Budo no Nayami

Interview Léo Tamaki, la passion du Budo

20 Septembre 2011 , Rédigé par Léo Tamaki Publié dans #Interviews

Léo Tamaki est le plus célèbre des jeunes experts d'Aïkido. Enseignant à travers l'Europe entre deux allers-retours au Japon il est aussi à l'origine du premier Aïki Taïkaï, a participé à la 4ème NAMT et vient d'ouvrir les portes de son dojo, le Kishinkan. Rencontre avec un adepte à l'énergie communicative. Par Gilles Werner et Ivan Bel. 

 

 

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Il est arrivé détendu et souriant, comme à son habitude. Une démarche féline qui trahit le pratiquant d'arts martiaux de haut niveau. Car ne vous y trompez pas: derrière ce sourire se cachent une énergie et une volonté peu communes. Agé d'une trentaine d'années, Léo Tamaki a su s'imposer en quelques années comme l'un des experts d'Aïkido les plus prometteurs de sa génération.

 

 

La fin de l'année 2010 a vu le déroulement du 1er Aïki Taïkaï et de la 4ème Nuit des Arts Martiaux Traditionnels (NAMT). Peux-tu nous en dire un peu plus?

Le Taïkaï et la NAMT sont deux évènements distincts. La NAMT en était donc à sa 4ème édition. Le changement est que jusqu'à présent elle était pilotée par Pierre-Yves Bénoliel et que là ce sont mes frères et quelques amis qui ont repris le flambeau à travers Masamune. Personnellement je n'ai fait que réunir les différents intervenants pour leur rendre service et parce que l'événement était dédié à maître Tamura.

Le Taïkaï était un projet que je mûrissais depuis longtemps. Je voulais créer un évènement permettant aux pratiquants d'Aïkido de découvrir de nouveaux courants, d'autres pratiques, de se rencontrer et d'échanger. Il y a quelques années Stanley Pranin avait mis sur pied une manifestation de ce type avec les Aïki Expo mais cela se déroulait malheureusement aux Etats-Unis et il était difficile pour la plupart des pratiquants français d'y participer. Une coïncidence a fait que Coubertin était disponible la journée et le soir et nous nous sommes dit pourquoi ne pas lier les deux évènements, au moins pour cette fois.

 

 

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Avec Tamura Nobuyoshi à Lesneven

(photo Marc Le Tissier)

 

 

Peux-tu nous expliquer plus précisément en quoi consistait l'Aïki Taïkaï?

Taïkaï signifie grand rassemblement. L'idée était d'avoir une sorte de fête autour de l'Aïkido durant une journée. Nous avons réuni un groupe d'experts qui ont accepté de venir présenter leur pratique pendant une heure et demie. Afin d'offrir la plus grande diversité possible nous avions trois cours d'une heure et demie qui se sont déroulés simultanément quatre fois dans la journée. Il y a eu à chaque fois deux cours d'Aïkido et un cours présentant une autre discipline. Les pratiquants ont ainsi eu un choix très large qui n'a apparemment pas toujours été évident compte tenu de l'excellence du niveau des experts qui ont répondu à l'appel.

 

Cela n'a pas dû être évident de réunir des maîtres de courants différents voire rivaux?

Etonnamment cela n'a posé aucun problème. Tous les experts que j'ai contactés m'ont donné leur accord très facilement et la journée et la soirée se sont déroulées dans une ambiance excellente. Bien entendu les maîtres d'une même discipline peuvent se considérer comme rivaux mais chacun sait qu'il répond aux attentes d'un public particulier. Le travail d'enseignants tels que Jaff Raji, Hervé Dizien ou Daniel Toutain correspond à des pratiquants ayant des envies différentes, tant au niveau des formes que de la transmission. Les pratiquants viennent pour découvrir d'autres visions qui enrichiront leur pratique, pas pour changer d'école. En revanche je pense que cela peut favoriser des rencontres ponctuelles telles que des stages entre différents courants qui me semblent très profitables.

 

 

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A l'Aïki Taïkaï avec Isseï Tamaki

 

 

Quel est le bilan de ces évènements?

Un succès en terme de participation tout d'abord puisque le Taïkaï a attiré environ 200 personnes et la NAMT 2 000, mais surtout une réussite en terme de satisfaction des pratiquants et des maîtres. Les retours des élèves de la journée et des spectateurs du soir ont été très positifs. Mais au-delà de ça il y a quelque chose qui m'a particulièrement touché ce jour-là, c'est l'ambiance qui régnait entre les différents maîtres. La journée les experts se sont peu croisés car le complexe est immense et chacun est venu donner son cours puis reparti vaquer à ses occupations. Mais le soir les choses étaient très différentes et un rassemblement très amical s'est créé spontanément derrière l'écran géant d'où il était possible d'observer les démonstrations sans être vu. Je pense notamment à René VDB, Bernard Palmier et Daniel Toutain qui ont passé quasiment toute la soirée ensemble à s'encourager, se parler et observer les démonstrations ensemble. C'était vraiment très émouvant.

 

La NAMT était dédiée à maître Tamura. Quelles sont aujourd'hui les conséquences de sa disparition?

Quand mes frères m'ont dit qu'ils allaient organiser la 4ème NAMT je leur ai spontanément proposé de la dédier à Tamura senseï et ils ont accepté immédiatement. C'est aussi en son honneur que des maîtres tels que André Cognard, Bernard Palmier ou Daniel Toutain qui participent très rarement à des démonstrations ont accepté de se réunir. Leur désir de lui rendre hommage était très fort et lorsque je les ai contactés chacun m'a raconté des anecdotes, parlé de la place qu'il avait occupé dans leurs parcours. Ca m'a vraiment touché parce que je m'y attendais de la part de René VDB, Toshiro Suga, Jaff Raji, Philippe Cocconi ou Brahim Si Guesmi, mais pas obligatoirement de gens dont la route s'était séparée depuis un certain temps de celle de Tamura senseï. Ils m'ont donné la preuve par l'exemple que les véritables adeptes savent montrer leur gratitude. Je tiens par ailleurs à signaler que des maîtres comme Christian Tissier ou Paul Muller n'ont pu participer à cet évènement en raison de leur emploi du temps mais qu'ils s'associaient à cet hommage.

Concernant les conséquences de la disparition de Tamura senseï c'est une question très complexe. La perte humaine et technique est immense mais elle est malheureusement dans l'ordre des choses. Pour ce qui est des organisations il est trop tôt pour en parler et j'avoue que ce n'est pas une de mes préoccupations essentielles.

 

 

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Tamura Nobuyoshi shihan

 

 

La situation actuelle est très tendue entre les deux fédérations. Par ailleurs la ministre des sports, madame Chantal Jouanno, s'est récemment exprimée en faveur d'une fédération unique, quel est ton avis sur la question?

A titre personnel ce n'est pas tant qu'il y ait une ou deux fédérations qui me dérange, mais certains principes de fonctionnement comme les passages de grades. Le système actuel ne me semble pas convenir et on s'oriente vers une modification proche qui sera encore moins adaptée.

Aujourd'hui on est dans une situation où des pratiquants issus du groupe Iwama ne peuvent pas présenter une grande partie du travail de leur école telle que les enchaînements aux armes, où les pratiquants du courant Nishio ne peuvent pas présenter leurs formes ou leur travail en Toho Iaï, même chose pour les pratiquants d'Aïkido Shodokan, etc… Toutes les spécificités de ces écoles sont niées dans un système qui veut juger sur le plus petit dénominateur commun que personne n'est capable d'énoncer! Les plus grands maîtres que j'ai rencontrés, Tamura, Shimizu, Sasaki, Sunadomari, etc… se sont refusés ou ont été incapables de déterminer les limites de l'Aïkido. Ca ne veut pas dire que tout est Aïkido, simplement que ses limites, comme celles de l'art, sont dans le regard du spectateur. Ce qui est de l'Aïkido pour l'un n'en est plus ou pas encore pour l'autre. Alors au-delà du nombre de fédérations, je crois qu'il est important de prendre conscience que pour commencer les grades devraient être une question d'école, de gens qui partagent la même conception de la pratique et les mêmes formes comme c'est notamment le cas au Japon.

 

N'y aurait-il pas alors un risque très fort de subjectivité?

Mais il n'y a pas de système de jugement objectif en Aïkido! Lorsque l'on court un 100m ou que l'on fait de l'haltérophilie le résultat ne fait aucun doute. Mais une technique est-elle juste parce que sa forme extérieure ressemble à nos références? On ne juge pas de son efficacité puisqu'il n'y a pas de combat et que les examinés coopèrent. Et le combat ne résoudrait d'ailleurs rien car il faudrait ensuite déterminer si la victoire a été obtenue avec de l'Aïkido ou autre chose et l'on retombe sur le problème de définition de la discipline. En outre les choses véritablement essentielles comme l'utilisation correcte du corps ne peuvent à ma connaissance être jugées qu'au contact.

Je crois qu'il faut d'abord cesser de dire qu'un jugement de passage de grades en Aïkido est objectif. Si l'on présentait le même passage à des groupes d'examinateurs différents il est clair que les résultats seraient très variables. Ensuite il est important de comprendre ce qu'est un grade. Aujourd'hui les définitions ne sont pas claires et prêtent souvent à sourire. Je pense qu'un grade d'Aïkido doit sanctionner un chemin parcouru, les efforts fournis. Lorsque deux pratiquants arrivent leurs potentiels sont très différents selon leur âge, leur situation physique, leur vécu. A l'heure actuelle un jeune sportif s'entraînant intensivement pourra obtenir un premier dan en trois ans. Ce fut le cas pour nombre de mes élèves. A l'opposé une personne âgée qui a fait peu de sport dans sa vie et fera autant d'efforts passera au minimum le double de ce temps. Ce n'est pas juste parce qu'aujourd'hui les passages de grades jugent une démonstration qui se rapproche d'une exhibition sportive au lieu de sanctionner un chemin parcouru. Il est évident que faire le même chemin demande des efforts différents à chacun et qu'on n'arrivera pas au même endroit en parcourant la même distance si l'on part de plus loin. C'est pourquoi je pense qu'il faut admettre le caractère subjectif des passages de grades et en remettre la responsabilité aux enseignants et chefs de courants.

 

 

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N'est-ce pas le risque de voir des dérives?

Malheureusement aucun système ne préserve des dérives. La France est à ma connaissance le seul pays au monde où les grades d'arts martiaux sont délivrés par l'état. Nos grades ont-ils une valeur supérieure à ceux passés au Japon, aux Etats-Unis ou en Allemagne? Je ne le crois pas.

N'oublions pas qu'Osenseï délivrait ses grades sur des critères qui ne sont sûrement en aucun cas ceux utilisés par l'état. (rires) Il vaut sans doute la peine de se pencher sur les systèmes qu'utilisaient nos maîtres pour voir si nous ne faisons pas fausse route ou tout au moins si cela ne vaudrait pas la peine d'explorer d'autres voies.

 

Mais chacun serait alors libre de se décerner ou d'acheter un 6ème, 7ème ou même 8ème dan?

Dans les faits c'est déjà le cas et de nombreux groupes décernent leurs propres grades. Mais je crois qu'il faut cesser d'infantiliser les pratiquants. Même si un débutant commence sans le savoir dans un groupe "sectaire" aux pratiques douteuses il s'en rendra rapidement compte. D'autant plus à l'époque d'internet. Encore une fois la situation n'est absolument pas catastrophique à l'étranger, loin de là.

 

Cela fait plus de 25 ans que tu suis la voie du Budo. Te sens-tu murir dans ta pratique ?

Ma conception des pratiques martiales, mes réflexions sur leur nature, mes objectifs pratiques et mon approche technique ont évolués et changeront probablement encore. Cela passe par des erreurs, des tâtonnements mais globalement je suis satisfait de la direction que cela prend.

 

 

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Qu’est-ce qui t’a fait grandir ?

Le parcours d'un pratiquant est le résultat de ses rencontres et de ses expériences. J'essaie de multiplier les deux. J'ai eu beaucoup de chances et je crois avoir su les saisir lorsqu'elles passaient.

 

Dans ton travail d’aïkido, on sent l’apport des autres disciplines que tu étudies, mais tu ne mélanges jamais dans l’enseignement. Comment tu t’en sors pour ne pas être tenté de faire des mélanges ?

L'Aïkido est au cœur de ma recherche par son esprit et ses formes mais je conçois toujours la pratique comme un tout, un processus d'éducation de l'homme par le biais de techniques martiales qui aboutit à une modification en profondeur de l'utilisation du corps et de l'esprit. A ce titre le travail de l'Aïkido, du Shinbukan, de l'Aunkaï, du Hino budo ou auprès de Kono senseï se rejoint à mes yeux. Bien entendu certaines écoles ont des spécificités qui rendent leur pratique conjointe difficiles. Ce n'est pas, d'après ce que j'en comprends, le cas de celles que je suis. Mes pratiques annexes me permettent donc de travailler certains principes sous d'autres angles et souvent de mieux les comprendre grâce à ce nouvel éclairage, ainsi que parfois d'en découvrir d'autres. C'est tout et c'est déjà énorme.

 

Dans ta pratique, on voit bien les mouvements terre-ciel, les flux et les reflux, pourtant tu n’expliques jamais la théorie qui se cache derrière tout ça (Yin/Yang, les mouvements de l’énergie, etc). Pourquoi ?

Il y a à cela deux raisons. La première est que, qu'on le veuille ou pas, nous restons très influencés par la façon dont nos maîtres transmettent. Tamura senseï, Kuroda senseï, Kono senseï, Hino senseï ou Akuzawa senseï n'utilisent jamais de termes métaphysiques dans leur enseignement et c'est donc quelque chose de naturel pour moi.

La seconde est que ce sont des termes qui sont abstraits pour la très large majorité du public auquel je m'adresse. Par exemple pour beaucoup les terme In/Yo ou Yin/Yang sont abstraits et ne font pas partie de leur quotidien. Alors que leur utilisation permettait une communication et une transmission efficace entre le maître et les élèves à une époque et dans un lieu donné, il me semble qu'elle ne ferait que les compliquer à notre époque.

 

 

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Avec Kuroda Tetsuzan

 

 

On dit que l’Aïkido est une méditation en mouvement. Est-ce qu’avec les années et la profondeur de l’étude, tu sens s’ouvrir d’autres voies de travail ou de réflexion qui sortent du champ martial?

Les voies martiales n'ont pour moi d'intérêt que dans le sens où elles offrent une ouverture sur le monde. Je pense que les Budos doivent être plus, et non pas autre chose, que des techniques de combat. Elles doivent nous amener à vivre mieux, plus pleinement.

L'esprit humain ne peut percevoir le monde tel qu'il est. Sans doute les éveillés ont-ils cette capacité. Ou sans doute ont-ils plutôt une véritable conscience de la partialité de leur perception. Quoi qu'il en soit nous percevons le monde à travers notre culture, notre éducation, nos expériences, notre travail, notre religion, etc… Et les voies martiales qui sont un chemin vers l'éveil sont aussi une grille de lecture du monde. Elles permettent de donner un sens aux phénomènes, de les concevoir sous un certain angle et surtout, de mieux interagir avec eux. N'est-ce pas ce que dit Miyamoto Musashi lorsqu'il écrit "J’ai appliqué les principes de la tactique (dans le sens de technique, voie martiale) à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je n’ai de maître.".

La pratique martiale sous-tend chaque instant de mon existence. Non pas que je pense en permanence à tuer ou éviter d'être tué, mais les qualités qu'elle développe et la relation au monde qu'elle enseigne sont à la base de chacun de mes actes. En ce sens quelle que soit l'activité à laquelle je m'adonne je considère que ce n'est qu'une expression de ma pratique.

 

 

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L'Aïkido est pour moi un trésor parce que Ueshiba Moriheï a transformé une technique guerrière en art de paix fondé sur la compassion. La vie est une lutte permanente pour la survie. La façon dont on aborde les combats auxquels nous sommes confrontés est d'une importance primordiale et je ne peux imaginer meilleure vision à partager que le message d'Osenseï.

 

En tant qu’enseignant, quelle est la chose qui te paraît importante, voire cruciale, de transmettre à tes élèves ? Des qualités techniques, physiques, mentales ou morales ?

Il y a bien sûr des points techniques qui me semblent importants, des choix que j'ai faits qui guident ma pratique et qu'il est nécessaire de respecter pour ceux qui désirent travailler dans la même direction que moi.

Mais je crois que l'essentiel est de donner envie aux gens de s'améliorer, de pratiquer dans la joie l'esprit ouvert. Je ne crois pas avoir jamais abordé de questions de morale en cours. D'une part parce que je ne suis pas certain que cela soit le lieu adéquat, d'autre part parce que je ne me sens pas légitime à le faire. Je suis encore jeune et j'espère simplement ne pas donner trop mauvais exemple. (rires)

 

Les pratiquants d'aïkido sont réputés pour n'être pas taillé pour une mise en situation réelle de leurs techniques. Penses-tu qu'il faille, d'une manière générale, passer par le combat pour améliorer la pratique au quotidien ?

Je crois en effet que l'Aïkido tel qu'il est enseigné aujourd'hui est l'un des arts martiaux les moins efficaces qui soient en combat. Cela ne me réjouit pas mais ce n'est pas si grave si ses enseignants et pratiquants en sont conscients. En revanche il n'y a rien de plus dangereux que les personnes qui jouent au samouraï et développent un sentiment de sécurité dans une pratique aseptisée et sans danger. La confrontation à la réalité peut s'avérer douloureuse et dramatique.

 

Iimura senseï, un shihan 8° dan qui fit sa carrière dans l'armée disait à la fin des années 90 que dans le passé les premiers dans d'Aïkido étaient bien plus forts que les shodans de Karaté ou de Judo mais qu'à présent ils étaient de loin les plus faibles! Et je pense qu'en terme de généralité il avait raison.

A titre personnel je considère l'Aïkido comme une voie martiale. En tant que Voie son but va au-delà de l'apprentissage d'une technique de combat. En revanche je pense que pour en tirer les bénéfices il faut qu'il conserve sa nature martiale et donc sa capacité à être efficace dans une confrontation. Paradoxalement pourtant je ne pense pas qu'il faille combattre souvent. Lorsque l'on combat régulièrement on développe généralement des règles, même si ce n'est qu'implicite. Et peu à peu l'égo des pratiquants prend le dessus, chacun s'employant à vaincre en utilisant des règles qui n'existent pas en dehors du dojo. Par ailleurs la modification de l'utilisation du corps est un processus long et difficile. Lorsque l'on combat trop tôt les progrès effectués dans ce changement disparaissent et l'on retombe dans l'utilisation "banale" qui est la plus efficace tant que les "transformations" n'ont pas été pleinement intégrées.

 

Je pense que le combat est important à partir d'un certain niveau. Mais très peu de personnes atteignent aujourd'hui l'étape où cela devient nécessaire. Maintenant si l'on parle de self-défense c'est autre chose. Il n'est pas nécessaire de chercher la modification de l'utilisation du corps et il est important de faire des mises en situations régulières. Le problème est de ne pas confondre les deux. L'assurance et le sentiment d'efficacité que développe la pratique régulière d'une self-défense peuvent être un frein pour ceux qui ne comprennent pas la différence d'exigence et ne sont pas capables de séparer ces pratiques.

 

 

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Tu es maintenant connu en France et peu à peu en Europe comme celui qui prône le retour aux sources ou tout du moins aux valeurs du Budo. Sens-tu les choses progresser dans le bon sens et selon ton désir ?

Je pense que je suis en partie à l'origine de la vague actuelle de la modification de l'utilisation du corps bien que je n'ai pas créé quoi que ce soit ou même découvert qui que ce soit. Maître Kuroda était connu en France depuis un certain temps grâce aux écrits de Tokitsu senseï et Uemura senseï et les maîtres Kono et Hino étaient très connus au Japon. Simplement j'ai donné de l'audience à leurs pratiques et leurs théories grâce à des articles publiées dans des revues spécialisées et surtout internet. Je crois que sans chercher à exagérer mon rôle ou le minimiser j'ai simplement parlé de certaines choses au bon moment en utilisant les bons médias, rien de plus.

 

Bien sûr je suis heureux que tous les maîtres que je suis et fais venir en Europe rencontrent le succès. Parce que les aider à développer leurs écoles est la moindre des choses que je puisse faire pour les remercier de leur enseignement, mais surtout de façon très égoïste, parce que cela me permet d'avoir de nombreux partenaires d'entraînement travaillant dans la même direction. (rires)

Cela dit j'ai bien conscience qu'une recherche aussi difficile et souvent austère restera toujours marginale. Mais c'est aussi bien ainsi.

 

 

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Quel sens donnes-tu au fait d’être vivant et d’être humain ?

Mon père est japonais et il n'est pas du genre à faire de longs discours philosophiques mais je me rappelle très précisément d'une brève discussion que nous avons eue lorsque j'avais seize ans. Il m'a dit: "La vie est courte. Il faut en profiter et essayer de s'amuser à chaque instant.". C'est une leçon que je n'ai jamais oubliée.

Pour moi la vie est un formidable instant dont j'essaye de profiter à chaque moment. Loin de l'image du pratiquant austère qui vit dans la peine et la souffrance, la pratique est ma plus grande joie.

 

Ton dojo, le Kishinkan, vient d'ouvrir ses portes avec quelques mois de retard. Premières impressions?

Tout d'abord le Kishinkan est une aventure de groupe dans laquelle je me suis lancé avec quelques élèves et amis. Nous avons ouvert début janvier avec un retard d'un trimestre pour diverses raisons sans importance. J'invite simplement tous les gens qui font appel à des sociétés du bâtiment à être très prudents! (rires)

Mon premier sentiment a été de la joie bien entendu. Mais pas la joie d'avoir un dojo, de posséder quelque chose. C'est le plaisir de disposer d'un nouvel outil qui me permettra de travailler avec encore plus de facilité dans la direction que j'ai choisie. Comme je le disais je me sens trop jeune pour philosopher mais je pense néanmoins qu'il ne faut pas s'attacher aux choses matérielles. Le dojo est né dans la douleur et sa survie est loin d'être assurée mais c'est une belle aventure que je ne regretterai pas quelle qu'en soit l'issue.

 

 

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Peux-tu nous rappeler ce que signifie le nom du dojo, Kishinkan?

Kishinkan est composé de trois kanjis. Le premier signifie se réjouir, le second, approfondir, et le troisième, le bâtiment, le lieu. Le Kishinkan est donc le lieu où l'on approfondit en se réjouissant. C'est aussi surtout un hommage aux deux principaux maîtres qui ont marqué ma pratique, Tamura Nobuyoshi et Kuroda Tetsuzan. En effet le caractère Ki est le même que celui qui se prononce Nobu et est la première partie du prénom de Tamura senseï, et le caractère Shin est le premier de l'école de maître Kuroda, le Shinbukan. C'est un nom que j'aime beaucoup pour toutes ces raisons. Avec la disparition de maître Tamura il représente bien sûr encore plus à mes yeux…

 

 

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Ivan Bel est journaliste, shiatsushi et pratiquant d'arts martiaux depuis plus de 25 ans. Enseignant d'Aïkido il a longtemps pratiqué le Karaté Uechi ryu et le Iaïdo. Retrouvez tous ses articles sur son site personnel, Fudoshinkan.

 

 

Photos: Les photos de cet article ont été réalisées par Sébastien Chaventon, Thierry Romero et Shizuka Tamaki.


 

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Spiral 21/09/2011 09:50



O !


..!


;-)



Léo Tamaki 23/09/2011 00:42



;-)


 


Léo