Budo no Nayami

Travail lent et modification de l'utilisation du corps

3 Novembre 2011 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Budo - Bujutsu

Voici un échange en réponse aux commentaires de Léon, lecteur du blog, suite à l'article sur Cheng Man Ching:

 

 

Cheng Man Ching 2

Cheng Man Ching

 

 

"je ne sais pas à propos de la modification de l'utilisation du corps, formule dont je ne comprends pas ce qu'elle recouvre (je suis un peu empeché du bulbe, note bien) mais cela n'a rien de spécifique aux arts martiaux. J'ai fait faire des progrès très rapides en natation à certaines personnes en leur demandant de nager lentement puis en détaillant point par point les objectifs.

J'ai vu un mec comme ça à la piscine des Halles nager une heure durant - uniquement le papillon. ben il nageait lentement et technique...

Je connais un mec de 64 ans à ma piscine qui donne l'impression de nager au ralenti mais pour le suivre il faut s'accrocher. On se fait parfois un kilometre synchro pour se marrer moi aux paddles lui sans rien (comme ca je bosse et lui il tire pas sur la cardio ca sert a rien).

La lenteur ca sert a prendre conscience de ses defauts puis de les resoudre consciemment jusquà ce que ça devienne automatique, tenter des expériences, se gourer, recommencer. C'est de l'auto étude.

Ca n'a rien de magique, ca s'explique en dix minutes mais apres il faut manger des kilometres.

Bonne lenteur !"

 

En effet la modification de l'utilisation du corps n'a rien de spécifique aux arts martiaux, de même que le travail de la lenteur. Aujourd'hui c'est une pratique assez peu en concordance avec l' "ambiance" qui veut que tout soit rapide mais comme le démontrent tes exemples, les résultats peuvent être étonnants, pour peu que l'on fasse les efforts et que l'on y consacre le temps nécessaire. J'ai rencontré récemment un élève avancé de l'école Sagawa qui m'a enseigné des tanrens "simples" en me disant que leurs résultats seraient visibles après leur pratique 4 à 5 ans (sur la base de 1 000 à 1 500 répétitions selon les exercices :D). Et ils se travaillaient aussi à une vitesse très mesurée.

 

 

Sagawa Yukiyoshi 04

Sagawa Yukiyoshi

 

 

Concernant le sens de modification de l'utilisation du corps, il varie selon les maîtres. Voici ce que j'en disais ici:

 

L'efficacité en combat repose donc à ton avis sur la modification de l'utilisation du corps?
Pas obligatoirement. Hino senseï est comme tu le sais un maître qui a beaucoup combattu, notamment dans la rue. Il a fait face à de nombreux adversaires armés de chaînes, couteaux, mais aussi armes à feu. Un soir nous regardions des vidéos d'arts martiaux chez moi et je lui en ai montré une d'un célèbre instructeur français de self-défense. Il a trouvé son travail très intéressant et m'a donné des explications passionnantes qui m'avaient échappées sur ce qu'il démontrait. Je lui ai alors demandé s'il pensait que cet homme avait modifié l'utilisation de son corps. Il m'a dit: "Pas du tout. Cette personne a beaucoup combattu et ça se voit. Ce qu'il enseigne est intéressant et efficace en combat mais il n'y a pas de modification de l'utilisation du corps.".

Les méthodes de modification de l'utilisation du corps nécessitent un investissement en temps et en intensité très important avant de donner des résultats. Prenons l'exemple de bushi qui s'entraînaient chaque jour pendant six heures. Au bout d'un an ils avaient cumulé plus de deux mille heures. Six mille en trois ans. Aujourd'hui un pratiquant assidu pratiquera environ trois heures par semaine. En enlevant les vacances et les jours fériés cela fera en gros cent-trente heures dans l'année. Il lui faudra près de cinquante ans pour pratiquer autant que le bushi en trois ans! Sans compter que le pratiquant actuel le fera généralement dans un esprit de détente alors qu'il s'agissait d'une question de vie ou de mort pour le bushi.
La modification de l'utilisation du corps est pour moi la clé de la plus grande efficacité. Mais elle nécessite un investissement important avant que le pratiquant puisse développer une efficacité en combat dessus. Les méthodes de self-défense travaillent en se basant sur l'utilisation du corps classique quotidienne des pratiquants et donnent de meilleurs résultats à court-terme.
 

 

 

Hino senseï à Paris

Hino Akira, UNE modification de l'utilisation du corps, parmi tant de possibles

 


Qu'est-ce que cette modification de l'utilisation du corps?
(Rires) LA question. Cela peut recouvrir des choses très différentes selon les écoles. L'enseignement de l'Aunkaï d'Akuzawa senseï est la plus extraordinaire méthode de développement, génération et réception de force que j'ai vue. Le travail du Shinbukan de Kuroda senseï développe le corps le plus souple et le plus sensible que j'ai rencontré. L'enseignement de chaque école reflète les conceptions du combat de son fondateur.
Fondamentalement on peut dire qu'il y a une modification de l'utilisation du corps à partir du moment où il devient capable de réaliser des choses de façon différente. Bien évidemment dans le contexte martial il faut que cela apporte un plus, à savoir une augmentation de l'efficacité en combat. De l'extérieur le geste d'un adepte pourra sembler similaire à celui d'un individu quelconque. Mais le travail interne sera totalement différent, de même que les effets de son mouvement. Il peut s'agir d'employer des muscles différents afin de réaliser le même geste, ou d'utiliser les mêmes muscles mais de façon différente. Les variations sont innombrables.

 

 

Akuzawa-avril-09-068.jpg

Akuzawa Minoru, UNE modification de l'utilisation du corps, parmi tant de possibles

 


Cette modification du corps n'existe-t-elle que dans les disciplines martiales?
Beaucoup d'hommes confrontés à des situations de vie ou de mort ont modifié la façon d'utiliser leur corps, souvent sans en être conscient. Je parlais récemment avec un alpiniste de très haut niveau qui m'expliquait que son corps flottait. Et j'avais effectivement perçu chez lui une "légèreté" qui ne correspondait pas à son poids. Ukimi, le corps flottant est une théorie de l'école de Kuroda senseï. Il ne s'agit pas du même flottement et il n'est pas réalisé dans le même but mais dans les deux cas il y a modification.
La question n'est pas de savoir si l'homme peut arriver à utiliser son corps différemment et plus efficacement, il le peut. La question dans les traditions martiales concerne la transmissibilité d'un tel enseignement. Et les ryu avaient réussi à créer des méthodes permettant de modifier l'utilisation du corps de leurs adeptes.
La notion de vie ou de mort place l'être humain dans un état incroyable où celui qui arrive à dépasser sa peur devient capable de mobiliser des ressources extraordinaires. Les hommes qui ont vécu cette tension de mort tout au long de leur existence ont développé une science du corps sans équivalent dans l'histoire de l'humanité. Malgré leur investissement dans leurs disciplines les athlètes ne connaissent pas cet état. C'est pourquoi nombre d'entre eux viennent chercher chez Kono senseï ou Hino senseï un savoir plus fin que celui de leurs entraîneurs qui leur permettra d'améliorer leurs performances.

 

 

AOUT-10 0195

Kono Yoshinori, UNE modification de l'utilisation du corps, parmi tant de possibles

 

 

C'est vague mais cela peut déjà donner un élément de réponse.

 

Bonne lenteur à toi aussi ;-)

 

Léo

 

 

"Intéressant mais (peut-être volontairement) un peu imprécis. "

 

Ma réponse était effectivement imprécise, mais ta question était un peu vague. En gros, "que recouvre l'utilisation du corps?". Je donne quelques exemples et explique que cela recouvre beaucoup de choses.

 

1 ""Fondamentalement on peut dire qu'il y a une modification de l'utilisation du corps à partir du moment où il devient capable de réaliser des choses de façon différente".


Ca parait assez logique mais ça revient un peu à dire que l'opium a des vertus dormitives - souvenirs des petits classiques...."

 

Sorti de son contexte, oui, cela n'a pas beaucoup de sens. Remis dans son contexte cela donne ça:

"Cela peut recouvrir des choses très différentes selon les écoles. L'enseignement de l'Aunkaï d'Akuzawa senseï est la plus extraordinaire méthode de développement, génération et réception de force que j'ai vue. Le travail du Shinbukan de Kuroda senseï développe le corps le plus souple et le plus sensible que j'ai rencontré. L'enseignement de chaque école reflète les conceptions du combat de son fondateur.

Fondamentalement on peut dire qu'il y a une modification de l'utilisation du corps à partir du moment où il devient capable de réaliser des choses de façon différente. Bien évidemment dans le contexte martial il faut que cela apporte un plus, à savoir une augmentation de l'efficacité en combat. De l'extérieur le geste d'un adepte pourra sembler similaire à celui d'un individu quelconque. Mais le travail interne sera totalement différent, de même que les effets de son mouvement. Il peut s'agir d'employer des muscles différents afin de réaliser le même geste, ou d'utiliser les mêmes muscles mais de façon différente. Les variations sont innombrables."

 

 

KURODA 0739

Kuroda Tetsuzan, UNE modification de l'utilisation du corps, parmi tant de possibles

 


2 ""De l'extérieur le geste d'un adepte pourra sembler similaire à celui d'un individu quelconque. Mais le travail interne sera totalement différent, de même que les effets de son mouvement."


C'est sûr que l'observation est difficile si on ne sat pas où regarder. Ce qui explique que certains ne comprennent pas Kokyu-ho (te age et assimilés) même si on leur donne des "trucs" de visualisation. En revanche certains vous décollent du sol sans qu'on sache alors même que leur geste est minimal.

Si on prend un Furibo (un furibond ;-) les choses deveiennent beaucoup plus claires après le premier millier. Les presque 4 kgs de la bestiole implique de lever le sabre de façon différente mais elle est tres facile a comprendre, objectiver et transmettre. Grosso modo il s'agit de reproduire l'analyse que Budoshugyu-Eric avait reporté concernant le lever de sabre de Kuroda.

Très honnêtement la lecture de son post ne pouvait surprendre ceux qui avaient suffisamment mangé de suburi (il suffit d'attacher trois jo ensemble ou de se payer un furibo)."

 

L'observation est en effet difficile si on ne sait pas où regarder. Je te renvoie l'ascenseur concernant l'emploi de lapalissades.

Par ailleurs je ne vois pas ce qui serait objectivement observable dans le corps de celui qui réalise la technique si le changement tient à ce qu'il visualise.

 

S'il suffisait de prendre un furibo ou un suburito et d'en faire des milliers, la Terre comporterait bien plus d'adeptes de haut niveau qu'aujourd'hui. Malheureusement s'ils sont nécessaires, les efforts ne suffisent pas. Par ailleurs il faut savoir qu'un muscle qui est soumis à un certain "stress", effort, lié ici donc au poids, s'adapte très vite. Raison pour laquelle les pratiquants de musculation augmentent leurs charges.

J'ai enchaîné les milliers de suburis et de chutes pendant des années. Lorsque j'ai commencé à enseigner je faisais souvent faire des heures entières de suburis aux élèves avec plusieurs milliers de coupes. Certains experts me disaient impressionnés en venant à mon dojo: "Ah chez toi les gens savent couper!". Aujourd'hui je considère que ce que nous faisions n'avait qu'un intérêt très limité et ce que j'appelle aujourd'hui une coupe n'a rien à voir.

 

Concernant l'article qu'avait posté Eric je considère que c'est anecdotique et que cela ne permet en rien, même en multipliant les heures et les coupes, de parvenir au même résultat. Les articles sur Kuroda senseï et ses vidéos ne peuvent que servir d'aide mémoire à celui qui a ressenti, expérimenté. C'est la raison pour laquelle même si ces choses sont disponibles au public, son enseignement reste privé et confidentiel. S'il était possible de faire l'économie de l'expérience directe dans le domaine martial, je pense que cela serait connu depuis longtemps.

 

 

Valencia 2011 Kuroda 0264

L'élève qui est à l'arrière reçoit des indications précises sur ce qu'il faut chercher à travailler et vérifier

 

 

3 "Donc cette modification n'est pas si mystérieuse que ça. Ce que les bushi accomplissaient dans leur entraînement c'était justement de souffrir suffisamment pour s'auto apprendre a ne plus souffrir et realiser des gestes moins absurdes, en fait moins novices. Pour autant que je sache, dans pas mal de koryu, la première année était consacrée à shomen. Au bout d'un an, on connaît shomen absolument par coeur et on s'est développé une musculature et une conscience de son corps qui n'a plus rien à voir avec celle du novice qui avait passé la porte."

 

Je ne vois pas en quoi ce que tu as écrit précédemment peut te permettre de dire que ce n'est pas si mystérieux que cela. Ces éléments ont-ils permis à qui que ce soit d'atteindre le niveau de Kuroda senseï et de reproduire ses gestes?

 

"Souffrir suffisamment pour s'auto apprendre à ne plus souffrir."

On est là dans le poncif de l'entraînement à la dure, on est des mecs, des vrais guerriers, on n'a pas mal.

Le type d'entraînement que tu décris est superficiel à mon avis, et reflète une méconnaissance du sujet. Je t'invite avant de t'exprimer sur les koryus de façon aussi affirmée à te faire accepter dans une et d'y pratiquer intensément quelques années. N'hésite pas par ailleurs si tu les as, à me transmettre les sources qui te permettent d'affirmer que "dans pas mal de koryu, la première année était consacrée à shomen".

Par ailleurs il faut considérer que le physique des guerriers du passé n'était pas uniforme, ni dans le temps, ni selon les classes. On peut toutefois douter que leur entrainement consistait principalement à se forger une musculature, surtout compte tenu du fait qu'une partie d'entre eux travaillaient aux champs. Par ailleurs la répétition simple d'un geste, sans indication ni enseignement, ne donne pas obligatoirement une meilleure conscience de son corps, comme en sont les témoins vivants, tous ceux dont le travail consiste en des gestes physiques répétitifs.

 

 

NAMT-07-Kuroda_2.jpg

Kuroda senseï à la NAMT04

 

 

4 "Il peut s'agir d'employer des muscles différents afin de réaliser le même geste"


/ ce qui est facilement vérifiable quand on en a marre des crampes.

 

Toujours cette notion d'effort physique. Le travail de l'endurance et de la résistance n'est pas inutile mais il ne nécessite en rien l'enseignement d'un grand adepte. Et ce n'est pas, dans ma conception actuelle, un élément majeur du travail. Les efforts sont plus d'ordre mental, dans la réorganisation du schéma physique.

 

 

5 "... Ou d'utiliser les mêmes muscles mais de façon différente."


C'est la que je suis un peu plus sceptique. Que l'on puisse modifier la structure d'un muscle par l'entrainement c'est évident (les sprinters ne sont pas des haltérophiles) mais j'aimerais bien que tu développes. Parle t-on d'une phase de contraction préparatoire ou au contraire d'une relaxation totale (qui me parait dangereuse)."

 

Pour ce qui est de la relaxation, j'ai déjà abordé le sujet dans le numéro d'été de Samouraï. J'essaierai de poster l'article bientôt. Il est évident que la relaxation totale n'est pas un élément que j'estime pertinent dans la pratique martiale.

 

Pour ce qui est des autres détails je n'entrerai pas dedans pour plusieurs raisons:

-je ne dispose pas du vocabulaire nécessaire

-je ne crois pas que l'on puisse transmette l'essentiel par des mots

-le ressenti que l'on pose sur les mots est fonction du vécu de chacun, je suis prêt à parier que ce que tu appelles un travail souple n'est pas du même ordre que ce que j'appelle ainsi (lors de mon cheminement il m'est arrivé à plusieurs reprises de devoir reconsidérer la nature d'une chose, ainsi justement ce que j'appelais souple un jour, m'apparaissait dur quelque temps plus tard)

-...

 

Par ailleurs la simple coupe de Kuroda senseï pourrait littéralement remplir des volumes entiers si l'on devait décrire tous les processus qui ont lieu dans son corps. Où doit-on situer la limite?

 

De nombreux élèves, notamment francophones, de Kuroda senseï sont des médecins, des ostéopathes, des kinésithérapeutes… Ils ne savent pas comment il fait certaines choses (la plupart je suppose :D), alors même qu'il les laisse le toucher, souvent torse nu. Leurs réactions est toujours la même, ils sont abasourdis. Généralement bien plus que des pratiquants lambdas. L'un d'entre eux m'expliquait qu'il n'arrivait pas à sentir le premier muscle qu'on lui avait appris à reconnaître et qui est utilisé dans la marche, lorsqu'il se déplaçait!

 

 

KURODA 0042

 

 

Les choses sont simples, actuellement la pratique martiale ne peut se transmettre par des mots. Tout ce qui l'est m'est apparu jusqu'à aujourd'hui très superficiel. Et ce que j'ai lu que je considérais comme profond, ne l'était que parce que j'avais partagé certaines expériences avec l'auteur où que je supposais que tel était le cas.

Tu peux vouloir faire l'économie de la rencontre des adeptes dont on évoque les capacités. C'est ton choix. Aller à leur rencontre n'est pas toujours simple et implique pour le coup, un effort, tant en temps, qu'en argent et en énergie. Mais sans cela, tout n'est que bavardages inutiles. Je serai incapable de faire ressentir à une personne qui n'en a jamais mangé, la saveur d'une fraise. Les fraises sont là, il "suffit" d'aller au champ. Si je donne envie aux gens d'aller y goûter, alors j'en serai heureux ;-)

 


6 Enfin pour finir, la référence aux sportifs me parait un peu rapide. La musculation semble capable de modifier un corps en profondeur et radicalement tant en puissance qu'en explosivité qu'en fluidité. Ca n'apprendra pas au corps à jouer au tennis mais ça ne peut pas nuire le jour où on décide d'apprendre le tennis ou l'aikido.


Dire que les athlètes ne connaissent pas cet instant où tout se décide, c'est ne pas avoir vu le quatrieme set de Borg/MacEnroe en 81. Même la peur est présente, on pourra dire qu'elle est moins légitime ou moins "sérieuse" mais l'effondrement psychique de certains champions dans la défaite est au moins le signe que pour eux ça vaut presque une mort, celle de l'esprit n'est pas moins douloureuse.

 

Je n'ai ni méprisé ni dédaigné l'engagement des sportifs. J'ai simplement dit:

 

"La notion de vie ou de mort place l'être humain dans un état incroyable où celui qui arrive à dépasser sa peur devient capable de mobiliser des ressources extraordinaires. Les hommes qui ont vécu cette tension de mort tout au long de leur existence ont développé une science du corps sans équivalent dans l'histoire de l'humanité. Malgré leur investissement dans leurs disciplines les athlètes ne connaissent pas cet état. C'est pourquoi nombre d'entre eux viennent chercher chez Kono senseï ou Hino senseï un savoir plus fin que celui de leurs entraîneurs qui leur permettra d'améliorer leurs performances."

 

La musculation modifie en effet le corps. Je pense qu'elle peut être utile, mais pratiquée de façon mesurée et en accord avec le travail du maître que l'on suit. Sans cela c'est en général un obstacle, la force trouble dont parle Tokitsu Kenji. Celle qui est utilisée par la très large majorité des pratiquants d'arts martiaux.

Bien entendu, là aussi, avant d'expérimenter une force "différente", je ne concevais qu'un seul type de force.

 

Par ailleurs les sportifs vivent des états émotionnels particulièrement intenses. Mais je ne crois pas que ce soit leur faire injure que de dire qu'il ne s'agit pas de la même intensité qu'une épreuve où la vie est en jeu. Les sportifs ne souffrent pas à ma connaissance de stress post traumatique. Oui ils peuvent souffrir, oui ils peuvent être détruits comme Foreman après sa défaite face à Ali. Mais une épreuve sportive n'est pas une expérience entre la vie et la mort.

 


7 Sur le plan de la conscience physique je crois que c'est encore moins vrai. A un certain niveau ils ne parlent plus que de sensation(s)... Terme un peu valise qui désigne autant un état psychologqiue que physique - j'ai déjà entendu ça en aikido... Et pour arriver à cette sensation ils passent par quelque chose proche de l'ascèse. Les entraînements de reprise de Monica Seles, c'etait une semaine de revers, une semaine de coup droit pour commencer - et elle était déjà nº1 mondiale.

 

Que les sportifs s'investissent dans leur discipline comme dans une ascèse n'est pas quelque chose que je mets en doute. Toutefois il faut bien croire qu'eux, comme les danseurs étoiles ou les musiciens du plus haut niveau, trouvent quelque chose de spécial dans les enseignements de maîtres Kono, Hino ou Kuroda qu'ils ne trouvent pas chez eux. Où ils aiment perdre leur temps en venant les voir.

 

 

Hino Akira et William Forsythe

Hino Akira et William Forsyth

"Akira Hino m'a montré l'exemple le plus clair de conscience humaine que j'ai jamais rencontré. Il a maîtrisé un degré de perception si profondément fondamental que c'en est quasiment incompréhensible pour nos sensibilités contemporaines.
Akira Hino a consacré son temps, ses soins et son expertise à entraîner ma troupe de danseurs. Son influence sur notre travail a été d'une valeur inestimable. La source de son travail réside au cœur des plus profonds aspects du dansé.
Les danseurs qui ont l'opportunité de travailler avec Hino-san seront fondamentalement changés."

 

 

8 Alors bon, j'aimerais comprendre. Je ne crois pas beaucoup aux mystères dans ce domaine. Le ressenti doit s'appuyer dans mon expérience sur la compréhension préalable (ou chemin faisant) des principes de la bio mécanique (quel pied, quel appui, quel axe), ensuite la sensation par le "drill", le suburi, la semaine de coup droit...

 

La lecture de tes commentaires ne me donne pas vraiment l'impression que tu veux comprendre, mais que tu veux être rassuré sur le fait que tu es sur la bonne route et que tu ne manques rien en n'allant pas voir Kuroda, Hino, Kono, Akuzawa entre autres.

Les éléments que tu évoques, "pied, appui, axe", ne sont que de l'ordre du visible et du superficiel. S'ils suffisaient, nous étudierions avec des livres et des films. S'ils suffisaient, Saïto senseï n'aurait pas envoyé son fils chez Toheï senseï dont il critiquait les formes techniques. (Et si les explications contenues dans ses livres suffisaient, il aurait aussi fait l'économie du séjour!)

 

 

Tohei Koichi 02

Toheï Koichi

 

 

Je ne comprends pas le besoin qu'ont certains pratiquants à être confortés, rassurés sur leur pratique. Je vois très souvent des pratiques qui me semblent manquer des éléments que j'estime les plus fondamentaux. Je ne ressens pas pour autant le besoin d'aller le leur signaler :D

 

Je pars de principes simples:

-Il suffit d'offrir les choses. Si elles sont de qualité, il est probable qu'elles trouveront preneur.

-Il faut expérimenter. J'ai ressenti la réalité de choses qui me paraissaient impossibles, comme avec Okamoto senseï. D'autres adeptes dont je tairai le nom, m'ont grandement déçu. Mais il s'agit aujourd'hui d'un vécu, et non de suppositions.

 

 

Okamoto-Seigo_18.jpg

Okamoto Seïgo

 

 

Bonnes expérimentations :D

 

Léo

 

 

Cheng Man Ching 3

Cheng Man Ching

 

 

Partager cet article

Commenter cet article

Karil 05/11/2011 21:34



Je ne sais pas si on devrais appeler ça un travail de modification du corps. De mon point de vue il s'agit beaucoup de travail d'harmonisation du corps qui serait en jeu, non?
Ce que j'ai remarqué dans les arts martiaux sr lesquels j'ai un peu potassé, mais aussi sur la guerre même (Autant revenir à l'art de la guerre, qui, parait-il serait l'une des bases du
bushido^^) est que les besoins de victoire mettant en jeu, la vie, la mort, l'honneur et la politique entrainent une grande avancée, que ça soit sur l'homme lui même que sur la technologie. La
plupart des choses avec lesquelles on vit, mise à part quelques exeption, sont liées à la guerre. Qu'y a-t-il d'étonnant alors que pour mieux se servir de notre corps nous allions à la rencontre
(indirecte ou non) de ceux pour qui c'était (presque) vital?

Un jour, je marchais avec une amie. Elle est tombée dans une descente à cause de ses sandales à semelles lisses. "C'est en partie parce que tu marche mal, lui disais-je par reflexe". Elle fut
offusquée. "les chaussures sont lisses, etc." .J'avais tord de le lui dire, mais je savais que si elle répartissait plus son poid dans ses pieds, et pas seulement dans son talon, comme on le fait
usuellement, elle aurait eu de la marge pour se rattraper. Cela m'est déjà arrivé sur du verglas. Ce n'est pas la première fois que je fis ce genre d'expérience ou je disais innocemment "c'est
parce que tu marche mal".

J'y réfléchi donc, et me suis aperçu que maintenant, beaucoup de gens on des problèmes de marche, certains medecins spécialisés en parlent d'ailleur depuis un bout de temps. La raison? Trop de
confort, et cette vision de domination du corps que l'on peu avoir, surement. On n'a pas besoin d'appredre à bien marcher, souvent, aujourd'hui. On apprend à marcher, et dès qu'on peu suivre
papa, maman, et courrir, ça a l'air d'être bon. Bien sûr, l'instinct est important et parfois suffisant. Mais l'instinct n'est pas aussi elastique que la pensée. Si nous étions des oiseaux
prédateurs, il nous faudrait un long moment avant d'apprendre à bien utiliser nos ailes, le temp qu'on apprenne à s'autosuffire^^. 

 Maintenant, je pense, on assiste à un changement. Forcer notre corps, faire de la musculation pour lui faire faire des performance n'est pas mauvais, bien sûr. Mais si l'on regarde
l'évolution du 100m en athlétisme, l'on voit bien que les gars très baraqués, musclés de partout, on laissé la place à des gars plus fins, aux jambes plus longues surement, mais, aussi, je le
pense à une manière de courir différente. On est content, àprès tout qu'un "français blanc"(dixit les journaux), se mesure à des sprinteurs jamaicains dans des finales. Même dans des sport comme
le rugby, maintenant, l'entrainement devient très technique et adapté à chacun, à haut nivveau, ai-je vu à la télé^^. 

On est entré dans l'ère de l'optimisation, et l'optimisation est au cœur de beaucoup d'arts martiaux, par des méthodes diverses et variés of course^^. Rien de plus normal que d'y piocher autre
chose que "la meilleure façon de tuer autrui", ou "devenir fort en dix leçons". Et l'optimisation ne passe plus seulement par un idéal de physique auquel on voudrait ressembler, mais aussi par la
bonne utilisation de tout ce qu'on possède déjà.

Pour la lenteur, de mon point de vue de petit poussin, elle n'est pas présente que lorsque ça va lentement. J'aime nager, et pendant mes 21ans passés près d'une eau de mer chaude toute l'année,
j'ai remarqué que rien ne servait d'aler vite pour être rapide. Tout est histoire d'harmonisation avec l'eau. De ce fait, on peut travailler lentement tout en ayant une vitess respectable, car on
s'applique dans chaque geste. Mon respectable sensei me disait d'ailleur que pour faire 50 chutes en 50 secondes, il ne faut pas être pressé^^.

Bien sûr comme dans tout travail, qui est un outil pour progresser, peu être ne faut-il pas oublier le but. Et peut être est-il important de se débrider de temps en temps au niveau de la vitesse
pour ne pas oublier celle-ci. Être vif dans un travail lent, et tranquille dans un travail rapide, pourrait peu être se faire. Mais c'est vrai que si, en effet, nous n'utilisons consciemment que
10% de notre cerveau, notre instinct, qui est, à mon avis très "réfléchi", mais pas consciemment, peut apporter les un bon pourcentage, si on arrive à le laisser parler, par les sensation qu'il
nous propose, par exemple. Ou lorsqu'on se retrouve dans des situations critiques, où il met la main sur tout ce qu'on sait pour nous en sortir.

Encore une fois, il ne s'agirais pas de "modification de travail du corps, mais d'harmonisation de nous, qui lui donnons du travail, avec lui, qui fait tout le boulot, par une unification du corp
et de "l'esprit". :). Il Peu être certain, après, que pour harmoniser tout celà, il puisse falloir réaprendre à certaines parties du corps ce qu'elles n'ont que rarement utilisé, d'où
modification du travail du corps.

Mon humble point de vue, loin, sûrement d'être exact, d'aikidoka débutant, est bien sûr ouvert à toute critique.

Amicalement
K. 



Léo Tamaki 07/11/2011 00:42



L'harmonisation est un point important mais pas le seul. Quant à la vitesse il est effectivement important de pouvoir bouger tranquillement et doucement alors même que l'attaque qui nous vise est
rapide. Mais on atteint là un des sommets de l'art ;-)


Pour ce qui est des 10% du cerveau, cela tient de la légende urbaine :D


 


Enfin, à mon avis, l'union du corps et de l'esprit est importante mais ne remplace pas un changement dans l'utilisation du corps.


 


Amicalement,


 


Léo


 



david 04/11/2011 14:26



peut etre y a t il modification du corps quant il y a modification de l esprit ...



Léo Tamaki 05/11/2011 12:51



Je pense en tout cas qu'une modification profonde a pour conséquence celle de l'esprit (et vice versa!) ;-)


 


Léo


 



Greg 04/11/2011 13:51



Bonjour Léo,


merci pour ton article.


Effectivement, afin d'évoluer dans sa pratique, la recherche et l'expérimentation sont indispensable et indéniable, encore faut-il en avoir envie et l'idée même de faire cette recherche. J'ai
rencontré beaucoup de pratiquants (en aikido Tai Chi et Wing Chun) qui ne se posaient même pas de questions (comment mieux entrer, comment développer ma sensibilité, etc...).


Je le répète encore mais le choix du professeur est indispensable. C'est lui qui montre le chemin, les pistes à explorer en fonction de chaque élève. Et j'ai cette chance.


Si l'on ne peut trouver les réponses à ses questions dans sa discipline (pour x raisons), la compléter avec une autre est bénéfique. Ma pratique du Tai Chi Chuan style Zhaobao a été un
extraordinaire apport dans mon travail du relachement, du déplacement et du placement (d'ailleurs dans "déplacement" il y a "placement", non?), de la sensibilité et bien d'autres choses.


 Mon sensei m'a fait lire une fois un magazine sur l'univers sans trop savoir où il voulait en venir. Après l'avoir lu et refléchis, je lui est demandé pourquoi il m'avait demandé de lire
ceci. Sa réponse fût que ce qui se passe au niveau macrocosmique se passe au niveau microcosmique. Je ne développe pas.


Bref, il existe de nombreuses pistes qui nous poussent à la réflexion et à l'expérimentaion. À nous de chercher et n'est-ce pas là le seul intérêt.


À bientôt,


GREG



Léo Tamaki 07/11/2011 00:34



Bonjour Greg,


 


En effet le questionnement n'est pas toujours présent. Mais cela dit il n'est pas indispensable dans la mesure ou par exemple certains pratiquent pour socialiser, d'autres comme une gymnastique
d'entretien, etc... A ceux qui veulent aller plus loin de chercher ensuite. Et là, comme tu le dis, le choix du professeur est fondamental.


 


Bonne recherche ;-)


 


Léo


 



Sylvain 03/11/2011 15:06



Bonjour Léo,


Article très intéressant (une fois de plus) ! Je suis tout à fait d'accord avec vous sur cette notion de "ressentit" qu'il est nécessaire d'expérimenter pour tenter de modifier l'utilisation de
son corps. A titre personnel (et à mon petit niveau), je n'ai jamais autant progressé (en aikido) qu'à partir du moment où mon sensei m'a choisi comme uke à chaque fois...


Par ailleurs, il me semble que vous l'abordez rapidement, mais je pense que l'on ne peut dissocier du "ressentit" un autre aspect d'ordre plus psychologique, une sorte de compréhension. Je ne
parle pas de compréhension intellectuelle, mais plus d'une forme de conscience que le geste, d'extérieur identique, est différent. Je ne sais si je suis très compréhensible... Je pense que la
modification du corps passe aussi par une modification du schéma corporel de l'individu. Je pense que l'on ne peut dissocier corps et esprit. Pour illustrer ce propos, je pense à une vidéo de
Hino sensei concernant un exercice où l'un des pratiquant est assis et l'autre en position d'attaque bokken en main. Peut-être n'ai-je pas saisi au visionnage de cet exercice, mais je pense que
pour "réussir" (ou tout du moins travailler dans le sens que désir Hino sensei) l'exercice, ce n'est pas à la main de guider simplement le reste du corps, mais à la fois à la main et l'esprit de
le faire. Ce n'est qu'une simple interprétation de ma part car je n'ai pas eu l'opportunité de ressentir le travaille d'Hino sensei...


Bref, je pense que le fait de se trouver confronté à la mort transforme l'esprit et le corps, que cela éveil une forme de conscience qui est un nouveau moteur permettant de transformer le corps
et c'est je pense cela qui créé une vraie différence avec un pratiquant lambda (dont je fais partie)..


Merci



Léo Tamaki 03/11/2011 17:41



Bonjour Sylvain,


 


Avoir la chance d'être le uke de son enseignant est une chance inespérée. C'est aussi un véritable cadeau. Profites-en bien ;-)


 


La conscience que tu évoques est effectivement un élément indispensable. Sentir ce qui se passe dans notre corps puis dans celui des autres, que cela soit semblable à ce que l'on vise ou encore
imparfait, est essentiel.


 


Faire face à la mort modifie sans aucun doute quelque chose. Mais je pense surtout à des situations de tension extrèmes qui durent, comme pour les soldats. Malheureusement les changements sont
très souvent négatifs et le traumatisme destructeur. Réjouissons-nous donc de notre situation et essayons d'approcher ce que nous ont légué ceux qui ont vécu ces situations et ont réussi à les
sublimer :D


 


Merci pour la lecture,


 


Léo


 



Damien 03/11/2011 10:43



Il est effectivement très difficile de décrire cette "manière différente d'utiliser le corps", d'autant plus qu'elle n'est pas unique. Un peu l'impression de devoir expliquer à un aveugle ce que
tu vois. Alors quand en plus on est soi même à peine borgne et qu'on n'a fait que lever un tout petit bout du voile, ça n'aide pas.


 


En tout cas, merci pour ton article, encore une fois



Léo Tamaki 03/11/2011 10:49



Oui c'est en effet une bonne image que tu as :D


J'aime parler de bien des aspects de la pratique, notamment technique lorsque je peux interagir avec mon interlocuteur et partager des sensations. Pour ce qui est d'écrire c'est un domaine où je
n'aime pas rentrer dans le détail technique car on peut facilement faire des erreurs d'interprétations, parce que chaque geste est fait d'une infinités de paramètres, etc... Des choses qui
demanderaiet des heures seraient réglées en un instant face à face. Donc... on ne peut faire l'économie de rencontrer les maîtres ;-)


 


Merci pour la lecture ;-)


 


Léo


 



Fabien 03/11/2011 08:39



Le lent travail de la modification de l'utilisation du corps passe par le travail lent, on est pas arrivé



Léo Tamaki 03/11/2011 10:30



:-)))))))))


 


Léo


 



Daiki 03/11/2011 02:17



Désolé pour la présentation, je transfert depuis un post du boulot ;)


Je suis tombé sur ce texte il y a quelques jours et je le trouve déjà colossal ;) vivement une publication de l'intégralité alors



Léo Tamaki 03/11/2011 10:30



Pas de soucis ;-)


 


Léo


 



Daiki 02/11/2011 23:55




http://www.reseau-asie.com/cgi-bin/prog/gateway.cgi?langue=fr&password=&email=&dir=myfile_colloque&type=jhg54gfd98gfd4fgd4gfdg&id=270&telecharge_now=1&file=xxxiii_zougharikacem.pdf


le lien vers le dossier complet du site: reseau-asie.com


Cela va dans le sens des commentaires de Léo.


Lenteur, mouvement infime guidé par l'intention du kokoro



Léo Tamaki 03/11/2011 00:37



Merci. Il ne s'agit que d'un très bref extrait d'un travail de titan que Kacem m'a fait l'honneur de partager et que j'espère voir un jour publié pour la communauté martiale.


 


Léo


 



Daiki 02/11/2011 23:52



Transmission de la conscience corporelle en Ko-bujutsu


 


[...]


On comprendra alors facilement que ce principe de contrôle du corps et de suppression de tous les mouvements inutiles ait pu être applicable à
toutes les disciplines où le corps joue un rôle prépondérant. Ainsi, l’adepte d’arts martiaux s’intéressa très tôt au shodô, au sadô et au nô en vue d’approfondir sa maîtrise du
mouvement. Cependant, comment pouvait-il pratiquer toutes les armes à partir d’un seul mouvement principiel ? Et surtout, comment transmettre un tel savoir ?


 


 


 


 


 


Cet état de confiance absolue qui marque la frontière d’un choix séparant la vie de la mort, cette zone ténue où naissent les techniques combats
fait la différence dans le choix du disciple pour la succession. Le futur successeur doit maîtriser trois modes de transmission qu’on retrouve dans toutes les disciplines où l’utilisation du
corps est le pilier principal. Cependant, le caractère extrême que revêtent la pratique et la transmission des techniques d’armes qui plongent leurs racines dans la réalité mortelle du combat
nous


permettent de penser que, dans les écoles classiques, ces trois modes de transmissions furent portés à


l’extrême. Pour un grand nombre de pratiquants le terme de kuden (口伝), la transmission orale, reste le critère le plus important de la pratique et de la transmission qui lie le maître au disciple. S’il est vrai que le
kuden est un élément important
d’une relation maître à disciple, dans le cas des arts martiaux, celui-ci ne revêt que la dernière place, de la même manière que les écrits sont remis à la fin. La place de la parole dans une
pratique où il s’agit de savoir agir est seconde. Le langage fondamental est du coup un langage corporel, « un langage intérieur », et pour lequel il n’existait d’ailleurs pas de lexique
technique spécifique, — c’est la raison évidente pour laquelle la plupart des mots nécessaires à le formuler furent empruntés au nô, aux bouddhismes zen ou ésotérique, et qu’ils couvrent en fait un
champ qui reste très limité. On savait bien que les écrits pouvaient êtres perdus ou dérobés. Dans ce cas, il fallait avoir les « clefs » permettant de comprendre le sens caché derrière
chaque kanji, il fallait
pouvoir matérialiser l’écrit en langage corporel. D’où la place bien limitée des écrits dans la transmission des techniques de combat.


La connaissance passe d’abord par l’expérience vécue, c’est-à-dire l’application et la mémorisation de la


forme du maître dans toutes les situations. Car le maître est en pratique continuelle, et chacun de ses


moindres faits et gestes est un élément d’étude et de pratique que le disciple doit étudier et mettre en


pratique. C’est pourquoi le futur disciple doit posséder un sens de l’observation très pointu, une sorte de don de mimétisme très poussé. Nous
nommons shinden (心伝), la faculté que le disciple doit avoir de se


remémorer l’image du mouvement du maître, forme, posture, et taiden (体伝) l’expérience de l’application de cette forme avec le maître ou en solitaire. C’est deux modules de la transmission sont des éléments


nécessaires pour pouvoir lire les écrits du maître, pour pouvoir comprendre et interpréter ses kuden. Le


kuden masque dans les écrits du
début de la période d’Edo une transmission très spéciale, celle qui devrait pouvoir dire : « j’ai vu le maître faire ainsi.. », « quand il tenait son arme il avait les épaules et les jambes comme
cela… », « il marchait et s’asseyait comme cela…», c'est-à-dire une globalité de l’expérience qu’on peut se



Daiki 02/11/2011 23:49



suite texte Kacem Zoughari :


Selon Imamura (3), la pensée selon laquelle un principe commun liait toutes les disciplines entres elles était déjà très répandue parmi les
guerriers de haut rang et notamment parmi les fondateurs des premiers


courants d’art martiaux (4). Ainsi, on retrouve la même pensée dans les trois courants principaux des arts


martiaux du Japon qui furent établies vers la fin de la période Muromachi (1333-1467). Très tôt, pour les


adeptes d’arts martiaux apparaît la nécessité de maîtriser différentes armes, et cela ne peut se faire sans


une profonde conscience du corps et des mouvements qu’il peut accomplir.


Il s’agit pour lui d’explorer les mécanismes qui sont propres à son corps afin de comprendre et de percevoir les prémices des mouvements de son
ennemi. On comprendra alors facilement que ce principe de contrôle du corps et de suppression de tous les mouvements inutiles ait pu être applicable à toutes les disciplines où le corps joue un
rôle prépondérant. Ainsi, l’adepte d’arts martiaux s’intéressa très tôt au shodô, au sadô et au nô en vue d’approfondir sa maîtrise du
mouvement. Cependant, comment pouvait-il pratiquer toutes les armes à partir d’un seul mouvement principiel ? Et surtout, comment transmettre un tel savoir ?