'elle ne sera jamais que temporaire. S'il s'en glorifie et ne parle pas de liberté à ses élèves, alors, oui, ce sera un expert.

Léo Tamaki 30/06/2009 09:32



Je suis bien d'accord ;-)

Léo