Budo no Nayami

La renaissance de l'Aïkido

20 Décembre 2021 , Rédigé par Léo Tamaki

Il y a quelques mois, j'ai écrit pour Spécial Aïkido un article évoquant la chute de l'Aïkido qui se terminait sur un sentiment optimiste. Aujourd'hui je suis heureux de pouvoir dire que, loin d'être un vœu pieu, ces quelques lignes semblent se confirmer. L'Aïkido a perdu BEAUCOUP de ses pratiquants, mais j'ai le sentiment qu'il repart sur de meilleures bases. Seront-elles suffisantes ? L'avenir le dira. En attendant voici l'article :

Face à la disparition annoncée de l'Aïkido, les pratiquants de la discipline sont passés par les 5 phases du deuil. Nous en sommes aujourd'hui à la dernière…

 

 

Le déni

Au départ beaucoup ont nié la chute. L'exemple de la baisse du nombre de licenciés d'un dojo était contré par celui d'un autre qui se portait bien. Un pays dont le nombre de pratiquants s'effondrait se voyait opposer une nation émergente. Tout allait bien. Et l'arrivée des données en ligne du Ministère des Sports, la chute vertigineuse des requêtes sur Google furent même balayées d'un revers de main. Incomplètes, anecdotiques, temporaires.

Jusqu'à aujourd'hui où les magasins spécialisés ferment, les publications martiales cessent d'être éditées, et surtout, les dojos disparaissent. Au point que la France ne compte plus que 30 000 licenciés contre 60 000 en 2005. Tandis que la population augmentait de 15%, l'Aïkido perdait 50% de ses pratiquants. À ce rythme, la discipline aura virtuellement disparue en 2035.

 

 

La colère

Le monde de l'Aïkido s'est alors réveillé en colère. Et chacun d'accuser, qui la civilisation consumériste, qui la jeunesse fainéante, mais surtout, surtout, TOUS les autres styles. Les autres écoles n'étaient pas assez martiales ou reléguaient tous au niveau de la bagarre ; pas assez traditionnelles ou trop folkloriques ; obsolètes ou coupées de leurs racines. Les AUTRES et le monde étaient responsables du déclin de l'Aïkido.

Imitant ces politiques qui font porter la décadence de leur pays à leurs confrères d'un autre bord, nous avons alors eu la discipline la plus bête du monde. Chaque courant, persuadé de détenir la vérité, était prompt à faire porter le chapeau aux "autres", pour ne jamais avoir à regarder la situation en face et prendre les mesures nécessaires.

 

 

Marchandage

Le temps passant sont venues les solutions de marchand de tapis. Transformer la discipline en Yoga, la modifier pour des publics plus de plus en plus disparates. Des initiatives dont on peut louer l'intention, mais qui avaient pour point commun de ne pas affronter les causes du déclin. Sans surprise, leurs effets furent invisibles sur la courbe plongeante du nombre de pratiquants. Je suppose même qu'en essayant d'adapter l'Aïkido à chacun, on brouilla le message de la discipline au point de ne plus s'adresser à personne.

Le développement de l'art dans d'autres territoires fut une illusion de plus. Si dans l'absolu on eut pu se consoler de la disparition de l'Aïkido en France en observant sa vigueur dans d'autres pays, il est clair aujourd'hui que cela n'arrivera pas. Personne n'imagine que l'on puisse recycler nos Nokia du début du siècle en Inde. Chaque nation veut le meilleur et ne s'accommodera pas d'une chose devenue obsolète.

 

 

Dépression

Les deux années passées ont vu une accélération de la chute. Naturellement son ampleur est contextuelle. Mais le Covid nous a simplement fait avancer de deux ou trois ans sur la courbe. Chacun prit alors conscience du fait qu'il devrait vivre avec les conséquences de cet effondrement. Que le nombre de stages se limiterait grandement, que leur prix augmenterait, que son dojo risquait de disparaître !

La conjugaison de l'absence de pratique, de la distanciation sociale et de toute perspective d'avenir a créé un effet de sidération. Des associations se sont alors dissoutes, des dojos ont fermé, et des pratiquants ont abandonné la discipline pour d'autres activités.

 

Photo Daniel Molinier

 

Acceptation

Aujourd'hui les effectifs se sont effondrés, et plus personne ne nie la situation. Certains intégristes toujours convaincus d'être dans la vérité s'arc-boutent sur leurs dogmes, et continuent à rejeter la faute sur la société et les autres courants. Mais j'ai constaté un mouvement dans les lignes. Dans la discipline les rangs se resserrent. Les ennemis d'hier comprennent que leur lutte fratricide est dépassée. Hormis une poignée d'extrémistes, chacun essaie de regarder la situation en face, de la comprendre.

L'acceptation permet de percevoir correctement la situation. Et seule la perception juste peut donner naissance à l'action efficace.

 

Photo Laurent Sikirdji

 

Action

Les comportements humains sont d'une complexité inouïe. C'est ainsi que devant les mêmes actes les historiens débattent, les sociologues s'affrontent, et les psychologues posent des diagnostics opposés.

Ma conviction est que :

  • L'Aïkido s'est développé en tant que discipline martiale efficace.

(Son but est l'éducation de l'homme, mais son outil est une technique martiale crédible et cohérente.)

  • La perception d'une discipline martiale par le grand public est dépendante du regard que les autres disciplines ont sur elle.

(Les adeptes de l'Aïkido en ont évidemment une opinion positive. Mais la conviction d'un membre d'un cercle fermé n'a pas de valeur aux yeux de l'extérieur. Un site internet est bien référencé quand d'autres sites pointent sur lui. Pas quand il se contente de liens entre ses propres articles. De même, le succès que j'ai aujourd'hui est le résultat de ma crédibilité auprès des pratiquants d'autres disciplines.)

J'agis ainsi depuis des années pour diffuser l'Aïkido en accord avec ces convictions. Dans le même temps, certains courants souhaitent promouvoir d'autres aspects de la discipline. Nous ne nous accorderons sans doute pas non plus sur les causes de la situation actuelle, et partant les remèdes à y apporter. Pour autant je suis optimiste, car de tous bord les mains se tendent pour trouver des consensus et mener des actions concertées. Parce que chacun a compris que plutôt que critiquer les choix de quiconque, ce seront nos actions positives qui permettront à l'Aïkido de renaître.
 

Photo Shizuka Sasa-Tamaki

 

Une initiative positive participant à l'harmonie dans la discipline,

et la promotion de ses multiples facettes.

 

 

 

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R
Bonjour Léo, quel magnifique article et quel analyse à travers les étapes du deuil. Je me réjouis enfin de voir aujourd'hui la capacité de s'unir au lieu de se critiquer et d'affirmer que chaque école détient la vérité ou sa légitimité descend du fondateur. 😁 Ce que j'aime chez toi c'est d'être aller confronter ton art avec d'autres pratiques et reliés l' Aïkido à la famille des arts martiaux et sports de combats. L' Aïkido n'est plus seul sur sa planète.
Pour ma part, je partage mon expérience personnelle: je pratiquais ce que l'on appelle le pancrace athlima, et je suis allé à la pré-sélection de l'équipe de France pour tester mon niveau. À 1 min de la fin du combat, mon adversaire saisi mon bras et balance ses jambes sur mon cou pour faire un triangle à la volée (étranglement sanguin entre les cuisses). Au moment où j'ai senti sa saisie sur mon poignet, j'ai mis mon corps en résistance puis lorsque j'ai senti ses 2 jambes sur ma nuque et son poids du corps m'amenait vers le sol, j'ai enlevé toute énergie de mon corps (le vide) et mon adversaire s'est percuté au sol. J'ai profité de ce moment là sachant qu'il manquait 2 mm pour que je sente l'etranglement, j'ai eu le temps de faire le point sur mon combat et de prendre la décision d' arrêter. Une fois le combat, arrêté, mon adversaire m'a dit" je ne comprends pas ce qui s'est passé, pourquoi je suis tombé comme une pierre. " je lui ai répondu avec un grand sourire :" Aïkido".
Merci Léo pour ta richesse et ton travail.
Bonnes fêtes de fin d'année.
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L
Bonjour Ramos,

Merci pour la lecture.

J'ai en effet à coeur de replacer l'Aïkido dans un monde martial complexe, et de ne pas l'isoler sur un sommet solitaire qui l'isole et l'amenuise.
Merci pour le partage de ton intéressante expérience :-)

Bonne pratique,

Léo